L’artiste martiniquais Jean-François Boclé est décédé d’une crise cardiaque. Né en 1971, basé à Paris, il a récemment exposé au Centre d’art contemporain de Malakoff dans le cadre du projet du collectif d’artistes ultramarins « En des lieux sans merci ». « Son travail évoque la violence et la toxicité héritée de la période coloniale. Par ses écrits, il met à plat, dissèque et dénonce les violences de la mise en esclavage, de l’imposition de la monoculture dans les anciennes colonies françaises ou encore de l’utilisation du chlordécone sur les territoires martiniquais et guadeloupéens », écrit le centre d’art.
Artiste, auteur, performeur, Jean-François Boclé avait présenté ce 28 février, pour le finissage de l’exposition « (Not) All is Gold » dans l’espace Cloud Seven, à Bruxelles, une « performance culinaire » autour du colombo, plat emblématique de la Caraïbe. Avant sa dégustation partagée avec l’assistance, il s’était exprimé sur la dimension coloniale du goût et le système de travail forcé qui a suivi l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques et françaises. Cette histoire trouvait un écho particulier chez l’artiste, dont la famille a des racines liées au travail forcé, un tabou persistant. En 2016, invité à participer à la Colombo Art Biennale au Sri Lanka, il avait proposé de « cuisiner un colombo à Colombo ». Le 15 novembre 2025, il a animé sur le même principe un « atelier nourricier – political jam » lors d’une performance avant dégustation au CAC de Malakoff. L’une de ses créations, I can’(t) breathe, hommage à Frantz Fanon, mise en scène et chorégraphiée par Julien Boclé, a été présentée au Théâtre de la Ville, à Paris, dans le cadre de la Nuit Blanche en 2024. Sa pièce monumentale Tout doit disparaître, un océan de sacs plastiques bleus, a été exposée dans divers espaces et institutions internationales depuis sa première version en 2001 à l’Espace Niemeyer, à Paris.
Formé aux Beaux-Arts de Bourges puis de Paris, Jean-François Boclé a développé une pratique multimédia – de l’installation à la sculpture en passant par la peinture et la vidéo –, abordant la question de l’identité dans un monde globalisé postcolonial. Se référant à David Hammons ou Felix González-Torres, mais aussi à la communauté parisienne du Voguing, il avait déclaré : « l’artiste raconte incessamment autre chose, il est là-ailleurs. Là-ailleurs, parce que cela déborde, parce que l’espace même échappe, parce que la transe restitue, sépare, rassemble et éloigne. » Il est représenté par la Maëlle Galerie.




