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Ana Jotta : des maisons comme des peaux

Alice Dusapin, Martin Laborde et Baptiste Pinteaux s’entretiennent avec leur collaboratrice, revenant sur sa trajectoire artistique par le biais de la thématique des lieux traversés.

Guitemie Maldonado
19 mai 2026
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Ana Jotta, Peau d’Ana, Paris, Daisy, 2026, français et anglais, 200 pages, 22 euros.

Ana Jotta, Peau d’Ana, Paris, Daisy, 2026, français et anglais, 200 pages, 22 euros.


En 2022, dans le cadre du Festival d’Automne, Ana Jotta (née en 1946) avait installé Une chambre en ville à la Cité internationale des arts – avec tout ce que ce titre suggère de passager mais aussi d’intime, voire de clandestin. Disposant divers objets dans les pièces d’un logement inoccupé, y dessinant à même les murs et ouvrant ainsi dans le bâti des brèches et des chemins pour une vie matérielle et imaginaire, elle y avait suscité des amorces de récit sensibles et poétiques, à la mesure de la discrétion même de ces traces. Tel lien entre les lieux et l’existence, résonnant avec son idée selon laquelle « l’art doit être vivable », s’affirme au fil de l’entretien réalisé en janvier 2023, que publient les éditions Daisy.

La géographie des souvenirs

Cette conversation avec Alice Dusapin, Martin Laborde et Baptiste Pinteaux – membres d’Ampersand avec qui l’artiste collabore depuis plusieurs années – a eu pour cadre le duplex qu’elle occupe depuis plus de quarante ans à Lisbonne, au dernier étage d’un immeuble dans le quartier de Campo de Ourique, que lui a légué sa grand-mère en 1974, quelques mois avant la révolution des Œillets. Quelques vues, prises en 2025, en sont reproduites, les dernières d’une suite de photographies montrant, au fil du temps, différents endroits où Ana Jotta a vécu et travaillé.

« C’est magnifique d’être âgée, car tu as vu des tas de choses [...] tu ne sais pas où elles sont ni comment tu les utilises, mais elles sont là avec toi. »

Car, sans jamais couper les ponts avec sa ville natale, elle a successivement et longuement séjourné en divers points du globe, Zanzibar (Tanzanie), Funchal (Madère, Portugal) ou Tanger (Maroc), au gré de rencontres, de circonstances et d’affinités, quand ce sont des accidents, des revirements ou autres épuisements qui lui ont fait quitter les lieux.

Le récit par touches qu’elle livre ainsi de son parcours est une géographie, faite d’arrivées et de départs, d’installations et de déménagements, de l’enthousiasme de la découverte à la netteté des fins, des portes que l’on pousse à celles que l’on referme derrière soi, sans retour. Elle révèle une ébauche de topographie, aussi, de chacun de ces séjours, au sens plein du terme, et à travers eux de cette « vie d’intérieur », avec objets, qu’elle distingue de sa vie intime et qui, par sédimentation, a formé le « fonds de manège » de son œuvre : « Et c’est magnifique d’être âgée, dit-elle, car tu as vu des tas de choses qui sont là et tu ne sais pas où elles sont ni comment tu les utilises, mais elles sont là avec toi, et c’est très bien. » Ana Jotta et ses maisons, ce sont autant de transformations dans l’espace et le temps, autant de mues, comme semblent le suggérer la peau de serpent accrochée dans son escalier à Lisbonne et la dernière en date, à travers une demeure située à une quarantaine de minutes de là, nommée « Saloia » (campagnarde), « la maison de campagne d’une vieille dame, plus classique, une dame qui [est] en train de se transformer un peu ».

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Ana Jotta, Peau d’Ana, Paris, Daisy, 2026, français et anglais, 200 pages, 22 euros.

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