« Je suis le fils d’un paysan. Mon père n’a jamais connu d’appareils [photo]. » C’est par ces mots que Malick Sidibé ouvrait sa conférence donnée en 2010 à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, dont la retranscription est publiée par Rotolux Press sous le titre L’art finira par gagner. Alors âgé de 74 ans, le photographe malien, récompensé par le prix Hasselblad en 2003 et le Lion d’or de la Biennale de Venise en 2007, revient sans solennité sur un parcours qui l’a conduit du dessin à la photographie et des soirées de Bamako aux musées du monde entier.
Son récit plonge d’abord le lecteur dans le Mali des années 1960, tout juste indépendant, dont il photographie la jeunesse. Mais, précise-t-il, « je ne dis pas que c’est la politique qui a fait bouger la jeunesse africaine, non, c’est la musique occidentale ». Armé de son Brownie Flash, Malick Sidibé saisit des jeunes dansant sur ces rythmes nouveaux, qui transforment les manières de se mouvoir, de se rencontrer et de s’habiller. La mode n’est jamais accessoire : dans son studio, vêtements, bijoux, Mobylettes ou bicyclettes participent à l’image que chacun souhaite donner de soi.
UNE VOIX GÉNÉREUSE
Au fil d’une parole libre et volontiers digressive apparaît une conception sociale de la photographie. Contrairement au dessin et à la peinture, qu’il juge solitaires, elle impose de parler aux gens, de gagner leur confiance et de partager leur quotidien. Il observe par ailleurs avec lucidité la démocratisation du médium, dont il célèbre l’accès élargi tout en redoutant la précarisation du métier.
Le titre reprend l’une de ses convictions : « l’art finira par gagner », lui qui affirme que la valeur d’un artiste doit être reconnue sans distinction de couleur. Cette foi dans l’art se double d’une éthique très concrète du partage. Malick Sidibé raconte comment la reconnaissance lui a permis d’aider son village et ceux qui l’entourent : « L’argent ne rentre pas dans le tombeau », énonce-t-il. La force de ce petit opus tient à cette parole, à ses détours, ses répétitions et ses élans, que les éditeurs ont choisi de restituer de manière brute. Un parti pris qui préserve toute la personnalité de Malick Sidibé, mais pourra aussi dérouter : un travail éditorial plus poussé aurait sans doute fluidifié la lecture et éclairé certains passages confus, sans pour autant effacer son oralité.
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Malick Sidibé, L’art finira par gagner, Fontenay-sous-Bois, Rotolux Press, 2026, 24 pages, 5 euros.




