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Reportage

En Chine, le musée qui parle le langage des fleurs

Le Deji Art Museum, à Nankin, dévoile des pans inédits de sa collection permanente consacrée aux représentations florales dans l’art moderne et contemporain.

Philippe Régnier
13 janvier 2026
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Vuee de l’accrochage permanent « Nothing Still About Still Lifes », Deji Art Museum, Nankin, Chine, 2025. Courtesy du Deji Art Museum. Photo D.R.

Vuee de l’accrochage permanent « Nothing Still About Still Lifes », Deji Art Museum, Nankin, Chine, 2025. Courtesy du Deji Art Museum. Photo D.R.

Dites-le avec des fleurs ! Tel est, en substance, le message que fait passer le Deji Art Museum, sis à Nankin, l’ancienne capitale de la Chine impériale. C’est dans un immense centre commercial, le Deji Plaza, situé au cœur de la cité et où les boutiques de luxe se succèdent, que le Deji Group a installé sur l’intégralité du huitième étage son musée qui se veut une référence nationale et internationale. « J’ai volontairement choisi d’occuper tout un étage pour créer le musée. Ce n’est pas le centre commercial qui m’a imposé cet espace, explique Ai Lin, directrice de l’institution. À l’origine, deux lieux m’avaient été proposés. J’ai opté pour celui-ci parce que je voulais que davantage de gens puissent découvrir les collections. »

Aussi, pour accueillir largement le public, l’institution privilégie des horaires étendus, puisque les salles reçoivent les visiteurs jusqu’à minuit ! Le musée défend également toutes les époques et tous les champs de création. Il présente ainsi actuellement une œuvre peinte vers la fin du XVIIIe siècle, ou au début du XIXe, par Feng Ning, artiste de cour de la dynastie Qing. Cette Ère à Jinling, représentant la vie quotidienne de la population à l’époque, est projetée simultanément sur un écran de 110 par 3,6 mètres dans un format interactif permettant au public de s’immerger physiquement dans le paysage en mouvement de la ville de Jinling. De l’autre côté du bâtiment se poursuit, dans un tout autre registre, la première exposition muséale de Mike Winkelmann, alias Beeple, figure clé de l’art numérique, dont les œuvres emblématiques – l’une d’elles a été acquise par le musée – se déploient selon un parcours imaginé par le commissaire Hans Ulrich Obrist.

Une thématique traditionnelle

Mais le cœur du projet est constitué par la collection permanente, laquelle a pris pour axe un thème original : les fleurs. Après un premier accrochage conçu par le conservateur et historien d’art américain Joachim Pissarro, une nouvelle présentation, dont un tiers des œuvres a été renouvelé, a été dévoilée fin octobre 2025. Mais pourquoi s’être focalisé sur l’art floral ? « Premièrement, pour former une collection globale, répond Ai Lin. La thématique devait être abordée par des artistes du monde entier et embrasser un champ très vaste. Presque tous les artistes ont repré- senté des fleurs dans leur carrière. Deuxièmement, nous voulions un thème qui résonne profondément chez les visiteurs. » Et d’ajouter : « L’art floral est universel ; chacun peut y trouver un lien personnel. Enfin, le troisième point, et le plus important, était de collectionner non seulement les grands noms, mais aussi les œuvres qui portent des récits forts, des moments char- nières dans la vie ou la carrière des artistes. En étudiant leurs parcours, nous avons constaté que les fleurs reflétaient souvent ces points de bascule, ce qui confère une meilleure structure narrative à l’exposition. »

Il apparaît également évident, dans un pays comme la Chine, où certaines questions sont sensibles, que cette thématique permet d’éviter toute tension. « En France, la peinture de fleurs et la nature morte ont longtemps été considérées par l’Académie comme des genres mineurs : elles étaient jugées trop faciles, ne révélant ni technique ni talent. Or, cette exposition prouve clairement le contraire, affirme Shen Boliang, directeur artistique du musée. En Chine aussi, la peinture florale possède une longue tradition, mais elle a toujours été empreinte de symbolisme. Depuis que les artistes asiatiques sont partis étudier en Occident, et jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de choses se cristallisent dans les fleurs. Elles offrent de raconter différentes strates d’histoires et de récits. »

Vue de l’accrochage permanent « Nothing Still About Still Lifes », Deji Art Museum, Nankin, Chine, 2025.

Courtesy du Deji Art Museum. Photo D.R.

