L’entourage de l’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, connue internationalement pour sa bande dessinée Persepolis (L’Association, 2007), a annoncé jeudi 4 juin 2026 à l’Agence France-Presse (AFP) son décès à Paris à l’âge de 56 ans. Un an auparavant, elle avait perdu son époux, le Suédois Mattias Ripa, économiste de formation, qui l’avait accompagnée dans l’ensemble de ses projets. Cet homme âgé de 53 ans au moment de son décès partageait sa vie depuis de nombreuses années. Très unis, ils étaient réputés inséparables. Dans un communiqué publié le 4 juin, les proches de l’artiste franco-iranienne ont indiqué que celle-ci était décédée « de tristesse un peu plus d’un an après la disparition de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie ».
Née en 1969 à Rasht, dans le nord de l’Iran, Marjane Satrapi grandit à Téhéran dans un milieu cultivé et engagé. Fille unique d’une styliste et d’un ingénieur, elle est issue d’une famille marquée par une histoire riche et complexe, mêlant influences culturelles et religieuses diverses. Sa généalogie est traversée par plusieurs figures marquantes, des ancêtres politiques, diplomatiques ou artistiques ayant connu des destins parfois tragiques ou hors du commun. Son enfance est également bouleversée par la révolution islamique de 1979, puis par la guerre Iran-Irak, qui transforment radicalement son environnement et son quotidien. Très jeune, elle est confrontée aux troubles politiques, à la violence des conflits et à la répression qui touchent sa génération. À 14 ans, afin de la protéger, ses parents l’envoient en Autriche, où commence pour elle un exil qui s’imposera durablement dans sa vie.
Après son arrivée en France en 1994 – elle sera naturalisée française en 2006 –, Marjane Satrapi sort diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Elle s’est imposée sur la scène internationale grâce à Persepolis, son œuvre autobiographique devenue emblématique. Elle y retrace son enfance en Iran sous le régime islamique, les violences subies par la population et les bouleversements liés à la révolution et à la guerre, ainsi que son départ difficile vers l’Europe. Avec un dessin monochrome et des traits simples, elle réussit à dépeindre la grande complexité de la société iranienne et la déflagration provoquée par l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979. L’œuvre reçoit plusieurs distinctions, notamment au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. En 2007, elle est adaptée au cinéma avec l’aide de Vincent Paronnaud (aussi connu sous le nom de Winshluss). Le film remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes et obtient une nomination aux Oscars. « Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens », avait alors déclaré Marjane Satrapi.
Son pays natal va continuer à irriguer son œuvre tout au long de sa vie. Publié en 2003, Broderies rassemble une série d’anecdotes racontées par des femmes iraniennes. En 2005, Poulet aux prunes, autre œuvre située en Iran, reçoit le Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Marjane Satrapi en a également coréalisé l’adaptation cinématographique en 2011, portée notamment par Mathieu Amalric, Édouard Baer et Maria de Medeiros.
Plus récemment, en janvier 2025, l’artiste avait décliné la Légion d’honneur, invoquant ses « principes » et son attachement à son pays natal. Elle expliquait ne pas pouvoir ignorer ce qu’elle considérait comme une attitude ambivalente de la France à l’égard de l’Iran, dans un contexte de nouvelle vague de répression dans son pays d’origine. Elle présentait également ce refus comme un geste de solidarité envers le peuple iranien, en particulier les femmes et la jeunesse, ainsi qu’avec les ressortissants français détenus en Iran. Elle avait été élue membre de l’Académie des beaux-arts dans la section de mise en scène en février 2024. « Cette disparition est celle d’une femme admirable, lumineuse, d’une intégrité absolue, et dont la volonté première, dès son élection à l’Académie des beaux-arts, aura été d’y créer une fondation pour aider les jeunes cinéastes », a déclaré Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts.




