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Avec l’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street, cinq défis majeurs attendent le futur ministre britannique de la Culture

De l’avenir de l’Arts Council England à l’intelligence artificielle, le prochain ministre britannique de la Culture devra faire face à plusieurs dossiers particulièrement complexes.

Joe Ware
20 juillet 2026
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Andy Burnham, nouveau Premier ministre britannique. © Crown copyright

Andy Burnham, nouveau Premier ministre britannique. © Crown copyright

Andy Burnham a été nommé aujourd’hui, 20 juillet 2026, Premier ministre britannique. Le nom de son ministre de la Culture devrait être annoncé prochainement. Quel que soit son choix, le titulaire du poste héritera de l’un des portefeuilles les plus complexes du gouvernement britannique. Avenir de l’Arts Council England, financement des institutions culturelles, situation économique des artistes, intelligence artificielle ou encore restitutions : les dossiers urgents ne manquent pas. Voici cinq des principaux enjeux qui attendent le nouveau ministre.

Financer la culture dans un contexte économique difficile

Alors que les finances publiques sont sous tension, le secteur culturel attend des garanties sur le maintien du budget de la Culture. Maria Balshaw, ancienne directrice de la Tate, a déclaré à The Art Newspaper que la préservation de la gratuité des musées nationaux – récemment au cœur de vifs débats – doit constituer une priorité. Selon elle, les musées comptent parmi les principaux atouts culturels du Royaume-Uni et jouent un rôle majeur dans son attractivité touristique : quatre visiteurs étrangers sur cinq les citent parmi les raisons de leur venue dans le pays. En mars, Maria Balshaw s’était opposée à l’idée de faire payer l’entrée des musées anglais aux touristes. « Les musées britanniques sont des biens culturels d’envergure mondiale. Voudrions-nous faire payer les visiteurs nigérians pour voir leurs bronzes du Bénin au British Museum, ou les touristes mexicains pour découvrir de l’art mexicain, alors que leur pays a si généreusement prêté des œuvres à l’exposition Frida Kahlo de la Tate Modern ? », interroge-t-elle. Elle rejette également l’idée que la philanthropie puisse se substituer aux subventions publiques. « Les dons philanthropiques viennent toujours en complément de l’investissement public de base », affirme-t-elle. Les mécènes soutiennent des expositions ambitieuses et des programmes destinés au public parce que les financements publics garantissent déjà l’accès aux institutions, souligne-t-elle. La pérennité de l’investissement public demeure ainsi le socle sur lequel repose le financement privé.

Récemment nommée vice-présidente de l’University of the Arts London, Maria Balshaw appelle également à renforcer le soutien à l’enseignement artistique et à rétablir la Strategic Priorities Grant pour les formations créatives. « Nos écoles d’art sont les meilleures au monde, et le nombre d’étudiants étrangers qui viennent étudier dans des établissements comme Central Saint Martins, le London College of Fashion ou le Royal College montre que le reste du monde reconnaît la valeur de ce type d’enseignement, explique-t-elle. Le gouvernement devrait donc revenir sur sa récente décision de supprimer la Strategic Priorities Grant pour les formations créatives. »

Arts Council England et le rapport Hodge

L’une des premières décisions importantes du nouveau ministre de la Culture portera sur les suites à donner au rapport de Margaret Hodge consacré au Arts Council England. La membre travailliste de la Chambre des lords y recommande une plus grande décentralisation des financements artistiques ainsi qu’une redéfinition du rôle de l’organisme. Peu d’observateurs s’attendent à la disparition de l’Arts Council England. La véritable question est de savoir si l’institution conservera son rôle de financeur ou si elle évoluera vers celui d’une agence nationale chargée de la stratégie culturelle.

Alison Cole, directrice de la Cultural Policy Unit, proche des cercles de réflexion du Parti travailliste, estime qu’« une décentralisation accrue modifierait inévitablement le rôle de l’Arts Council England, sans pour autant devoir l’affaiblir ». Selon elle, « plutôt que d’agir principalement comme un distributeur direct de financements, l’Arts Council England pourrait devenir un organisme national à vocation plus stratégique », chargé de fixer des normes et d’investir dans des projets d’envergure nationale, tandis que les décisions locales seraient prises au plus près des populations. Alison Cole considère que cette décentralisation devrait s’accompagner de nouvelles sources de recettes locales, comme une taxe de séjour municipale, ainsi que de financements pluriannuels, afin qu’elle contribue à réduire les inégalités régionales plutôt qu’à simplement les déplacer.

La réponse au rapport Hodge constituera un premier test de la volonté du gouvernement Burnham de transférer davantage de compétences de l’État central vers les territoires – et du rôle que l’Arts Council England sera appelé à jouer dans cette nouvelle organisation.

