La foire 1-54 Contemporary African Art Fair est de retour au Starrett-Lehigh Building, à Chelsea, pour sa 12e édition à New York, réunissant 20 exposants venus de 12 pays. Elle propose une section spéciale consacrée aux artistes afro-brésiliens, intitulée « Brazil Beyond Brazil », qui réunit dix artistes et six galeries. Cette partie est organisée par l’historien de l’art et commissaire brésilien Igor Simões, spécialiste du sujet.
Cette présentation prolonge les recherches menées par Igor Simões pour des expositions telles que « Dos Brasis : Art and Black Thought », présentée au Sesc Belenzinho, à São Paulo, en 2023. Il en était l’un des commissaires, et cette manifestation a constitué la plus importante exposition d’art afro-brésilien jamais organisée dans le pays. Elle s’appuie également sur ses résidences de recherche à la Getty Foundation et au Clark Art Institute, où Igor Simões a cherché à comprendre pourquoi les artistes afro-brésiliens avaient été largement exclus du discours international sur l’art de la diaspora africaine.
« Le Brésil est le plus grand pays noir en dehors du continent africain. Pendant trois siècles, il a été la principale destination des corps noirs réduits à l’état d’objets, explique Igor Simões à The Art Newspaper. Ma question est la suivante : comment une telle absence est-elle possible, et que révèle-t-elle ? »
Selon lui, la présentation à 1-54 entend remettre en question les lectures réductrices de l’art afro-brésilien, en dépassant les motifs stéréotypés tels que la samba ou les orixás – ces divinités associées à la religion yoruba – afin d’offrir au public américain une compréhension plus fine des artistes qui composent aujourd’hui ce champ artistique.
Parmi les temps forts de cette section figure Geological Suture 3 (2024), de Luana Vitra, une sculpture murale réalisée à partir de matériaux liés à l’industrie minière de son État natal, le Minas Gerais. L’œuvre dénonce les pratiques d’extraction dans les mines et l’exploitation du travail des communautés noires. Parabrigar (2022), de Helô Sanvoy, dont le titre fusionne les mots abrigar (abriter) et brigar (lutter), détourne des matériaux tels que la brique et le verre, utilisés dans la construction d’habitations de fortune dans les favelas brésiliennes, pour interroger la manière dont l’absence d’accès au logement contraint les communautés marginalisées à se battre pour leurs droits les plus élémentaires.
« Nous ne rejetons ni la force de notre religiosité, ni le puissant héritage yoruba du nord-est du Brésil, ni l’importance d’artistes qui ont été qualifiés de "primitifs" ou de "naïfs", et présentés comme tels sur la scène internationale, explique Igor Simões. Ces artistes, ces galeries et la foire ont voulu aller au-delà de la sélection habituellement retenue pour incarner une certaine "authenticité" de l’art noir produit au Brésil. »
Cette édition réunit plusieurs nouveaux exposants, parmi lesquels Adegbola Gallery (Lagos), Aura (São Paulo), Black Pony Gallery (Bermudes), Blond Contemporary (Londres), Picture Theory Projects (New York), Tanya Weddemire Gallery (Brooklyn), ainsi que The Current : Baha Mar Gallery & Art Center (Nassau, Bahamas). La foire présente également des projets spéciaux, dont « Entanglements », proposé par TM Arthouse, qui rassemble des artistes des Caraïbes et d’Amazonie autour de questions écologiques.
Fondée à Londres en 2013, la foire s’est implantée à New York en 2015, avant de lancer une édition à Marrakech en 2018. Au fil des années, elle est devenue un « espace de transformation structurelle à long terme », selon sa fondatrice, Touria El Glaoui, et a contribué à faire évoluer « la manière dont les galeries tissent des liens avec les collectionneurs, dont les institutions abordent l’art africain et de la diaspora, et dont de nouveaux publics accèdent pour la première fois à ces conversations ».
Touria El Glaoui ajoute que le profil des collectionneurs attirés par la foire a considérablement évolué au cours des dix dernières années. « À ses débuts, l’intérêt venait souvent de collectionneurs ayant un lien personnel ou culturel avec l’Afrique, mais le public est aujourd’hui beaucoup plus diversifié, tant par son origine géographique que par son profil de collectionneur, explique-t-elle. Nous voyons de nouveaux acheteurs côtoyer des collectionneurs plus établis, qui approfondissent leurs collections. L’engagement institutionnel est également plus fort, avec des musées et des fondations qui nouent des relations plus suivies avec les galeries. »
L’édition new-yorkaise de l’an dernier a accueilli plus de 8 000 visiteurs, confirmant une progression régulière par rapport aux années précédentes. La manifestation compte dix exposants de moins cette année, ce qui, selon Touria El Glaoui, ne signifie pas pour autant que l’offre soit moins riche. « Cela reflète ce que nous constatons sur le terrain à chaque édition : l’intérêt ne procède pas par à-coups, mais se renforce progressivement, affirme-t-elle. L’objectif n’est pas de grandir à tout prix, mais de préserver la qualité des échanges qui donne tout leur sens à ces visites. »
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1-54 Contemporary African Art Fair, jusqu’au 17 mai 2026, Starrett-Lehigh Building, 600 W. 27th St, New York




