À l’heure où l’intelligence artificielle générative bouscule la place de l’art numérique dans le monde de l’art, l’Académie des beaux-arts (Paris) et la Fondation Etrillard (Genève) ont désigné, mercredi 21 octobre 2026, la lauréate de la deuxième édition de leur Prix Arts numériques. La Britannique Anna Ridler, primée pour son œuvre Circadian Nocturne, reçoit une dotation de 20 000 euros. Son travail sera présenté à l’automne 2027 au Pavillon Comtesse de Caen, dans une exposition consacrée aux deux premières éditions du prix.
Lancé en 2025 par la fondation familiale suisse Etrillard en partenariat avec l’Académie des beaux-arts, ce prix est ouvert aux artistes de toutes nationalités résidant en Europe, sans limite d’âge. Il a recueilli cette année 210 candidatures. Après plusieurs phases de présélection, 19 dossiers ont été examinés le 8 juillet lors du jury final, qui a retenu trois finalistes : Anna Ridler, Alexandra Daisy Ginsberg pour Pollinator Pathmaker : Perceptual Field, et le duo Holly Herndon et Mathew Dryhurst pour Starmirror.
Née en 1985, la lauréate construit elle-même ses jeux de données plutôt que de puiser dans des corpus existants. Circadian Nocturne (2023), commandée pour être projetée sur les écrans publicitaires de Times Square, à New York, est une installation poétique conçue à partir d’animations générées par l’IA et composées de fleurs nocturnes. Aucun inventaire de ces espèces n’avait été établi et Anna Ridler les a documentées en consultant des scientifiques et en cultivant certaines d’entre elles. Dans son œuvre, ces corolles blanches, dont les pétales réfléchissent le clair de lune pour attirer les pollinisateurs nocturnes, se retrouvent en plein cœur d’une ville artificiellement éclairée. L’artiste semble établir une relation nouvelle entre des domaines éloignés : intelligence artificielle, biodiversité et création artistique.
« Remporter ce prix revêt une grande importance », a réagi la lauréate, qui rappelle que les trois finalistes interrogent cette technologie et prouvent ainsi la possibilité d’une utilisation « réfléchie, délicate et captivante ». Le jury, présidé par Gilles Etrillard, réunissait notamment des responsables du Centre Pompidou, du ZKM (Zentrum für Kunst und Medien Karlsruhe) et de la HEK (Haus der Elektronischen Künste) de Bâle, trois institutions qui ont déjà exposé le travail d’Anna Ridler. Pour Miguel Perez de Guzman, délégué général de la Fondation, l’observation botanique de l’artiste « rencontre l’inspiration des nocturnes de Chopin pour nous inviter à découvrir, avec poésie, les rythmes du vivant qui échappent à notre attention ».