Musées et restitutions

Les restitutions demeurent l’une des questions les plus sensibles politiquement auxquelles sont confrontés les musées britanniques. Tristram Hunt, directeur du Victoria and Albert Museum et ancien membre d’un cabinet fantôme travailliste aux côtés d’Andy Burnham, estime auprès de The Art Newspaper que le gouvernement devrait réexaminer le National Heritage Act de 1983. Cette loi interdit au V & A de se séparer d’objets de ses collections, sauf dans des circonstances très limitées.

Tristram Hunt, qui en demande depuis plusieurs années la révision, juge cette loi « à la fois obsolète et infantilisante pour les administrateurs des musées nationaux concernés ». Selon lui, elle empêche « le déclassement nécessaire et attendu de certaines parties des collections » et ne permet pas aux musées d’examiner correctement les demandes de restitution. Elle autorise les institutions, poursuit-il, à « se retrancher derrière la législation plutôt que de mener des recherches approfondies sur la provenance et d’étudier les demandes légitimes de restitution de biens pillés ».

« Le Charities Act de 2022 comportait des dispositions permettant aux organisations caritatives de céder des biens à titre gracieux. Celles-ci auraient pu s’appliquer aux musées nationaux détenant des objets contestés, mais les gouvernements des deux bords ont jusqu’à présent refusé de mettre en œuvre la loi de cette manière », ajoute-t-il.

Tristram Hunt estime que le réexamen du Charities Act de 2022 prévu l’année prochaine par la loi offre l’occasion d’envisager l’extension de ces dispositions aux musées nationaux conservant des objets contestés. Leurs administrateurs pourraient ainsi être autorisés à prendre eux-mêmes certaines décisions en matière de restitution.

Soutenir les artistes

Le nouveau gouvernement devra également répondre aux difficultés, nombreuses et diverses, auxquelles sont confrontés les artistes pour poursuivre leur activité.

Kate Oakley, professeure de politique culturelle à l’université de Glasgow, cite la hausse des loyers des logements et des ateliers, l’endettement des diplômés, le recul de l’enseignement artistique et « l’effondrement d’un grand nombre de sources de revenus sur lesquelles les artistes comptaient traditionnellement pour soutenir leur carrière ».

Selon elle, aucune mesure isolée ne permettra d’inverser ces tendances. L’amélioration de l’enseignement artistique, la lutte contre la hausse du coût de la vie et l’octroi de marges de manœuvre accrues aux autorités décentralisées pour soutenir les secteurs culturels locaux pourraient toutefois faire évoluer la situation.

Plutôt que des dispositifs exclusivement destinés aux artistes, comme un revenu de base qui leur serait réservé, Kate Oakley plaide pour des réformes plus générales visant à mieux protéger les travailleurs indépendants et précaires dans l’ensemble de l’économie.

« Rendre le travail indépendant plus viable – en modifiant le système fiscal, en assouplissant le régime des prestations sociales ou en instaurant des systèmes d’assurance sociale pour les travailleurs indépendants, comme il en existe dans certains pays européens – pourrait aider l’ensemble des travailleurs précaires ou indépendants. Cette approche me paraît plus facile à défendre politiquement », explique-t-elle.

Intelligence artificielle et droit d’auteur

L’intelligence artificielle est rapidement devenue l’un des principaux enjeux auxquels sont confrontées les industries créatives. Le gouvernement subit une pression croissante pour concilier innovation et protection des droits des artistes.

Christian Zimmermann, directeur général de la Design and Artists Copyright Society (DACS), l’équivalent britannique de l’ADAGP, estime que la priorité du gouvernement devrait être claire. « Les artistes doivent pouvoir décider de l’utilisation de leurs œuvres par les systèmes d’intelligence artificielle et être rémunérés équitablement, affirme-t-il. L’IA possède un véritable potentiel, mais elle ne peut pas se développer en exploitant sans autorisation les œuvres des artistes visuels et des créateurs. »

Selon Christian Zimmermann, la législation britannique sur le droit d’auteur est globalement adaptée, mais son application reste insuffisante. « Le problème ne tient pas à la législation sur le droit d’auteur, mais aux difficultés à la faire appliquer et à l’attitude des géants de la technologie, qui s’affranchissent des règles existantes », déclare-t-il. Il réclame un renforcement des moyens de contrôle, une plus grande transparence ainsi que des mécanismes de licence concrets permettant aux créateurs de bénéficier de la valeur générée par l’IA.

Pris dans leur ensemble, ces dossiers donnent la mesure de la tâche qui attend le nouveau ministre britannique de la Culture. Celui-ci disposera de peu de temps pour s’installer dans ses fonctions avant de devoir prendre des décisions susceptibles de façonner le paysage culturel britannique pour les années à venir.

Politique culturelleAndy BurnhamRoyaume-UniMaria BalshawArts Council England Tristram HuntTate
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