Serge Fauchereau a travaillé pendant dix ans au Centre Pompidou, à Paris, aux côtés du Suédois Pontus Hultén. Après L'Art des pays baltes, XIXe-XXe siècles (2021, Flammarion), son nouvel opus brosse une vue d'ensemble de l'art moderne des pays scandinaves : Danemark, Suède, Norvège, Islande et Finlande. Soit « cinq pays avec chacun avec sa propre culture, sa propre langue et sa propre histoire », rappelle Serge Fauchereau. Au-delà des singularités, leur histoire de l'art est aussi une aventure commune, à l'instar des groupes d'artistes scandinaves de Skagen, au Danemark, ou de Grez-sur-Loing, en France. Non sans une certaine audace, il se penche ici seul sur l’art de chacun d’entre eux pour la période 1870-1970, soit de l’émergence de la modernité à l’essor des nouvelles voies de l’art contemporain, quand bien des ouvrages aussi ambitieux sur l’art nordique font appel à plusieurs auteurs. Déjà, il avait écrit la présentation des catalogues de l’exposition itinérante « Scandinavian Modernism » organisée en 1989 et 1990.
Non sans inviter à une certaine distance vis- à-vis des étiquettes, soulignant « les chevauchements et glissements de styles dans une même période », ainsi que les « allers-retours » fréquents chez certains artistes nordiques, l’auteur retrace donc – seul ! – l’histoire de l’art de chaque pays, pour la période 1870-1970. Marquant des haltes lorsque son chemin croise des créateurs de première importance : Jens Ferdinand Willumsen, Vilhelm Hammershøi ou Asger Jorn, père fondateur du mouvement CoBrA, au Danemark ; Helene Schjerfbeck ou Akseli Gallen-Kallela, en Finlande ; Frits Thaulow ou Edvard Munch, en Norvège ; ou encore Anders Zorn, Hilma af Klint et Nils von Dardel, en Suède. Nombre de ces grands noms ont d’ailleurs fait l’objet d’expositions à Paris ces dernières années, mais l’auteur aborde également des artistes encore méconnus... L’une des réussites du livre est d’arriver à replacer cette production artistique dans un contexte historique, culturel ou parfois musical propre à chaque pays. Serge Fauchereau relaie aussi les avis d’artistes ou d’écrivains, une idée judicieuse, à l’instar de l’auteur de Kaputt, Curzio Malaparte, frappé par les dessins distordus d’Ernst Josephson et de Carl Fredrik Hill. Si les illustrations sont fort bien choisies, reflétant avec justesse des traits scandinaves comme la grande atten- tion à l’intériorité – par exemple Jeune Fille regardant par un vasistas (1895) du Danois Laurits Andersen Ring ou Jeune Dame. Au repos (1905), portrait féminin de dos par Vilhelm Hammershøi –, elles restent souvent dans un format modeste, accompagnant un texte dense. Dans l’ensemble, l'auteur réalise une prouesse.
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Serge Fauchereau, L’Art moderne des pays scandinaves, Paris, Flammarion, 2025, 464 pages, 60 euros.




