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Les collections muséales d’été à Liège, Charleroi et Mons

Durant la période estivale, trois institutions d’art francophones belges, La Boverie, le BPS22 et le MACS, mettent à l’honneur leur fonds permanent.

Bernard Marcelis
21 juillet 2026
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Emilio López-Menchero, Checkpoint Charlie, 2010, installation in situ, cabane, drapeaux, sacs et panneaux, BPS22, Charleroi. Courtesy de l’artiste et de la Province de Hainaut. Photo Leslie Artamonow

Emilio López-Menchero, Checkpoint Charlie, 2010, installation in situ, cabane, drapeaux, sacs et panneaux, BPS22, Charleroi. Courtesy de l’artiste et de la Province de Hainaut. Photo Leslie Artamonow

Que ce soit pour célébrer un anniversaire ou pour des raisons budgétaires les obligeant à restreindre le nombre de leurs expositions temporaires, trois lieux d’art belges ont fait le choix de mettre leurs fonds en avant. Ceux-ci, qu’ils soient généralistes ou thématiques, reflètent des politiques d’achats répondant à des degrés de cohérence variés.La constitution de ces collections municipales, provinciales ou régionales dépend en premier lieu de leur passé. Ainsi, celles de La Boverie, le musée des Beaux-Arts de Liège, remontent à la fin du XVIIIe siècle et se composent pour l’essentiel de dons et de legs privés. À Charleroi, celles de la Province de Hainaut, rassemblées à la fin du XIXe siècle et mises en dépôt au BPS22, s’appuient tant sur l’essor industriel que sur les combats sociaux qui en furent le corollaire. L’institution privilégie dès lors « les formes d’art centrées sur l’actualité sociétale et les phénomènes culturels de notre époque ». Près de Mons, le musée des Arts contemporains (MACS) du Grand-Hornu, qui fêtera ses 25 ans en 2027, a débuté quant à lui la sienne en 1999. Elle compte plus de 550 œuvres, parmi lesquelles sa pièce maîtresse, l’installation Les Registres du Grand-Hornu (1997) de Christian Boltanski. Trois thématiques principales la définissent : le lieu, la poésie et la mémoire. Le MACS est également le dépositaire d’une partie des collections d’art de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entité créée en 1972 à la suite d’une des nombreuses réformes de l’État belge.

Liège

La Boverie présente son fonds en trois parties. La première, « S’enrichir », relate, de façon relativement chronologique, son élaboration. Elle s’articule autour des dons majeurs (par exemple, une sélection parmi la donation Graindorge faite en 1980), des sections thématiques (le portrait et le nu), des dates clés (fin du XIXe siècle, années 1920-1930, 1950, 1980) et des œuvres de l’art dit « dégénéré », lesquelles constituent le fleuron de l’institution. Cette dizaine de peintures réalisées par Marc Chagall, Paul Gauguin, Oskar Kokoschka, Marie Laurencin, Max Liebermann, Franz Marc, Pablo Picasso et James Ensor (dont le musée possède par ailleurs un bel ensemble) a été acquise lors de la vente de Lucerne en 1939. S’y ajoutent des œuvres de Maurice Utrillo, Antoine Wiertz, Eugène Boudin ou encore Claude Monet. Celles-ci sont malheureusement noyées au milieu de nombreuses pièces secondaires signées de plus ou moins grands noms. Parmi les artistes contemporains émergent cependant des créations majeures de Gilbert & George, Jacques Monory, Marthe Wéry, une somptueuse toile d’Olivier Debré, sans oublier l’impressionnant Wall Drawing (1985) de Sol LeWitt.

Malgré la diversité des sujets, des supports et des formats, la cohérence des collections permet de monter des expositions qui font sens.

La deuxième partie de la présentation propose plusieurs axes : « Préserver », « Étudier », « Conserver et Restaurer ». Elle met très justement en exergue les acteurs de l’ombre des musées : les conservateurs, restaurateurs, préparateurs, scientifiques et régisseurs. Grâce à quelques œuvres emblématiques – que l’on aurait aimé retrouver dans le parcours principal – et l’appui de textes instructifs, les visiteurs peuvent se rendre compte de leur travail, souvent invisible mais indispensable. C’est une heureuse initiative que de dévoiler ainsi les coulisses d’une collection.

