Un dauphin de verre et d’aluminium sculpté par Jean-Marie Appriou jaillit du jardin. Dans la maison provençale, un paysage tissé abstrait de Josep Grau-Garriga flotte non loin d’une figure de proue en cordage avachie sous le poids d’une embarcation détruite d’Awena Cozannet. À la Fondation Villa Datris, à L’Isle-sur-la-Sorgue, la Méditerranée s’expose sous une multitude de formes sculpturales. 65 artistes originaires d’une dizaine de pays y partagent leurs questionnements culturels, écologiques et politiques liés à l’histoire de ce carrefour culturel maritime. Si les sujets traités sont graves, de la migration forcée et ses pertes humaines et culturelles à la pollution, Stéphane Baumet et Danièle Marcovici, respectivement directeur de la Villa et présidente de la Fondation, ont évité de tomber dans le misérabilisme. Par le choix des œuvres, ambivalentes, qui mêlent, ici le tragique du déplacement à l’espièglerie, tel l’Invisible bateau en forme de rocher de Julien Berthier qui vogue sur la côte marseillaise, là le ravage à la beauté avec les magnifiques gorgones aux couleurs vives d’Ugo Schiavi, en réalité composées de déchets plastiques.
Ces choix ne sont pas anodins. La Fondation s’adresse à un large public, sans renoncer à la qualité esthétique et intellectuelle des œuvres, un pari ambitieux. Danièle Marcovici, sa fondatrice, dirige depuis 1982 l’entreprise familiale Raja. Collectionneuse d’art contemporain avec son mari architecte Tristan Fourtine, ils décident de créer la Fondation Villa Datris quelques années après la Fondation d’entreprise Raja qui soutient des projets en faveur des femmes. En 2014, un second lieu est créé, l’Espace Monte-Cristo à Paris, dirigé par Pauline Ruiz, accompagnée de Jules Fourtine, coprésident de la Fondation. Là encore, une histoire de famille. Toutes leurs expositions, en accès libre, ont en commun d’aborder des thèmes qui résonnent avec l’actualité dont « Recyclage » en 2020 et « Engagées » en 2025 liée à la montée des extrêmes en Europe. Et de proposer des activités à destination de la population locale.

Marios Fournaris, Forgotten Refuge. Courtesy de l’artiste et Galerie Analix Forever. Photo © Bertrand Michau
« Méditerranée, odyssées contemporaines » témoigne de la relation profonde que chacun des artistes invités entretient avec son territoire et qui forge nos identités. Certains abordent la notion de frontière, telle Cathryn Boch qui coud des territoires et ses frontières-cicatrices. Zoë Paul dessine en perle de céramique et de porcelaine Perséphone, la déesse du seuil, lien entre le ciel et la terre. D’autres interrogent ce qu’il reste après la perte, tel Thomas Lerooy et son carton comportant des ruines de sculptures antiques, le tout entièrement réalisé en bronze. Tandis que la colonne de blé, de coton, de jute et de bois de Marios Fournaris témoigne de l’appartenance à une terre mais aussi du déplacement forcé. Chaque œuvre offre un regard ouvert et propice à la réflexion, soulignant les liens entre l’histoire individuelle et collective. Jusqu’à la vidéo de Mimiko Turkkan dans laquelle une femme, seule au milieu d’un paysage dévasté, frappe avec fureur la terre desséchée. Cette rage face à l’impuissance est aussi un acte de révolte qui incite, alors que la terre brûle, non plus à regarder ailleurs, mais à agir.
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« Méditerranée, odyssées contemporaines », jusqu’au 1er novembre 2026, Fondation Villa Datris, 7 avenue des Quatre Otages, 84800 L’Isle-sur-la-Sorgue




