Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
Expositions
Critique

Au Guggenheim Bilbao, Steve McQueen donne de la voix

L’artiste britannique convoque dans « 66–76–26 », nouvelle création minimaliste et puissante, Nina Simone et David Bowie interprétant a cappella « Wild is the Wind ».

Stéphane Renault
20 octobre 2026
Partagez
À gauche : Nina Simone en concert au Fillmore East, vers 1970, à New York.
Album / TopFoto / Jason Laure. À droite : David Bowie en concert, le 14 mai 1978, à la Festhalle de Francfort, en Allemagne. Album / Hans H. Kirmer/Deutsche Presse-Agentur/Newscom

À gauche : Nina Simone en concert au Fillmore East, vers 1970, à New York.
Album / TopFoto / Jason Laure. À droite : David Bowie en concert, le 14 mai 1978, à la Festhalle de Francfort, en Allemagne. Album / Hans H. Kirmer/Deutsche Presse-Agentur/Newscom

« L'idée de cette exposition a germé il y a environ 30 ans, lorsque j'ai entendu pour la première fois la version de David Bowie de Wild is the Wind, en 1976, puis, peu après, découvert celle de Nina Simone, datant de 1966, confie Steve McQueen, évoquant la genèse de sa nouvelle création, 66–76–26, présentée au Guggenheim Bilbao, sous le commissariat de Lekha Hileman. Cela a, en quelque sorte, transpercé mon armure : c'était une chanson d'amour, mais une chanson d'amour terrifiante. »

Vue de l'installation de Steve McQueen, 66–76–26, Guggenheim Bilbao, 8 octobre 2026. Guggenheim Bilbao

Dispositif minimaliste, effet puissant : dans une vaste salle du musée tout en courbes dessiné par Frank Gehry dans la ville basque espagnole, le spectateur est plongé dans l’obscurité, où seule luit une constellation de discrètes lumières au plafond, telle une nuit étoilée. Immersive, l’expérience est entièrement tournée vers le son. « Quand on entre dans un musée, on s’attend à utiliser ses yeux ; ce que je vous demande ici, c’est d’utiliser vos oreilles, d’être pleinement concentrés sur le son », explique l’artiste. Les voix du « Thin White Duke » et de la diva du jazz américaine se répondent, émises par deux sources opposées, créant un duo de deux versions de cette chanson qui s’entremêlent, vibrantes, dans une mélopée lancinante qui va crescendo, envahissant la totalité de l’espace après des notes plus intimes. Le résultat est bouleversant. Les tessitures vocales, la sincérité de ces deux artistes d’exception et la chanson interprétée n’y sont pas étrangères.

Portrait de Steve McQueen. Photo : Wesley Werhoeve

« Ce duo à travers le temps, sur une période de dix ans, de 1966 à 1976, créé en supprimant l’accompagnement instrumental pour en faire un morceau a cappella où les deux voix plaintives s’élèvent et tendent vers les étoiles, c’est une manière de tenter de les atteindre, poursuit Steve McQueen. La raison pour laquelle je le fais maintenant, en 2026, c’est qu’en ce moment précis, nous nous trouvons dans une période très tumultueuse, avec la montée du fascisme qui prend le dessus à tous les niveaux. Je pense qu’à ce stade, nous devons montrer le meilleur de nous-mêmes ; la gravité nous ramènera vers le bas, mais nous ne pouvons pas nous empêcher d’essayer. Or, il y a cette chose qu’on appelle l’amour, dont chacun d’entre nous a besoin et que chacun désire. Et parfois, on a l’impression que c’est la seule chose à laquelle s’accrocher dans la tempête. D’une certaine manière, c’est ce que j’ai souhaité explorer et partager en associant Nina Simone et David Bowie, comme on frotte deux pierres pour allumer un feu. »

Nina Simone a enregistré cette chanson en 1966, au plus fort du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Son interprétation est particulièrement intense, très différente de la version originale de 1957 chantée par Johnny Mathis. David Bowie la rencontre en 1975 lorsqu’elle vient voir l’un de ses concerts avec sa fille, avant de nouer une amitié d’une vie. L’année suivante, il enregistre à son tour Wild is the Wind sur l’album Station to Station. « Presque comme un hommage, mais en y intégrant sa propre histoire, dans une période tourmentée de sa vie ; et bien sûr, c'était aussi l'époque de la Guerre froide », note Steve McQueen.

Le créateur de l'installation monumentale Bass (2024) présentée à la Dia Beacon (État de New York), puis au Schaulager à Bâle, en Suisse, cinéaste oscarisé pour Twelve Years a Slave (2013), cite le musicien et producteur Quincy Jones, avec qui il a travaillé : « La musique noire américaine, même la plus belle chanson d’amour, est ancrée dans la souffrance ». 66–76–26 s’inscrit dans la continuité d'une œuvre où la musique comme la dénonciation du racisme et des injustices sociales tiennent une place centrale. Donner de la voix pour se faire entendre, « insuffler un sentiment de liberté pour échapper à un environnement sur lequel on n’a aucun contrôle », rappelle-t-il : sa pièce fait écho aux luttes passées et actuelles. L’art comme une leçon de vie, universelle ; un instrument de résistance et d'espoir, aujourd’hui comme hier, face au vent mauvais.

« Steve McQueen, 66–76–26 », Guggenheim Bilbao, Pays basque, Espagne, jusqu'au 21 février 2027.

ExpositionsMusées et institutionsSteve McQueenMuseo Guggenheim Bilbao
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

ExpositionsEntretien
14 mai 2024

Steve McQueen : « Nous avons dû inventer notre propre langage, la musique »

Dans sa nouvelle commande pour la Dia Beacon, à New York, l’artiste et réalisateur britannique oscarisé s’est concentré sur le traumatisme de l’esclavage africain et sur la création d’une culture atlantique noire avec une composition, sans écran, de lumière, de couleur et de son.

Propos recueillis par Louisa Buck
Résidences d'artistesCritique
4 juillet 2025

Un monde à réinventer à la Villa Médicis

L’exposition des pensionnaires de la promotion 2024-2025 de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, intitulée « Changer la prose du monde », s’articule autour de récits poétiques, politiques ou écologiques, en phase avec les défis contemporains.

Stéphane Renault
ExpositionsEntretien
17 octobre 2024

Oliver Beer : « Peindre avec le son »

Le compositeur et artiste britannique a été invité par le Musée d’art moderne de Paris à développer un projet intitulé « Reanimation Paintings : A Thousand Voices ». Parallèlement, son opéra vidéo « Resonance Project : The Cave » est un des temps forts de la Biennale de Lyon.

Propos recueillis par Stéphane Renault
ExpositionsCritique
30 avril 2020

Steve McQueen, l’image à bras-le-corps

À Londres, la Tate Modern consacre au plasticien et cinéaste Steve McQueen sa première rétrospective au Royaume-Uni depuis vingt ans.

Stéphane Renault