Né à Trevi (Ombrie) en 1937, Giancarlo Politi, figure centrale de l’édition d’art contemporain italien et international, est décédé à Milan le 24 février à l’âge de 89 ans. Fondée en 1967, Flash Art a été l’une des premières plateformes éditoriales mondiales consacrées exclusivement à l’art contemporain. Des mouvements majeurs, de l’arte povera à la Transavantgarde, du minimalisme ou de l’art conceptuel au pop art, ont trouvé la reconnaissance dans ses pages. La fine fleur des critiques et commissaires y a signé des textes majeurs, d’Achille Bonito Oliva à Hans Ulrich Obrist, en passant par Massimiliano Gioni, Cecilia Alemani, Carolyn Christov-Bakargiev ou Nicolas Bourriaud. Germano Celant y a publié en 1967 son texte manifeste Arte povera. Appunti per una guerriglia. Autre contributeur de renom, Francesco Bonami lui a rendu hommage sur son compte Instagram : « Je regardais le plafond de mon appartement à New York, envisageant de mettre fin à ma brève et infructueuse carrière d’artiste sans avoir d’alternative en tête, lorsque le téléphone a sonné et que Giancarlo Politi m’a demandé si je voulais devenir le correspondant à New York de son magazine Flash Art… C’était en 1987. Ma vie a alors basculé. Merci Giancarlo ! »
Giancarlo Politi a commencé sa carrière comme peintre et poète, avant de se consacrer à la critique d’art. Lancé à Rome en 1967 sous la forme d’un bulletin d’information, Flash Art est devenu dans les années 1970 l’un des magazines les plus influents de la scène internationale de l’art contemporain, rapidement rejoint par une maison d’édition, Giancarlo Politi Editore, avec un nouveau siège à Milan à partir de 1971. Ses livres d’art, catalogues d’expositions et l’Art Diary, un guide contenant les adresses d’artistes, de galeries, de critiques et d’institutions artistiques, sont devenus des références pour le monde de l’art.
En 1978, le magazine étend son influence par-delà les frontières de la Péninsule. À Flash Art Italia (en italien), axée sur le contexte du « Bel Paese », vient s’ajouter Flash Art International (en anglais), édition permettant une diffusion mondiale. Durant les années 1980 et 1990, Flash Art a mis en lumière de nombreux artistes, de Jeff Koons à Maurizio Cattelan. Andy Warhol y a donné sa dernière interview en 1987.
Au fil des décennies, Flash Art a pris une dimension internationale avec des éditions dans d'autres langues, en français, en polonais, en chinois, en espagnol, en allemand, en russe… Ses archives, mises en ligne sur son site, sont une mine pour les chercheurs. Giancarlo Politi, acteur essentiel de l’art à l’échelle mondiale durant près d’un demi-siècle, n’a cessé de développer des passerelles. Ardent promoteur de projets éditoriaux et culturels, il a contribué à la visibilité de mouvements, d’artistes et de personnalités de premier plan.
En 1993, Helena Kontova et Giancarlo Politi cordonnent « Aperto ’93 », exposition consacrée à l’art émergent de l’époque intégrée à la Biennale de Venise dirigée par Achille Bonito Oliva ; un projet qui fera date, déployé notamment dans un Arsenal encore brut. La même année, Giancarlo Politi inaugure le Trevi Flash Art Museum dans sa ville natale, un musée consacré à l’art contemporain international. Depuis 2020, la revue dirigée par Gea Politi, sa fille, est publiée trimestriellement.




