L’artiste Fred Forest est décédé ce mercredi 4 novembre 2026 à l’âge de 93 ans. Celui qui se définissait comme un « homme-média » laisse une œuvre tout entière consacrée à l’art et à l’éthique. Fidèle à son goût de la mise en scène, il avait lui-même préparé une annonce de sa disparition dans une lettre diffusée avec la complicité de son fils Adrien. « Pour certains, je serai resté jusqu’au dernier moment l’artiste entier que j’ai toujours été », y écrit-il, se disant « adulé par beaucoup, méprisé par certains et ignoré par le plus grand nombre ». S’il reconnaît être tenu pour un pionnier, il revendique avant tout d’avoir été l’un des rares artistes au monde à avoir mis l’éthique en pratique dans son art.
Né le 6 juillet 1933 à Mascara, en Algérie, Fred Forest connaît un parcours atypique. Contrôleur des postes et télécommunications de 1954 à 1971, il est aussi peintre, puis dessinateur satirique pour les journaux Combat et Les Échos. Dès le milieu des années 1960, il oriente sa pratique vers les nouveaux médias. Il s’impose comme un pionnier de l’art vidéo en France à partir de 1967 et conçoit dès 1968 des environnements interactifs associant informatique et vidéo. En 1972, il invente les « expériences de presse », interventions artistiques dans la presse écrite, la radio et la télévision. Titulaire d’un doctorat d’État obtenu à la Sorbonne et professeur en sciences de l’information et de la communication, il cofonde deux mouvements artistiques importants : l’Art sociologique en 1974, puis l’Esthétique de la communication en 1983.
Sa curiosité artistique l’a conduit à explorer tous les supports : téléphone, fax, minitel, câble, robotique, puis Internet à partir du milieu des années 1990, jusqu’à Second Life, un monde virtuel en ligne, lancé en 2003 par la société américaine Linden Lab, pour lequel Fred Forest a conçu plusieurs projets. Son œuvre a rejoint le patrimoine national en juillet 2005 au titre du dépôt légal, via une convention signée avec l’Institut national de l’audiovisuel, un statut qu’il partageait avec Maurice Benayoun, tous deux étant les seuls artistes contemporains à en bénéficier. Cet ensemble est consultable à la Bibliothèque nationale de France.




