Sotheby’s propose les 10 et 11 mars 2026, à Paris, une vente consacrée à Jean-Marie Rossi, grand antiquaire (au sens propre comme au figuré) parisien disparu en 2021. Répartie en 236 lots dont le total est estimé entre 5,4 et 8,2 millions d’euros, cette vacation mêle mobilier du XVIIIe siècle et art moderne, reflet d’un parcours mené pendant plus de soixante ans. Fils d’immigré italien, autodidacte formé au droit avant de bifurquer vers les antiquités dès l’adolescence, Jean-Marie Rossi n’a jamais suivi les codes. Marella Rossi, sa fille – prenant la parole au nom des trois enfants du marchand –, rappelle qu’il a bousculé la déontologie des antiquaires français dès ses débuts : « Il a commencé à mélanger toutes les époques dans les pièces, ce qui choquait. Il achetait de l’Empire, considéré comme vulgaire, de l’italien, de l’anglais. Il n’écoutait personne ! » À 26 ans, associé du galeriste parisien Maurice Aveline, il impose sa vision décloisonnée.
UN MÉLANGE DES GENRES
Sa résidence de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), conçue par Claudio Briganti, incarnait cette philosophie. Chaque dimanche soir, Jean-Marie Rossi y tenait table ouverte. « Il invitait les amis des enfants, des clients, des artistes. Tout le monde avait la même importance », se souvient sa fille. Ces dîners dessinaient un territoire sans hiérarchie. Antiquaire le jour, il devenait conseiller et collectionneur le soir. Mécène de l’École de Nice dès ses 30 ans, il faisait acheter des œuvres de César ou d’Yves Klein à Gunter Sachs et aux Durand-Ruel. « Il était l’un des premiers art advisors », souligne Marella Rossi. « Il avait des regrets en vendant des pièces exceptionnelles pour son travail. C’est peut-être pour ça qu’il gardait les jeunes artistes : on n’a pas de regrets quand on les garde », ajoute-t-elle.
La vente constitue une sélection de la galerie Aveline et de la collection personnelle de Jean-Marie Rossi. Ses enfants, Marella, Cynthia et Fritz Rossi, ont d’abord partagé nombre d’œuvres avant de choisir les pièces destinées à la vacation, les plus importantes demeurant dans la famille.
Neuf peintures de Jean Fautrier donnent le ton, parmi lesquelles Tête d’otage no 19 (1945 ; est. entre 400 000 et 600 000 euros) et Up and Down (1959 ; est. entre 120 000 et 180 000 euros). La toile Éléphants sacrés de Madura (vers 1926) de Paul Jouve est attendue entre 150 000 et 250 000 euros. Le mobilier du XVIIIe siècle, dont Jean-Marie Rossi était spécialiste, occupe une place centrale. Citons : une commode romaine japonisante livrée à la princesse Odescalchi (est. entre 200 000 et 300 000 euros) ; une commode et encoignures laque Louis XV par Mathieu Criaerd, provenant des collections du baron Hottinguer (est. entre 150 000 et 250 000 euros) ; ou encore un bureau plat Régence attribué à Noël Gérard, collection Givenchy (est. entre 200 000 et 300 000 euros). Fidèle à l’esprit de Jean-Marie Rossi, la scénographie de François-Joseph Graf mélange les genres. Une table de Carlo Bugatti (1908-1911 ; est. entre 120 000 et 180 000 euros) dialogue avec le mobilier ancien. « Le XVIIIe siècle n’est pas poussiéreux si on le raconte bien, conclut sa descendante. On exposait Michelangelo Pistoletto avec Daniel Buren : pas de juxtaposition mais une osmose générale. »
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« Collection Jean-Marie Rossi. D’un monde à l’autre », 10-11 mars 2026, Sotheby’s, 83, rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris; et à la galerie Aveline, place Beauvau, 75008 Paris.




