Le M HKA d’Anvers fait de la résistance. Le projet du gouvernement flamand visant à le faire passer du statut de musée à celui de centre d’art et de transférer sa collection au SMAK de Gand n’en finit pas de faire des vagues. Cette réforme du paysage muséal flamand, pilotée par la ministre de la Culture, Caroline Gennez, a suscité une puissante levée de boucliers et la colère de tous les acteurs de l’écosystème anversois, de la scène belge et de personnalités internationales. Outre leur soutien au musée, tous font part de leur incompréhension face à cette décision infondée mais aussi au manque total de concertation qui y a présidé.
La résistance s’est rapidement organisée autour d’un collectif créé pour l’occasion, Museum at Risk, réunissant artistes, curateurs, professionnels du monde culturel et juristes.
Parmi les figures de proue du mouvement, citons les peintres Luc Tuymans et Rinus Van de Velde, ou l’ancien, mais toujours influent galeriste Frank Demaegd (Zeno X Gallery à Anvers, fermée récemment).
Le collectif défend le maintien d’un musée d’art contemporain de plein exercice à Anvers et de la pleine possession de sa collection, demande la mise en place d’une infrastructure adéquate, d’un financement durable et exige un droit de consultation et de codécision dans ce projet de réforme du paysage muséal en Flandre, car « la connaissance ne réside pas uniquement chez les experts au sommet, mais aussi chez les experts de terrain », plaide-t-il.
Les protagonistes s’appuient sur des avis juridiques qualifiant ces projets ministériels de « manifestement illégaux », car ils violeraient des principes de bonne gouvernance, comme ceux de « la confiance légitime, du droit de destination des artistes et de l’obligation de concertation ».
Dans le cas anversois, ce droit de destination est crucial, car 70 % de la collection du M HKA est constituée de dons et d’œuvres juridiquement liées à la ville d’Anvers ou au musée lui-même, notamment celles héritées de la Fondation Gordon Matta-Clark, à l’origine de l’institution. Outre des artistes belges, plusieurs plasticiens internationaux ont déjà menacé de retirer leurs œuvres (tels Marina Abramović, Anish Kapoor, Emilia Kabakov, James Turrell, Otobong Nkanga et les ayants droit de Christian Boltanski) si celles-ci devaient déménager du musée.
Si le gouvernement flamand a toujours affirmé que cette décision se basait sur des avis d’une commission d’évaluation qui a décelé des carences dans la gestion de l’institution,la ministre a, pour sa part, commencé à faire marche arrière la semaine dernière en parlant de la possibilité d’une « seconde chance » octroyée au M HKA. Elle rappelle qu’une période de transition de deux ans est prévue, soit un laps de temps propice à la discussion et à la concertation avec le secteur, tout en soulignant « devoir reconnaître que nous avons beaucoup de musées en Flandre ». Si elle ne ferme pas définitivement la porte à ce que le M HKA « cherche et obtienne davantage de soutien pour poursuivre ses fonctions muséales, il faut que l’institution soit en capacité de remplir ces mêmes fonctions, ce qui n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui », explique-t-elle.
Enfin, hier, mercredi 14 janvier 2026, la ministre a annoncé que la décision définitive qui devait tomber demain vendredi est finalement repoussée, sans plus de précisions. Au M HKA, on se dit « relativement positif et heureux de cette possibilité de dialogue ». En espérant que les deux camps puissent arriver à être finalement sur la même longueur d’onde…




