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Jean Le Gac, politique d’une mythologie individuelle

Le peintre Jean Le Gac a quitté la scène des arts le 26 décembre 2025. Pionnier de l’art contemporain français, il avait débuté à la fin des années 1960 en compagnie de Christian Boltanski et développé depuis lors les aventures d’un personnage de « Peintre » qui lui ressemblait comme un frère.

Xavier Bourgine
7 janvier 2026
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Jean Le Gac. © Photo Agnès Le Gac

Jean Le Gac. © Photo Agnès Le Gac

Les premières expositions de Jean Le Gac remontent au milieu des années 1960. À l’époque, « quinze jours cubiste, quinze jours fauviste », selon son mot, il expose à la galerie des Tournesols du tout jeune Christian Boltanski. Devant les coups d’éclat de la figuration narrative ou de BMPT, tous deux se résolvent en 1968 à abandonner la peinture et se livrent, avec Annette Messager, Sarkis ou encore Gina Pane à des activités collectives apparentées au mail art ou au land art. Les Envois postaux, comptes rendus par cartes postales des activités de ce peintre mystérieux, rédigés dans un style emprunté au Nouveau Roman, attirent l’attention des galeries et des revues émergentes, notamment d’artpress et de Daniel Templon, où Jean Le Gac et Christian Boltanski exposent dès 1970. En 1972, ils participent à la Biennale de Venise et à la Documenta 5 à Cassel, à l’invitation d’Harald Szeemann qui les associe aux mythologies individuelles.

À partir de ces premiers Cahiers, Jean Le Gac développe autour de son personnage une forme nouvelle, le photo-texte, qui lui vaut, outre-Atlantique, d’exposer avec le narrative art. Cette écriture photographique et autofictionnelle narre l’ascension d’un professeur de dessin, petit-fils de mineur immigré grec, dans le monde de l’art contemporain, dont la vocation s’avère plus forte que les déterminismes sociaux. Ce parcours de transclasse s’expose beaucoup en Allemagne, puis en France, avec une « Exposition romancée » au musée national d’Art moderne-Centre Pompidou en 1978, et « Un peintre de rêve » au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1984.

Dès 1981, le « Peintre » retrouve, comme beaucoup, le chemin de la peinture, plus précisément du pastel, à travers la copie des illustrations des livres de littérature populaire qui ont marqué sa jeunesse minière. Le discours sur le professeur de dessin devenu « du jour au lendemain célèbre » se teinte progressivement d’une portée plus critique envers un art contemporain dont le goût pour l’installation suppose d’importants moyens financiers. Anticipant sur la manière dont la sphère commerciale enrichit ses activités d’un contenu culturel parfois lui-même marchandisé, Jean Le Gac privilégie au contraire des supports galvaudés dont la faible valeur permet d’interroger avec humour et ironie la véritable nature de l’art, n’hésitant pas à investir à sa manière le cinéma ou la vidéo (Story Art (avec fantôme des Beaux-Arts), 1986).

Son usage de la littérature populaire l’amène aussi à questionner le motif exotique véhiculé par la production de la IIIe République coloniale. Lecteur de Victor Segalen et de son Essai sur l’exotisme, Jean Le Gac théorise une approche large de l’exotisme, à travers la pratique d’un rapiècement textuel et textile proche de la créolisation (Adieu à l’Odalisque, 1998). À l’occasion de plusieurs commandes publiques (pour le fort de l’île Sainte-Marguerite à Cannes en 1991 ou le musée d’archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye en 2007), son usage de l’archive lui fait remuer le passé colonial de l’art moderne, tout en tenant à distance la vulgate sur le primitivisme et l’influence africaine sur le cubisme – qui a, tout comme lui, puisé à bien d’autres sources, y compris antiques.

Figurant parmi les artistes les plus achetés par les FRAC au moment de leur création, présent dans les collections de 17 d’entre eux, Jean Le Gac s’est investi dans les années 2000 pour la représentation de sa génération dans les institutions françaises, à travers plusieurs tribunes et actions collectives, comme « Le Musée éphémère », exposition sur trois ans au château de La Roche-Guyon. Ces dernières années, Jean Le Gac avait monté une trilogie rétrospective, en 2022 au château de Chaumont-sur-Loire, en 2023 au musée Regards de Provence à Marseille et, fin 2025, au musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun.

Infatigable peintre, dessinateur, écrivain et photographe, Jean Le Gac a assurément conquis le « strapontin pour l’histoire de l’art » qu’il appelait de ses vœux dans sa série de 1988 intitulée La Vocation. Au-delà, il a construit une mythologie individuelle dont les thèmes (transclasse, rapport de l’art au monde marchand, exotisme) et les formes (autofiction, peinture, plurimédia) sont au cœur des enjeux actuels.

DisparitionJean Le GacChristian BoltanskiAnnette MessagerSarkisHarald SzeemannGina Pane
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