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Critique

Jean-François Dubreuil, un artiste à la page

À Saumur, le centre d’art contemporain Bouvet Ladubay présente une rétrospective du peintre, révélant comment ses œuvres abstraites, rigoureuses et sensibles, interrogent le paysage éditorial.

Maud de La Forterie
18 juillet 2025
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Vue de l’exposition « Jean-François Dubreuil. Revue de presse », au Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay. Photo Christophe Gagneux

Vue de l’exposition « Jean-François Dubreuil. Revue de presse », au Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay. Photo Christophe Gagneux

Établi à Saumur, sur les rives du Thouet, le centre d’art contemporain Bouvet Ladubay affiche depuis 1992 une programmation exigeante au sein d’un ancien bâtiment industriel du XIXe siècle. Il fait face aux caves historiques de la prestigieuse maison de bruts de Loire Bouvet Ladubay, fondée en 1851 et aujourd’hui propriété de la famille Monmousseau. Sous la direction artistique de Benoît Lemercier s’y est affirmée, au fil des années, une dynamique d’expositions qui a vu se succéder une vaste constellation d’artistes, d’André-Pierre Arnal à Vera Molnár, de Cécile Bart à Gottfried Honegger, d’Agnès Thurnauer à Guy de Rougemont. Une fidélité à l’abstraction et à ses multiples inflexions que prolonge, durant l’été 2025, la présentation de l’œuvre peinte de
Jean-François Dubreuil.

UNE RADIOGRAPHIE JOURNALISTIQUE

S’attachant à interroger les fondements mêmes de son médium, l’artiste, né à Tours en 1946, développe un vocabulaire pictural singulier, où le langage de l’abstraction géométrique s’incarne dans une esthétique résolument diagrammatique. Depuis les années 1970, Jean-François Dubreuil élabore en effet une œuvre méthodique et sensible, fondée sur la traduction picturale des supports d’information imprimés. Refusant toute forme de narration, il analyse ainsi la presse quotidienne en utilisant un système visuel rigoureusement codifié, où le noir désigne les photographies, le rouge de cadmium, les encarts publicitaires, le blanc ou le gris, la matière textuelle, tandis que d’autres couleurs apparaissent selon une combinatoire ouverte à l’aléatoire.

Chaque tableau obéit à une partition colorée, au sein de laquelle les dynamiques de la page se dévoilent avec intensité.

Ce dispositif, qui relève à la fois de l’examen structurel et d’une transcription chromatique profondément sensorielle, inscrit son travail dans une articulation féconde entre la précision de l’art concret et les méthodes exploratoires de l’art conceptuel. Chaque toile découle d’un protocole strict, minutieusement mis en œuvre, que l’artiste décline alors en série. Jean-François Dubreuil peut dès lors choisir de « décomposer » un quotidien – international, national ou régional – sur plusieurs jours consécutifs ou, au contraire, réunir différents journaux d’une même date à l’intérieur d’un ensemble cohérent.

Orchestrée dans les huit salles du centre, l’exposition met ainsi en lumière les constantes d’un langage plastique en perpétuelle modulation, dans lequel les variations chromatiques, rythmiques ou géométriques engagent une pensée de la surface. Chaque tableau obéit à une partition colorée, au sein de laquelle les dynamiques de la page se révèlent avec intensité. Grilles rectangulaires, aplats distribués avec mesure, lignes tracées selon un réseau orthogonal, parfois organisé avec de lumineuses diagonales, structurent la composition sans jamais compromettre la lisibilité. Celle-ci repose sur une clarté volontaire, où l’architecture intrinsèque prévaut sur tout effet. Car, une fois les mots écartés, cet art construit agit comme une radiographie qui dévoile alors l’ossature discrète d’un paysage éditorial en mutation constante, ici tramé jusqu’à la nudité.

-

« Jean-François Dubreuil. Revue de presse », 24 mai-26 octobre 2025, centre d’art contemporain Bouvet Ladubay, 26, rue Jean-Ackerman, Saint-Hilaire-Saint-Florent, 49400 Saumur.

ExpositionsCentre d’Art Contemporain Bouvet LadubayJean-François DubreuilSaumurArt ContemporainAbstractionAbstraction géométrique
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