Derrière la sobre façade de l’église Sainte-Croix, dans le quartier de la Roquette, se cache une nef totalement rénovée par l’architecte et designer Charles Zana. Le bâtiment se déploie sur trois niveaux comportant autant d’espaces d’expositions de volumes différents auxquels le visiteur accède par une cage d’escalier située à l’arrière, aux tons particulièrement chaleureux.
Les murs abritent désormais le Fonds Bustamante, structuré en trois axes majeurs, correspondant aux différents centres d’intérêt de son initiateur : l’artiste, le commissaire d’exposition et le pédagogue.
Cet été, pour lancer les lieux, c’est l’artiste en tant que commissaire d’exposition qui est mis en exergue avec l’exposition « En Miroirs », qui se présente comme l’exemple même de son engagement : « soutenir la création à travers une programmation exigeante ouverte à toutes les générations et à une pluralité de médiums (y compris la musique), engagement mettant en lumière des récits méconnus ou en réexaminant certaines lectures de l’histoire de l’art ». Il est actuellement prévu d’organiser deux expositions d’envergure par an dans ce lieu qui vient renforcer l’attrait de la ville, aux côtés notamment de LUMA Arles, de la Fondation van Gogh ou encore du fonds de dotation Lee Ufan.
L’engagement pédagogique de Jean-Marc Bustamante – lui qui fut notamment directeur des Beaux-arts de Paris de 2015 à 2018 – se prolonge au travers d’un ambitieux programme de masterclasses, de conférences et de rencontres associant artistes, chercheurs et publics. Enfin, dans les mois à venir, le lieu réunira et abritera les archives de l’artiste de façon à les rendre accessibles, notamment pour les chercheurs.

Exposition « En Miroirs », Fonds Bustamante. Photo : Grégoire d'Ablon
Introduite par une énigmatique vitrine-sculpture de Reinhard Mucha, l’exposition collective réunit des œuvres de premier plan d’une part, d’artistes européens de la même génération que Bustamante de l’autre, formant une constellation qui fait sens, avec pour invités Gerhard Merz, Jan Vercruysse, René Daniëls, Günther Forg, Cristina Iglesias, Thomas Schütte, Michael Buthe, Rodney Graham, Rémy Zaugg ou Mariella Simoni. Outre l’installation sonore de Federico González, le visiteur découvre aussi des pièces d’Anne-Marie Schneider, Tatiana Trouvé, Alice Anderson, Shervin/e Sheikh Rezaei, Nicolas Schneider et Clément Rodzielski.
Leur dialogue avec celles de Jean-Marc Bustamante – de ses premières photographies aux derniers « Coup de vent », en passant par ses travaux sur Plexiglas – est silencieux. On le doit à un accrochage rigoureux mais sensible, véritablement conçu en miroir, au sens premier comme au figuré, où transparence et matérialité se conjuguent avec une énergie contenue. La sobriété imaginaire est le maître mot, à l’instar du titre de cette peinture de Rémy Zaugg, Imagine-toi, nous les mots nous fermons les yeux et toi homme, tu ne peux plus rien t’imaginer. Le soin est ainsi laissé au visiteur d’y déterminer son propre paysage mental.

Exposition « En Miroirs », Fonds Bustamante. Photo : Grégoire d'Ablon
« Oui, je me suis fait plaisir en concevant cette exposition, nous explique Bustamante. Elle répond à quelques-unes de mes questions fondamentales : d’où vient-on ? De quelle génération s’agit-il ? Quels sont les artistes qui m’ont influencé, sans oublier les plus jeunes que j’ai suivis en tant que professeur ? Ma génération, celle qui a émergé dans les années 1980, est celle de la fin des diverses avant-gardes influencées par l’art conceptuel. On a assisté à un retour de la poésie de l’objet, ainsi que de la couleur de la part d’une génération d’artistes qu’il convient peut-être maintenant non pas de redécouvrir, mais de mieux faire connaître, sinon de les "protéger". Je les qualifie "d’artistes indépendants internationaux" qui ont profondément marqué notre époque ».
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« En Miroirs », jusqu’au 31 octobre 2026, Fonds Bustamante, 27 rue de Chartrouse, 13200 Arles, www.fondsbustamante.com



