Des clichés mondialement célèbres d’Anne Frank aux fragiles archives coloniales du XIXe siècle, le Nederlands Fotomuseum dévoile les joyaux de l’histoire photographique néerlandaise dans son nouveau bâtiment à Rotterdam. Le musée a réouvert dans un ancien entrepôt de stockage de café réhabilité et agrandi par l’agence allemande Renner Hainke Wirth Zirn Architekten, en collaboration avec le cabinet rotterdamois WDJArchitecten. Déployé sur neuf niveaux, le site propose un parcours consacré à l’histoire de la photographie, mêlant galeries d’images internationales et dispositifs interactifs.
La collection nationale, qui rassemble plus de 6,5 millions d’images, a vu le jour il y a une vingtaine d’années grâce au legs d’un photographe amateur passionné, d’un montant d’environ 11,7 millions d’euros, destiné à fonder le musée. Installé depuis 2007 dans l’immeuble mixte Las Palmas, le Nederlands Fotomuseum était depuis longtemps en quête d’un espace plus vaste et entièrement dédié à ses activités.
Outre plus de 175 fonds d’archives complets consacrés à de grandes figures néerlandaises telles qu’Ed van der Elsken, Cas Oorthuys et Esther Kroon, le musée abrite un important ensemble de photographie documentaire du XXe siècle, le plus ancien daguerréotype – daté de 1842 – ainsi que des œuvres contemporaines comme The Studio Sculptures de Jaya Pelupessy.
Le rez-de-chaussée, la bibliothèque et la chambre noire sont accessibles gratuitement au public. Aux étages d’exposition, la température est régulée, la lumière est limitée et certaines images sont régulièrement remplacées. « Trente œuvres de la collection sont présentées temporairement parce qu’elles sont fragiles, et nous les renouvelons tous les trois mois », explique Grace Wong-Si-Kwie, responsable de la programmation publique.
Dans son nouveau bâtiment, des parois vitrées offrent une vue directe sur les réserves climatisées où une équipe de spécialistes assure la conservation et l’étude de la collection. « Les réserves de l’ancien site n’étaient pas du tout visibles par le public, indique le directeur par intérim, Roderick van der Lee. Ici, la conception a été pensée pour offrir une vue complète sur cette dimension du fonctionnement du musée. »
Outre une longue tradition dans l’imprimerie, les Pays-Bas entretiennent un rapport singulier à la photographie, lié à la manière dont les peintres du XVIIe siècle se sont attachés à capter la lumière des Pays-Bas, souligne Van der Lee. « Depuis les maîtres du XVIIe siècle, la lumière est un élément constitutif de l’art néerlandais, affirme-t-il. C’est pourquoi la photographie s’est imposée assez naturellement dans le paysage artistique du pays. »
Alors que le musée traversait des difficultés financières il y a une dizaine d’années, il espère que son nouveau bâtiment, acquis avec le soutien de la Fondation Droom en Daad, ainsi que l’essor actuel de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des appareils photo intégrés aux smartphones raviveront l’intérêt pour la culture photographique. « Le débat autour de l’IA et de la distinction entre photographie et réalisme a, en réalité, relancé la réflexion sur la photographie et son rapport au réel », ajoute Van der Lee.
En coulisses, toutefois, les préparatifs de l’ouverture ont été compliqués par un conflit social avec l’ancienne directrice Birgit Donker, licenciée en octobre 2025 pour « rupture de confiance » avec le conseil d’administration. L’inauguration a été reportée de plusieurs mois, selon une note d’information du maire de Rotterdam adressée au conseil municipal. Birgit Donker indique avoir saisi la justice pour contester ce qu’elle qualifie de licenciement abusif ; l’audience doit s’ouvrir en mai. « C’est sous ma direction que le musée, pratiquement en faillite avant mon arrivée, s’est redressé pour atteindre le niveau de stabilité financière qu’il affiche aujourd’hui, affirme-t-elle. Cette ouverture marque un nouveau départ pour le Nederlands Fotomuseum. J’espère qu’elle pourra également ouvrir la voie à une discussion plus honnête sur la gouvernance, la supervision et la responsabilité. »
Roderick van der Lee reconnaît que le licenciement est intervenu à un moment délicat, tout en refusant d’en minimiser la portée. « C’est un licenciement regrettable, à un moment peu opportun, mais qui ne repose pas sur des motifs [futiles], déclare-t-il. Nous avons estimé qu’il était nécessaire d’ouvrir avec une nouvelle direction. »
Le musée a annoncé fin janvier la nomination de l’historienne de l’art et commissaire d’exposition Zippora Elders Tahalele au poste de directrice générale et artistique, avec une prise de fonctions prévue le 13 avril. Enfin, un directeur administratif, précise l’institution, « sera nommé ultérieurement ».
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Nederlands Fotomuseum, Brede Hilledijk 95, Rotterdam, Pays-Bas




