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Pavillon, tombeau de Sénèque et tronc sans tête et sans bras

Patrick Javault
7 mai 2026
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Vue de l’exposition « Ettore Spalletti & Dan Graham » à la Marian Goodman Gallery. Courtesy Marian Goodman Gallery. Photo Rebecca Fanuele

Vue de l’exposition « Ettore Spalletti & Dan Graham » à la Marian Goodman Gallery. Courtesy Marian Goodman Gallery. Photo Rebecca Fanuele

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Ettore Spalletti & Dan Graham

Entre la poétique de la couleur d’Ettore Spalletti et la politique de la vision de Dan Graham, on trouve plus de différences que d’affinités. La confrontation des œuvres de ces deux grands artistes est l’occasion d’une expérience élargie qui nous entraîne d’un côté vers Giotto, de l’autre vers Walter Benjamin. Le dialogue proprement dit se produit dans l’espace principal de la galerie. Tight Squeeze, le pavillon de Graham, avait été conçu en 2015 pour être présenté sur le toit de la Cité radieuse à Marseille. Avec ses lignes serpentines et l’insertion d’un panneau d’acier perforé, il s’agissait d’offrir un point de vue multiple sur la ville, en même temps que des variations dans la perception de la lumière. La réduction du champ de vision offre un autre questionnement sur la perception et le panneau perforé produit de beaux effets de trame. La qualité sculpturale de l’œuvre se trouve ici soulignée ainsi que son inscription dans une histoire des fabriques de jardin. Dans le même espace, Colonna sola et Carte rosa d’Ettore Spalletti produisent une transformation de l’espace par le volume et la couleur. Colonna Sola est une haute colonne blanche arrondie avec une face plate qui la fait pénétrer dans l’espace. Au mur est accrochée Carte rosa :deux panneaux verticaux peints de gesso rose (la couleur de la peau pour l’artiste) avec un léger soulèvement vers le bas. L’art de Spalletti éblouit par sa façon de brouiller les distinctions entre peinture et sculpture, de diffuser la couleur en faisant douter de son origine. Le dialogue de la colonne et du pavillon n’est pas sans évoquer quelque peinture métaphysique.

Au sous-sol, on retrouve sur des panneaux carrés aux bords biseautés les autres couleurs d’Ettore Spalletti : le bleu et le gris, et un ensemble de 50 lithographies offre un répertoire de ses formes. À cette entrée dans la pensée de l’artiste répond la maquette de Half Cylinder/Perforated Steel Triangular, autre exemple du travail incessant de Dan Graham avec les formes.

Du 17 avril au 20 juin 2026, Marian Goodman, 79 rue du Temple, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Cheyney Thompson : Decomposition » chez Emanuela Campoli. Courtesy Emanuela Campoli. Photo Pauline Assathiany

Cheyney Thompson : Decomposition

L’œuvre de Cheyney Thompson a pour particularité d’être fondée sur des mécanismes complexes de quantification, des traductions par algorithmes pour aboutir à de vrais tableaux dont le sujet est l’ensemble des calculs et détours imaginés par l’artiste. « Décomposition » a été conçue comme une exposition en deux volets correspondant aux deux espaces de la galerie, avec chacun treize tableaux dont les proportions ont été adaptées aux dimensions desdites salles. Le point d’origine se trouve dans l’exposition du premier étage. Treize tableaux de même format sur panneau mince sont disposés en une seule ligne et avec un intervalle des plus réduits entre eux. Le point de départ est une image obtenue à partir de captures multifocales prises à un mètre en dessous de la surface d’un sol. D’une centaine de vues, l’artiste a tiré une image composite en très haute définition, une « vue de nulle part » qu’il a soigneusement peinte. De ce sol fertile, Cheyney Thompson a tiré quelques traductions picturales. À partir d’un scan de l’image du sol, 10 % des valeurs de pixel les plus sombres et les plus clairs ont été réassignés à des paires de couleurs complémentaires pour former un tableau pointilliste. Les toiles de la série Quantity Paintings, que Thompson a entamée il y a une dizaine d’années, s’appuient sur la division du volume total de pigment proportionnellement au tableau par un algorithme. Chacune des portions obtenues détermine la quantité de pigment nécessaire à chaque coup de brosse, l’objectif étant de couvrir la toile le plus vite possible. Cette rationalisation du travail produit paradoxalement les toiles en apparence les plus libres.

Les treize tableaux monochromes exposés au rez-de-chaussée reprennent l’ordre de l’accrochage et le format des œuvres, mais dans une proportion réduite adaptée aux dimensions de la salle. Pour ces compositions, Thompson a eu recours à la technique de la tyrolienne, utilisée par les peintres en bâtiments pour créer un effet de crépi. Jean Dubuffet, l’une des références de « Decomposition », l’avait également employée pour certaines de ses Texturologies.

