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L'actualité des galeries
Actualité

Méditerranée, bizarres contorsions et bougies processionnelles

Patrick Javault
9 octobre 2026
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Vue de l’exposition « Cy Twombly : Sperlonga 1959 » à la Galerie Karsten Greve, Paris. Courtesy Galerie Karsten Greve

Vue de l’exposition « Cy Twombly : Sperlonga 1959 » à la Galerie Karsten Greve, Paris. Courtesy Galerie Karsten Greve

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Cy Twombly : Sperlonga 1959

Le séjour que Cy Twombly effectue en juillet 1959 à Sperlonga, une ville côtière du Latium, est considéré comme un moment clé de son parcours artistique. Outre les Poems to the Sea, ensemble de vingt-quatre dessins exécutés en une seule journée, il a produit à cette occasion une trentaine de dessins et collages. La réunion exceptionnelle d’un nombre important de ces derniers fait l’objet de la présente exposition. Portés par le génie du lieu, ils témoignent d’un esprit de recherche et d’une grande diversité, en dépit d’une réduction extrême des moyens. Twombly use d’une peinture murale blanche à base d’huile et de mines de graphite avec quelques rares et discrets traits de couleur ocre. Dans un entretien accordé à David Sylvester, il avait déclaré que la Méditerranée était blanche les trois quarts du temps, ajoutant que si elle ne l’avait pas été, il l’aurait quand même peinte de cette couleur. Le blanc tel que l’emploie Twombly porte assurément mémoire de l’expérience vécue à Sperlonga, mais il est aussi puissance d’effacement et point de rencontre avec Stéphane Mallarmé. Il peut l’appliquer dans une zone strictement délimitée avec un rectangle vertical au graphite pour suggérer une architecture, marier coups de brosse vigoureux et éclaboussures pour donner à la surface un caractère quasi géologique. Oscillant entre l’espace du livre et celui du tableau, il s’adresse ici à Sapho et glisse son nom à l’intérieur de trois colonnes d’une fausse écriture qui suggère la houle comme le souffle du poème. Ailleurs, il s’explique avec l’expressionnisme abstrait en peignant de blanc la totalité de la feuille et en y gravant des signes avec le manche du pinceau. C’est comme un nouveau départ pris en oubliant l’idéalisme.

L’importance des dessins de Sperlonga tient à la façon dont s’y trouvent réunis la plupart des thèmes et caractéristiques de l’œuvre future, mais aussi à la façon dont Cy Twombly fait de l’hésitation un sujet.

Du 12 septembre au 10 novembre 2026, Galerie Karsten Greve, 5, rue Debelleyme, 75003 Paris

Vue de l’exposition « José Loureiro. Les commensaux » à la Galerie Maubert, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Maubert

José Loureiro. Les commensaux

José Loureiro a, au commencement de sa carrière, subi l’influence de la color field painting. Il s’en est très vite affranchi pour se livrer à une exploration de l’abstraction teintée d’humour et, parfois, d’un soupçon de scientificité. En 2018, il avait à Lisbonne consacré une importante exposition à la « Vocation des acariens » (A Vocação dos Ácaros), un ensemble de tableaux dans lesquels des taches pourvues de pattes s’affrontaient en de bizarres contorsions. La série des Commensaux en est assez proche en esprit, le terme lui-même pouvant d’ailleurs s’appliquer aux arachnides susnommés. Le repas servi à ces commensaux est plutôt minimaliste : un aplat de couleur plus ou moins nuancé posé en fond, quelques minces traits ou de larges coups de brosse et des bouches qui viennent s’y coller ou les parasiter. S’agit-il pour elles de faire entendre un cri de révolte ou bien sont-elles véritablement avides de peinture ? Loureiro peut aussi bien tracer d’étiques lignes verticales auxquelles il ajoute une ombre portée que peindre en dégradés de larges colonnes grises qui semblent peser lourdement sur leurs bouches, à moins qu’elles ne leur servent de tuyaux d’orgue. C’est une étrange partie qui se joue entre rémanences figuratives et abstractions ironiques, bi- et tridimensionnalité. Par un jeu perspectif, certains des tableaux évoquent même un terrain marqué de lignes jaunes. Sans respect, les commensaux viennent rappeler au peintre engagé dans ses constructions linéaires ou tubistes la réalité du monde autour de lui.

