Née à Malaga d’une mère espagnole et d’un père français, Thessa Herold fait indéniablement partie des grandes figures féminines du marché de l’art qui ont compté à Paris. Elle y a fondé la Galerie en Seine en 1970 avec son mari. Puis, en 1993, elle a lancé une enseigne à son nom, cette fois dans le Marais. C’est l’esprit visionnaire de cette grande dame disparue l’an dernier que ressuscite Christie’s dans une vente en ligne, qui réunit sa collection. La dispersion se déroulera du 20 mai au 2 juin, et sera suivie par une vacation comprenant d’autres pièces, à Drouot, sous le marteau de Thierry de Maigret, le 5 juin.
L’ensemble proposé par Christie’s comprend quelque 170 œuvres « signées des artistes chers à son cœur, dans une sélection très équilibrée entre art moderne et création contemporaine », précise la maison. Il est estimé prudemment de 2 à 3 millions d’euros. Thessa Herold a longtemps défendu le surréalisme et d’autres talents plus récents. Jean Arp, Paul Klee, Roberto Matta, Serge Charchoune, César Domela, Max Ernst, Wifredo Lam, Man Ray, Jean-Paul Agosti, Béatrice Helg ou Henri Michaux ont eu l’honneur de ses cimaises. Tandis que poètes, écrivains et historiens de l’art ont prêté leurs plumes aux catalogues très soignés conçus pour ces expositions.
Parmi les œuvres qui seront mises en vente par Christie’s figure ainsi Source, une huile sur bois découpé en relief de Jean Arp datant de 1962. Cette pièce bleue et jaune est estimée entre 50 000 et 70 000 euros. C’est l’une des 12 œuvres de Jean Arp présentes dans cette vente avec, entre autres, un autre relief, Fleur de Chartres, évalué, lui, de 70 000 à 100 000 euros et influencé par l’esprit dada. Les petits budgets se rabattront sur un Papier déchiré de 1946 évalué de 1 500 à 2 000 euros.

Roberto Matta, Sans titre, 1957. Courtesy Christie's
Autre artiste très présent dans la vacation : Roberto Matta, à qui Thessa Herold avait encore consacré une exposition en 2015. Ces 8 œuvres ont pour la plupart participé à la rétrospective consacrée à l’artiste en 2019 par le musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Deux toiles sont estimées de 100 000 à 150 000 euros chacune, l’une ayant fait partie de la collection de Cécile de Rothschild. En 1999, Thessa Herold avait justement organisé un accrochage à la scène latino-américaine, sous la houlette du commissaire Serge Fauchereau. On retrouve ici ces artistes, de Wifredo Lam à Leonora Carrington, qui vécut au Mexique et qui est actuellement à l’affiche au musée du Luxembourg, à Paris. Si Henri Michaux compte quelque dix œuvres dans la vente, Paul Klee y est représenté par différentes compositions, dont Deux âmes en haut, une aquarelle de 1927 évaluée de 50 000 à 70 000 euros. Camille Bryen, Wols ou encore Raoul Ubac font par ailleurs partie de cette dispersion. « Il faut acheter avec son cœur, non avec son portefeuille, suivre une ligne directrice et y rester fidèle », disait Thessa Herold. Un précepte qui s’adresse aussi aux futurs acquéreurs d’œuvres dans cette vente !




