Au terme d’une concertation unanimement réclamée par les acteurs du secteur, la ministre flamande de la Culture et les directions des différents musées impliqués sont assez rapidement arrivées à un consensus sur la réforme du paysage muséal flamand. Celle-ci avait été initiée par la ministre et son cabinet en octobre 2025, suscitant une immense vague de contestation. Cette réforme devait dégrader le statut du Musée d’art contemporain d’Anvers (M KHA) en simple Centre d’art international et transférer la collection de l’institution au Musée municipal d’art contemporain de Gand, le SMAK.
Le modèle initial prévoyait une répartition muséale en trois pôles : l’art ancien autour du KMSKA (le Musée royal des Beaux-arts d’Anvers), l’art moderne et belge autour du Mu.ZEE (Ostende) et l’art contemporain au SMAK à Gand, en bénéficiant de la collection du M KHA. En définitive, ce dernier conservera son indépendance et fonctionnera comme un quatrième pôle (encore non défini). Pour la ministre Caroline Gennez, l’institution anversoise devra cependant « travailler à un plan ambitieux pour la création du M KHA 2.0, afin de représenter bien plus qu’aujourd’hui un pont entre le patrimoine et le domaine artistique ». Il s’agit là d’une allusion à peine voilée aux critiques sur la programmation actuelle jugée par de nombreux observateurs trop « élitiste » ou « engagée ».
Le projet de construction d’un nouveau bâtiment pour développer le musée ayant été brutalement abandonné en octobre 2025, un arrêt confirmé depuis, le M KHA devra faire plus avec moins. Cela concerne notamment sa collection, dont n’est présentée qu’une toute petite partie en permanence. En effet, pour la ministre, « l’accent sera mis sur le fait de montrer davantage d’œuvres d’art, dans un plus grand nombre d’endroits et à un public plus large ». In fine, l’ambition est plus importante, car, dit-elle encore, « nous voulons renforcer la collaboration entre les musées et permettre à nos musées flamands de rejoindre l’élite internationale ». Il faut cependant noter que c’est déjà ainsi qu’ont toujours travaillé le SMAK et le M KHA pour l’art contemporain et le KMSKA pour l’art ancien…
La question demeure de savoir pourquoi cette concertation n’a pas été engagée plus tôt afin d’éviter cette crise, alors même que la ministre annonce parallèlement la tenue d’états généraux consacrés à l’avenir des arts plastiques en Flandre. Si elle se défend d’avoir cédé à la forte pression et à la mobilisation des acteurs du secteur, tant locaux qu’internationaux, ceux-ci peuvent néanmoins se féliciter de ce revirement, tout en restant attentifs à la suite.
Alors que s’achève la spectaculaire rétrospective consacrée au travail multidisciplinaire de l’artiste française Pauline Curnier Jardin, dont une partie sera présentée au Palais de Tokyo à Paris à partir du 3 avril, le M HKA vient d’annoncer le programme de son année 2026. Comme à l’accoutumée, celui-ci se déploiera en trois saisons. Deux installations in situ sont notamment prévues, l’une du duo Carla Arocha & Stéphane Schraenen, l’autre du sculpteur-performeur Stef Van Looveren. Suivront des expositions monographiques de la Française Nicola L. et du Congolais Jean Katambayi Mukendi, avant qu’une importante rétrospective ne soit consacrée à la Coréenne Lee Bul l’hiver prochain.