Du 28 avril au 19 juin, Emanuela Campoli, 4-6 rue de Braque, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Adrian Ghenie : Roman Campagna » chez Thaddaeus Ropac. Courtesy Thaddaeus Ropac et l’artiste. Photo Nicolas Brasseur

Adrian Ghenie : Roman Campagna

Avec « Roman Campagna », Adrian Ghenie s’empare d’un cliché, celui de l’artiste bouleversé par la confrontation avec la Ville éternelle. Ce cliché, il le dynamite en le nourrissant de ses obsessions, avec le sens de l’ellipse et le goût du grotesque. Dans des décors inspirés pour la plupart de la Voie Appienne, il place des personnages en baskets aux têtes d’aliens et aux silhouettes courbées devant une urne sculptée ou le tombeau de Sénèque. Plus qu’une vision caricaturale de la figure du touriste, c’est le sentiment d’une profonde inadaptation de l’homo contemporaneus à des lieux invitant au recueillement et à la méditation. Soit ces figures ne savent pas se tenir en urinant sur un monument, soit elles explosent d’émotion devant un coucher de soleil sur une des collines. Les tons dominants sont le brun et le gris, avec de temps à autre des incursions de couleurs vives pour produire des effets bien précis. L’inadaptation tourne parfois à l’aliénation avec des tubes et des branchements absurdes, par exemple entre un tombeau de pierre et un laptop. Plutôt qu’à des maîtres romains, c’est Francis Bacon et l’univers de William S. Burroughs qu’Adrian Ghenie semble avoir en tête. Bacon, il y fait directement allusion en s’inspirant de la reprise que celui-ci fit de l’autoportrait de Vincent van Gogh pour brosser la figure d’un homme au sac à dos et à la face grimaçante sous un parapluie noir. On pourrait parler d’un cycle, une manière de restituer une expérience de Rome où l’artiste a élu domicile, avec quelque chose de dévorant. Adrian Ghenie n’hésite pas à copier la composition de la mosaïque aux poissons de la Maison du Faune à Pompéi pour la faire véritablement sienne. Au premier étage de la galerie, un ensemble de grands fusains sur papier révèle la façon dont Ghenie construit ses tableaux et invente ses corps contemporains courbés sur leurs smartphones qu’il fera ensuite éclater dans ses peintures.

Du 18 avril au 30 mai, Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris

Arthur Simms, Stepped On, 2024, verre, chaussure, métal, petite voiture, vis, bois, fil de fer, cailloux, crayon. Courtesy de l’artiste et RX & SLAG

Arthur Simms : Portrait of a Politician Vomiting

Arrivé enfant de Jamaïque à New York au milieu des années 1960, Arthur Simms revendique fortement ses racines caribéennes. Il fut notamment à l’origine du pavillon jamaïcain à la Biennale de Venise en 2001 et le premier à y représenter cette nation. Simms crée des assemblages d’objets, trouvés principalement, et qui le retiennent pour des motifs divers, qui vont de l’anthropologie à la politique ou à l’histoire, ou simplement à l’esthétique. Après avoir réuni et collé ensemble certaines de ses trouvailles, il les enferme dans un réseau de fines cordes de chanvre pour leur créer une véritable peau, qui peut parfois partiellement les dissimuler. Sa façon de travailler la corde est proche du dessin. Simms emploie aussi le fil de fer, particulièrement pour les œuvres de taille moyenne ou petite. Portrait of a vomiting Politician, qui donne son titre à l’exposition, ressemble à un simple tronc sans tête et sans bras, une baguette et un dessus de dossier de chaise servant d’armature. On aperçoit un dessin sous le réseau de cordes et, au niveau des épaules, sont suspendus des gribouillages au stylo et d’un côté deux morceaux de sac de café de Jamaïque en jute. On ne sait rien du portraituré, peut-être le fruit d’une vision. Autour de cette pièce centrale sont présentées de petites sculptures sur socle, réalisées à partir d’un globe terrestre, d’une bouteille d’eau minérale bleue, de patins à roulettes ou de voitures miniatures. Arthur Simms a une prédilection pour les roues ou les roulettes qui lui rappellent les chariots des commerces de rue de Kingston. Avec le fil de fer, il donne à ces choses au rebut un caractère précieux, voire magique. Il peut traduire avec eux des sentiments, évoquer un moment de sa vie, rendre hommage à un ami disparu. C’est délicat et d’une rigoureuse économie. L’artiste expose aussi des dessins et un collage avec des cartes postales et des mèches de cheveux dans une pochette de plastique transparent et suspendu à une branchette d’arbre.

Du 18 avril au 18 juin 2026, RX & SLAG, 16 rue des Quatre Fils, 75003 Paris

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