La troisième partie, « Le jardin des sculptures », est installée dans l’extension du bâtiment due à Rudy Ricciotti et inaugurée en 2016. Si l’endroit, avec ses trois façades vitrées, ne se prête guère à l’exposition de peintures et de dessins, il constitue un écrin idéal pour les sculptures. Malgré quelques faiblesses, l’ensemble reste de bonne facture. Il s’étend du XIXe siècle (Auguste Rodin, Jef Lambeaux) à nos jours (Johan Muyle, Xavier Mary, Panamarenko) en passant par des modernes comme Joseph Csaky, Robert Jacobsen ou encore Pol Bury.

Charleroi et Mons

Désormais, chaque saison, une sélection d’œuvres quittera les réserves du BPS22, à Charleroi, pour rejoindre la grande halle industrielle du bâtiment. Malgré la diversité des sujets, des supports et des formats, la cohérence de la collection permet de monter des expositions qui font sens, en tissant des liens entre les différentes pièces.Sous le titre « Chrysalis », symbolisant cette étape de développement intermédiaire où la matière se défait, prête à renaître autrement, la commissaire Nadège Metzler a privilégié des créations qui évoquent les transformations et les mutations. Elles sont de tout ordre et touchent à l’histoire, la politique, la société, mais aussi au langage, aux corps et aux paysages. Il y est question de « Structures sous tension » interrogeant les frontières et les obstacles à surmonter, auxquelles succèdent des « Territoires en latence », où paysages et traces de l’histoire se conjuguent. Les rencontres se jouent dans les « Gestes situés » et plus encore dans les « Intimités instables », où elles peuvent se défaire par les perceptions variées des corps ou par la lourdeur éloquente des silences. Enfin, avec « Formes en suspens », les apparences, les matières et les éléments opèrent des glissements de prime abord peu perceptibles, le temps requis pour discerner les mutations entre présence et absence, apparition et effacement, transparence et opacité, fluidité et solidité. Parmi la quarantaine d’artistes sélectionnés figurent Brognon & Rollin, Edith Dekyndt, Damien Deroubaix, Lionel Estève, Guerilla Girls, Allan Sekula, Banks Violette ou encore VOID.

De son côté, outre l’exposition estivale dédiée à la sculptrice belge Lucia Bru (« Aux choses mêmes », jusqu’au 1er novembre 2026), le MACS, à Hornu, près de Mons, consacre deux présentations à ses collections. La première, « Ravi de te connaître », rassemble les œuvres d’une vingtaine d’artistes (Marlene Dumas, Barbara et Michael Leisgen, Fausto Melotti, Éric Poitevin, José María Sicilia, Luc Tuymans, James Welling, entre autres) ayant fait l’objet de dons. À ce jour, une centaine de pièces sont entrées ainsi au MACS. Les bienfaiteurs sont en premier lieu les artistes qui y ont exposé, mais également des collectionneurs et des galeristes. Le fonds rend compte des thématiques qui irriguent l’art contemporain : les mémoires collectives et individuelles, le corps social et privé, les paysages naturels et mentaux. Se tisse alors une série de liens et de résonances implicites témoignant de la cohérence de l’ensemble, sans doute aussi parce que la peinture y occupe une place prépondérante.

La seconde, « Le Regard éloigné », met l’accent sur le support photographique, tout en proposant des travaux de Marcel Broodthaers, Adel Abdessemed, Jimmie Durham ou encore Alfredo Jaar. Cette sélection vise à souligner « la portée critique d’une vision anthropologique qui embrasse le proche et le lointain, le familier et l’étranger, le centre et la périphérie », avec la mondialisation pour toile de fond. Plusieurs séquences s’attachent aux minorités victimes de l’exclusion et de l’immigration, au travers des images de Marie Bovo, Emily Bates, LaToya Ruby Frazier, Laura Henno ou des grands dessins ténébreux au charbon de Michaël Matthys. Ces deux expositions offrent un panorama représentatif d’une politique d’acquisition attentive aux enjeux sociétaux allant du local au global.

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« 10 ans de La Boverie : les coulisses d’une collection », 29 mai-23 août 2026, La Boverie, parc de la Boverie 3, 4020 Liège.

« Chrysalis. Collection d’été #1 », 6 juin-30 août 2026, BPS22 – musée d’Art de la Province de Haina, boulevard Solvay 22, 6000 Charleroi.

« Ravi de te connaître. Les dons au musée » et « Le Regard éloigné. Un choix dans la collection », 14 juin-16 août 2026, MACS – musée des Arts contemporains Grand-Hornu, rue Sainte-Louise 82, 7301 Hornu.

ExpositionsBelgiqueBPS22 CharleroiLa BoverieLiègeMAC’s du Grand-Hornu
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