Du 5 septembre au 31 octobre 2026, Galerie Maubert, 20, rue Saint-Gilles, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Offrandes » chez NIKA Project Space, Romainville. Courtesy de NIKA Project Space

Offrandes

Réunissant des œuvres de quatorze artistes réparties en quatre sections, « Offrandes », conçue par Camille Bréchignac, est une exposition ambitieuse qui prend comme point de départ le modèle de l’ex-voto dans son double usage de vœu et de remerciement. Carlota Sandoval Lizarralde a réalisé une installation à partir d’une accumulation d’objets de culte en privilégiant la figure de la Vierge, tandis que Dove Perspicacius développe une pratique contemporaine de l’ex-voto, détachée de son inscription chrétienne, en réponse à des demandes qui lui sont faites.

La deuxième section creuse cette perspective religieuse, avec notamment une photographie d’Adrian Pepe qui s’« autoportraiture » derrière la double identité de Marie et du Christ en figurant la marche sur les eaux par un soubassement de bouteilles d’eau minérale. De Pauline Curnier Jardin est exposé, au sol, un bouquet de bougies processionnelles bénies de sainte Agathe surmonté d’un dessin réalisé par un collectif de travailleuses du sexe.

Prenant pour inspiration le concept d’être en commun élaboré par Jean-Luc Nancy, la troisième section présente notamment Sequana de Yan Tomaszewski. L’artiste s’est inspiré des ex-voto anatomiques pour réaliser des sculptures en bois d’une figure humaine ou d’un bras qu’il a transformés en charbon actif. Immergés pendant une longue période dans la Seine, les œuvres ont été analysées et leur résultat offre une effarante liste des polluants qu’elles ont absorbés pour une purification symbolique.

L’ultime section revient à la forme de l’ex-voto dans une orientation plus politique, comme une forme actuelle de résistance. En réponse aux déportations des immigrés latinos, Guadalupe Maravilla a composé une image faussement naïve de deux éléphanteaux énamourés que porte une main menottée, faisant de l’amour le seul sentiment valide face à la violence. Daniela Ortiz illustre dans une série d’ex-voto dans l’esprit de l’artisanat populaire quelques faits sanglants de la lutte anticoloniale : Haïti, Diên Biên Phu, Algérie. Présentés comme des miracles, ils répondent aux missions pacificatrices et évangélisatrices qui ont involontairement forgé la conscience révolutionnaire.

Du 13 septembre au 31 octobre 2026, NIKA Project Space, 43, rue de la Commune de Paris, 93230 Romainville

Vue de l’exposition « Olivier Passieux : La maison que la peinture a construite » à la Galerie Bernard Jordan, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Bernard Jordan

Olivier Passieux : La maison que la peinture a construite

« La maison que la peinture a construite » : pour ajouter du poids à cette métaphore, Olivier Passieux a installé au milieu de la galerie une structure en L appuyée à l’un des murs ; deux toiles translucides avec un motif en chevron tendues sur des cadres de bois. Fonctionnant comme un paravent et une cimaise, elle porte sur une de ses faces un tableau. Celui-ci montre des tubes de peinture à la verticale, véritables personnages avachis ou remuants. Cette vue d’atelier est peinte d’un trait léger dans des tons assourdis de bleu et de vert. La vision restreinte de l’univers du créateur bascule dans la rêverie. Le motif des tubes se retrouve avec celui de pinceaux et de quelques autres objets dans la grande majorité des tableaux exposés. « Fine », cet adjectif surgi de l’étiquette, y est répété comme un refrain. Aux côtés des tableaux, l’artiste a suspendu un blouson, une chemise, un jean maculés sur lesquels ont été ajoutés des tambourins peints comme des tondi. Ces agencements renvoient au quotidien de l’atelier mais font aussi une version moderne de ces allégories de la peinture qui faisaient l’ornement des palais.

Marcel Duchamp étendait l’idée du ready-made jusqu’à la peinture, arguant du fait que la très grande majorité des peintres usait des tubes de couleur du commerce. À cette célébration de l’outil, le cliquettement des cymbalettes ajoute une mélancolie héritée de Watteau.

Du 12 septembre au 17 octobre 2026, Galerie Bernard Jordan, 12, rue Guénégaud, 75006 Paris

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