Photo : Luc Bertrand / Villa Noailles, D.R.

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La Villa Noailles renforce son ancrage à Hyères et à Toulon

L’esprit créatif du centre d’art se diffuse tout l’été dans ces deux villes côtières du Var, du design à la peinture, à travers un grand nombre de projets envoyant un pied de nez à la crise sanitaire.

Alexandre Benjamin Navet, façade de l’Hôtel des Arts à Toulon. Photo : Luc Bertrand / Villa Noailles, D.R.

Contraint de reporter à octobre le célèbre festival de la mode et celui du design à 2021, Jean-Pierre Blanc n’a pas baissé les bras pour autant. L’énergique directeur de la villa Noailles à Hyères, dans le Var, a mis sur pied « L’été à Toulon et à Hyères », un programme d’expositions dans et hors les murs du centre d’art installé dans le bâtiment moderniste de Mallet-Stevens. Une façon de montrer que le tenace coronavirus n’aura pas raison de toute ambition artistique… « C’est une demande politique également, de ne pas rester les bras croisés dans cette situation. Il fallait aussi soutenir les artistes, avec des œuvres qui voient le jour ou en work in progress », confie Jean-Pierre Blanc.

« IL FALLAIT SOUTENIR LES ARTISTES, AVEC DES ŒUVRES QUI VOIENT LE JOUR »

À l’intérieur, le centre d’art prolonge la mémoire et l’esprit des Noailles et de la petite communauté d’art et d’esprit qu’ils animaient, d’une photo de Marie-Laure de Noailles avec un François-Marie Banier juvénile au travail de fresques hédonistes d’Antoine Carbonne – en résidence à la villa cet été – inspiré de l’Antiquité et de l’Égypte ancienne réinterprétant l’ébullition légère et féconde des lieux dans la piscine, le squash et le gymnase. Dans les étages inférieurs, place au design avec un best of pour les 15 ans du concours de Design Parade, de Constance Guisset au lauréat du prix 2019, Gregory Granados. En résidence d’un an à la manufacture de Sèvres et au Cirva à Marseille, il en présente le fruit, une Cloche en porcelaine et un prototype en verre. C’est l’un des quelque 30 designers exposés qui ont bénéficié de cet efficace tremplin, et montrent ici une centaine de pièces « récentes et certaines jamais montrées », selon Jean-Pierre Blanc.

Dans les jardins de la villa Noailles, des troncs sculptés par Sara Favriau dressent leurs fûts comme des colonnes de temple, issus d’une résidence ce printemps sur place. En écho à la communauté polynésienne de Toulon, une pirogue de l’artiste sera prochainement exposée à la Fondation Carmignac sur l’île de Porquerolles.

Antoine Carbonne, Regulus, fresques dans la piscine de la Villa Noailles, à Hyères. Photo : A.C.

Loin de camper sur son nid d’aigle, la villa Noailles se déploie de plus en plus hors les murs et jette des passerelles avec la cité à travers des collaborations et des partenariats féconds. Elle vient d’inaugurer dans une ancienne boutique, en plein Hyères, une Annexe qui se veut d’abord « un lieu de médiation » avec le public, une vitrine invitant aussi à aller plus haut la découvrir. Déjà engagée avec Toulon, la villa Noailles poursuit ses projets avec la cité portuaire. Grand Prix du Jury Design Parade Toulon Van Cleef & Arpels 2017, l’artiste Alexandre Benjamin Navet investit trois lieux : la rue des Arts avec des compositions, la cour de l’ancien évêché avec une fresque – le lieu accueille par ailleurs une exposition de sièges par Benoît Maire – et, le plus spectaculaire, l’Hôtel des Arts. Dans un style joyeux et coloré qui lui est propre, l’artiste a puisé dans la palette provençale pour décorer la façade du bâtiment, lui donnant une nouvelle identité. Ses salons exposent quant à eux les tirages du photographe François Halard, qui a passé au crible les détails architecturaux de Toulon et d’autres lieux modernistes des environs. Un thème que l’on retrouve à la Galerie du Canon, rue Pierre Semard, avec un focus sur les arts décoratifs et l’architecture de la ville des années 1950 à 1970 à travers des plans, céramiques, photographies et dessins préparatoires signés Alfred Henry, Henri Pertus, Jean-Gérard Mattio, Jean de Mailly et Serge Mélikian et bien d’autres. Un renouveau particulièrement fructueux dans l’après-guerre comme au Havre, à l’autre bout de la France…

Vue de l’exposition « Toulon, c’est canon ! Arts décoratifs 1950-70 » à la Galerie du Canon, à Toulon. Photo : A.C.

À Monique Boutique, nouveau lieu du 67 cours Lafayette métamorphosé en terrain de jeu, sept étudiants de l’antenne toulonnaise de l’école Camondo ont pu donner libre cours à leur inspiration avec « Razzle Dazzle », graphique intervention éphémère au sol et sur les murs autour de l’espace. La couleur offre une rafraîchissante régénération, version 2020, du substrat créatif des Trente glorieuses…

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Expositions à Hyères jusqu’au 30 août; expositions à Toulon jusqu’au 31 octobre. Informations @ www.villanoailles-hyeres.com