Tout juste après avoir assuré le commissariat d’une exposition majeure et d’une performance de l’artiste chinois Ai Weiwei, Low Kee Hong a été nommé directeur artistique de la 26e Biennale de Sydney, prévue en 2028. Il est actuellement directeur artistique de Factory International, l’institution culturelle de Manchester qui présente jusqu’au 6 septembre l’exposition « Ai Weiwei : Button Up ! ».
La 25e Biennale de Sydney, clôturée ce 14 juin 2026, avait été marquée par plusieurs controverses. Sa directrice artistique, Cheikha Hoor Al Qasimi, avait notamment été critiquée pour son absence lors de la présentation à la presse, qu’elle avait justifiée par sa volonté de laisser les artistes s’exprimer en leur propre nom. Une enquête de police avait ensuite été ouverte à la suite de propos tenus par DJ Haram, de son vrai nom Zubeyda Muzeyyen, lors de la soirée d’inauguration. L’affaire a finalement été classée sans suite, faute d’éléments suffisants pour engager des poursuites pour incitation à la haine raciale ou apologie du terrorisme.
Proche de Hoor Al Qasimi, Low Kee Hong est « l’une des voix les plus singulières du commissariat pluridisciplinaire contemporain à l’échelle internationale », ont déclaré les organisateurs de la Biennale de Sydney en annonçant sa nomination.
Dans un entretien accordé à The Art Newspaper, Low Kee Hong explique que le dialogue avec les communautés autochtones d’Australie jouera un rôle central dans la conception de la prochaine édition, dans le prolongement de l’approche qu’il a développée lors de précédents festivals. « L’influence des communautés autochtones sur ma pratique m’a conduit à penser les temporalités bien au-delà des trois mois de la biennale, pour les inscrire dans une perspective de plusieurs centaines de milliers d’années », souligne-t-il.
Il dit également suivre les travaux de la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale, qui recueille actuellement des témoignages à Sydney après la fusillade ayant visé des personnes juives à Bondi Beach l’an dernier. La haine raciale « est partout, observe-t-il. C’est le monde dans lequel nous vivons, un monde de divisions : nous et eux, noir et blanc. La biennale doit être un moment de réflexion profonde avec les artistes, afin de nous demander si l’art peut encore offrir un espace d’écoute véritable et de conversations nuancées. »
« Sous l’effet de l’intensité des réseaux sociaux, nous avons tendance à renoncer aux échanges approfondis, poursuit-il. Tout se réduit à des gestes très rapides : un "J’aime", un partage, et l’on passe à autre chose. Il est essentiel que l’art conserve cette capacité à rendre possibles des conversations difficiles et conflictuelles, même lorsque tout le monde prétend qu’elles sont impossibles ou qu’elles ne devraient pas avoir lieu. »
La dernière édition de la Biennale de Sydney avait également été critiquée pour avoir investi la White Bay Power Station, un espace jugé si monumental qu’il tendait à écraser les œuvres qui y étaient présentées. Low Kee Hong affirme toutefois ne pas être intimidé par les dimensions, même vertigineuses, d’un lieu d’exposition. « Manchester est le berceau de la révolution industrielle. La ville compte donc de nombreux anciens moulins, usines et entrepôts, que le Manchester International Festival, produit par Factory International, investit régulièrement », rappelle-t-il.
Avant de rejoindre Factory International en 2022, Low Kee Hong a été directeur fondateur et directeur général de la Biennale de Singapour, puis directeur artistique et directeur général du Singapore Arts Festival. Il a également occupé le poste de directeur artistique associé de TheatreWorks, à Singapour, avant de prendre la tête du théâtre et des arts de la scène au sein de la West Kowloon Cultural District Authority, à Hongkong.
Barbara Moore, directrice générale de la Biennale de Sydney, estime que sa vision apportera « chaleur et bienveillance, en faisant émerger un sentiment d’humanité partagée au-delà des différences et des transformations ».
Dans le cadre de l’exposition actuellement présentée à Manchester, Ai Weiwei a collaboré avec Low Kee Hong à sa première performance d’une durée de vingt-quatre heures, Sewing a Button. L’artiste y a rejoué les conditions éprouvantes de ses quatre-vingt-un jours de détention en 2011, passés dans une cellule individuelle, sous surveillance constante et soumis à des interrogatoires réguliers, après son arrestation à l’aéroport international de Pékin. Sept ans plus tard, Ai Weiwei avait présenté une œuvre gonflable monumentale lors de la 21e Biennale de Sydney.




