Alors que vient d’ouvrir la 38e édition du Festival international de photojournalisme, son fondateur et directeur historique tire sa révérence. Jean-François Leroy a été emporté par un cancer du poumon ce 31 août 2026, à l’âge de 69 ans. Le photoreportage est orphelin de l’un de ses plus fervents défenseurs. Figure majeure, au caractère bien trempé, il n’a eu de cesse de le mettre en avant, attentif à la découverte de jeunes talents et soutien indéfectible des photographes dans une époque de réduction des budgets dans la presse et de disparition des agences photo, notamment à travers les dotations des prix décernés chaque année à Perpignan.
Né le 3 octobre 1956 à Paris, il découvre la photographie après avoir commencé des études de médecine. Collaborateur de magazines spécialisés dans les années 1970, il devient rédacteur en chef de Photo Magazine en 1985, avant de rejoindre l’agence Sipa Press. « Photographe médiocre », de son propre aveu, il pressent alors qu’il ferait « sans doute un bon éditeur, c’est-à-dire quelqu’un capable de regarder les images, de les choisir, de les défendre et de les faire circuler ».
En 1989, il crée le Festival international de photojournalisme Visa pour l’image avec Michel Decron et le soutien de Roger Thérond, autre grand promoteur du médium dans la presse, alors directeur de la rédaction de Paris Match et plus tard cofondateur du magazine Photo. En 2008, à l’occasion de la 20e édition de la manifestation qui réunit chaque année le gratin mondial de la profession, il avait confié à France Culture, commentant sa collection personnelle : « Pour moi, la photo, c’est une histoire de sentiment ».
« Malgré la maladie, il a eu à cœur de valider chaque exposition, chaque photo. Cette année encore, il y a toute l’âme de Jean-François Leroy dans les clichés que nous dévoilons », a déclaré lors du vernissage de l’édition 2026 du rendez-vous perpignanais Delphine Lelu, sa collaboratrice, nommée directrice du festival.
Jean-François Leroy a livré son regard sur la passion d’une vie en retraçant son parcours et l’histoire de Visa pour l’image dans un livre testament tout juste paru, Le devoir de regarder, en dialogue avec Isabelle Fougère (MkF Éditions). Il y prodigue notamment ces conseils à un jeune photojournaliste : « Avant même de déclencher, il faut te demander : qu’est‑ce que je veux raconter ? Où est-ce que je veux emmener celui qui regardera ? Et cette question mérite une réponse construite, pas seulement une intuition. » Et d’ajouter : « Engage-toi. Pas seulement photographiquement, politiquement, humainement, éthiquement. L’engagement n’est pas une faiblesse du regard. C’est sa condition. Un photographe qui ne sait pas pourquoi il photographie quelque chose ou quelqu’un fera des images, peut-être belles techniquement, mais creuses. »