Le champ choisi correspond à l’art moderne et contemporain, depuis les années 1860, représentées par des tableaux d’Eugène Boudin ou d’Henri Fantin-Latour, jusqu’aux plus récentes années, avec, par exemple, la grande composition d’Anselm Kiefer Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr – für R. M. Rilke (2021-2022) clôturant le parcours. L’accrochage, plutôt chronologique, s’autorise des confrontations entre différentes périodes, à l’image de ce mur sur lequel des pièces de Damien Hirst, Pierre Bonnard, Wayne Thiebaud, Bernard Buffet et Aristide Maillol dialoguent avec celles d’artistes chinois et japonais – Zenzaburo Kojima, Wang Yachen, Ryūzaburō Umehara ou encore Sadji. Alors qu’au centre de la salle est installée la sculpture Pink Ballerina (2009- 2021) de Jeff Koons, aux murs sont présentées des successions de fleurs dans des vases, parfois des œuvres historiques comme ce bouquet de Pablo Picasso réalisé en 1901 après le suicide de son ami Carles Casagemas, et que l’artiste espagnol avait choisi de faire figurer dans sa rétrospective organisée à Paris, chez Georges Petit, et au Kunsthaus de Zurich en 1932.

Une majorité d'œuvres françaises

Même si aucun Nymphéa ne figure dans la collection, Claude Monet est présent avec trois œuvres, dont Fleurs dans un pot (Roses et Brouillard) peintes en 1878 à Vétheuil. La première partie de l’accrochage comprend également des tableaux d’Odilon Redon ou d’Henri Matisse. Les artistes femmes ne sont pas oubliées, notamment Suzanne Valadon avec Bouquet de roses, bleuets et fougères (1930). Du côté des Asiatiques est exposé Bouquet de chrysanthèmes roses (1944) de Pan Yuliang, l’une des artistes chinoises de la première génération formée à l’étranger – à l’École des beaux-arts de Paris et à celle de Lyon –, laquelle s’est toujours attachée à associer la peinture occidentale à la tradition de son pays. Selon le musée, ses contemporains la qualifiaient de « figure de tout premier plan parmi les peintres chinois de style occidental ».

Après ce premier chapitre sur les « pollinisations croisées », le deuxième volet, intitulé « Avant-Gardening » – dans un jeu de mots avec le terme « avant-garde » –, entend montrer que nombre d’ar- tistes ont aussi été très attachés à cultiver leur jardin, à l’image de Gustave Caillebotte ou, évidemment, de Claude Monet. Ce dernier est ici représenté par une composition de format inhabituel, étroite et allongée, puisqu’il s’agit de son premier panneau décoratif, conçu pour l’intérieur du marchand Paul Durand-Ruel. Au total, l’exposition dévoile 77 œuvres (sur 140) signées d’artistes français, d’Édouard Manet, Paul Cezanne, Paul Gauguin, Georges Braque, Fernand Léger, Françoise Gilot à François-Xavier Lalanne, ce dernier avec deux sculptures « fleuries » figurant un âne et un hérisson.

La partie plus contemporaine de l’accrochage comprend des « fleurs » d’Andy Warhol, Yayoi Kusama, Willem de Kooning, David Hockney, Takashi Murakami ou encore Nathalie Djurberg & Hans Berg, ainsi qu’une étonnante toile de Subodh Gupta. Le parcours est ponctué de sculptures dont les liens avec l’art floral sont plus lointains, de Jaume Plensa à Louise Nevelson. Enfin, dans la dernière salle est exposée une belle toile de Francis Picabia, Silene (1930-1931) – l’une des dernières acquisitions du musée –, issue de la série des transparences, sur laquelle apparaît un visage couvert par une fleur. Dorotheum affirme avoir vendu ce tableau 481 000 euros en 2024. L’ensemble de la collection, riche encore de plus de 600 œuvres en réserve, témoigne d’un budget d’acquisition particulièrement conséquent.

À côté d’une approche historique, artistique et stylistique, le musée mène également avec des botanistes tout un travail scientifique d’identification des différentes espèces présentes dans les œuvres. Les visiteurs peuvent même consulter dans l’exposition un ouvrage numérique recensant les fleurs et effectuer des recherches pour les retrouver dans les peintures présentées. Cette collection florale n’est pas le seul projet d’envergure du Deji Art Museum. Son fonds s’étend aussi au patrimoine chinois historique. Ainsi, un musée consacré à son ensemble de bouddhas doit ouvrir dans les années à venir près du sanctuaire bouddhique du mont Niushou, à l’ouest de la ville de Nankin. Sera privilégiée, là encore, la fine fleur...

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« Nothing Still About Still Lifes : Masterpieces from the World of Flowers Collection », « An Era in Jinling » et « Beeple : Tales From a Synthetic Future », Deji Art Museum, 8e étage, Phase II, Deji Plaza, 18, Zhongshan Road, Nankin, Chine, dejiart.com

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