Dans les toiles récentes de Monique Frydman, artiste née en 1943, un ensemble inédit réalisé entre 2023 et 2026 et réuni sous le titre « États d’âme », la lumière semble sourdre de la couleur elle-même, au gré de nappes bleutées, de jaunes semblables à de l’or poudré, mais aussi de roses et de rouges qui s’attirent ou se contrarient. Dans ces vastes étendues chromatiques, le regard cherche alors un point d’appui avant de s’abandonner à une plongée méditative, comme porté par les transparences qui imprègnent les toiles. La matière colorée, dont la densité se résout parfois en une fine poussière de pigments, paraît ainsi flotter à la surface, dans une suspension lumineuse qui lui confère toute son évanescence.
Cette luminosité intérieure n’est pas sans convoquer le souvenir des primitifs italiens, et plus particulièrement celui de Sassetta, auquel Monique Frydman a rendu hommage dans un polyptyque exposé Salon Carré du Louvre en 2013. Car par-delà les siècles, la ferveur silencieuse du Quattrocento trouve dans ses œuvres un inattendu écho, dont témoignait également l’exposition « L’Âge d’or », présentée au musée des Beaux-Arts de Caen en 2024. À cette lointaine réminiscence s’ajoute celle des tableaux de Rothko, et l’œil se retrouve saisi par les vibrations d’une peinture volatile dont la sensualité conserve une présence intensément tactile.

Vue de l’atelier de Monique Frydman à Senantes (Eure-et-Loir). Courtesy de l’artiste
Dans son atelier situé dans la région Centre-Val de Loire, l’artiste travaille ses toiles au sol, légèrement humides et préparées pour recevoir le pastel. De gros bâtons, semblables à des pierres de couleur, déposent sur le lin une matière qui pénètre en partie les fibres, tandis que la « fleur » du pigment demeure en surface, préservant cette délicatesse poudreuse à laquelle la peinture doit une part de son éclat. Déjà sensible dans la série « L’Autre Rive », présentée en 2023 à la galerie Dutko, le travail du pastel s’accompagne d’un recours plus fréquent au pinceau. Lorsque ce dernier intervient, il dilue le pastel jusqu’à lui conférer des transparences aquarellées, tandis qu’ailleurs les couches se densifient et laissent affleurer des tonalités plus sourdes et profondes. À cette lente imprégnation s’ajoute le frottage, auquel l’artiste recourt depuis plusieurs décennies : disposées sous la toile, cordes et ficelles laissent des empreintes qui affleurent à peine au sein des plages colorées. L’œuvre conserve alors les souvenirs de son élaboration, jusque dans ses apparitions les plus immatérielles.
D’une toile à l’autre, les variations chromatiques semblent épouser le passage du temps. Aux tonalités plus sombres de 2023 succèdent des accords plus lumineux, tandis que les triptyques déclinent leurs intensités en autant d’éclats et d’apaisements, à la manière de ces infimes changements de lumière qui accompagnent les heures, les jours et les saisons. « L’état d’âme n’est-il pas le sujet même de la peinture ? », interroge ainsi Monique Frydman. Une question qui engage autant la sensibilité de l’artiste que celle du spectateur, chaque tableau offrant une expérience différente selon les dispositions de celui qui le contemple. Et pourtant, au-delà de ces perceptions profondément changeantes, l’œuvre conserve une existence qui lui est propre, irréductible à ce que chacun y projette.
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« Monique Frydman : États d’âme », jusqu’au 21 novembre 2026, Galerie Dutko, 17, quai Voltaire, 75007 Paris




