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Reportage

Sébastien Faucon choisit 2.2. 1861 de Danh Vo

Sébastien Faucon, directeur et conservateur en chef du LaM, à Villeneuve-d’Ascq, révèle l’importance de mettre en place de nouveaux récits au cœur d’une institution qui rouvrira ses portes début 2026.

Marc Donnadieu
18 février 2026
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Sébastien Faucon. Photo Jean-Christophe Dupuy

Sébastien Faucon. Photo Jean-Christophe Dupuy

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Chaque mois, dans le mensuel The Art Newspaper édition française, des personnalités nous présentent un objet qui leur est cher et nous dévoilent leur relation intime et particulière à cette œuvre d'art.

« Je ne possède pas beaucoup d’œuvres, tient à préciser d’emblée Sébastien Faucon. À titre personnel, je ne suis pas vraiment collectionneur, mais j’ai acheté il y a quelques années de cela, à la galerie Chantal Crousel, à Paris, la lettre que Danh Vo demande à son père de recopier [2.2.1861]. » En effet, depuis 2009, pour chacune des expositions de Danh Vo, où cette lettre est systématiquement présentée, son père, Phung Vo, réécrit fidèlement à l’encre bleue, sur une feuille de papier A4, les derniers mots de Théophane Vénard, le prêtre des missions étrangères de Paris, adressés le 20 janvier 1861 à son père, avant sa condamnation à la décapitation à Hanoï. La famille de Danh Vo, quant à elle, a fui en 1979 un Vietnam ravagé par la guerre à bord d’un bateau construit par Phung Vo. Alors qu’elle espérait atteindre les États- Unis, elle s’est finalement installée au Danemark, à Copenhague – où une partie réside toujours –, après qu’un cargo danois s’est porté à son secours en pleine mer.

Un équilibre complexe

Une double histoire de transmissions croisées entre les générations, les croyances, les cultures et les déplacements, emblématique de ces nouveaux récits qui guident la création contemporaine. Chacune des œuvres de Danh Vo explore ainsi la façon dont les interactions complexes entre vécu personnel, mémoire collective et événements géopolitiques internationaux forgent non seulement chaque identité, mais surtout des rapports et des pensées du monde, en particulier lorsqu’il est question de colonialisme, de guerres de religion et d’hégémonies politiques.

« J’ai tout de suite été touché par cette œuvre, explique Sébastien Faucon. Par le fait qu’elle soit cosignée avec son père, que cette relation dure depuis plus de quinze ans maintenant et qu’elle ne s’achèvera que par la disparition de l’un des deux. Je suis heureux de l’avoir. Comme je n’accroche rien chez moi, elle est rangée dans une pochette à dessin. J’y reviens et la redécouvre régulièrement. »

Danh Vo, 2.2.1861, depuis 2009, lettre. © Danh Vo.

Courtesy de la galerie Chantal Crousel

Parallèlement, Sébastien Faucon a fait entrer plusieurs ensembles importants de Danh Vo dans les collections publiques françaises. Ainsi, dans celles du Centre national des arts plastiques (Cnap) (il y était responsable des collections arts plastiques de 2009 à 2017), où sont désormais présents trois éléments de We the People (2011-2016), une reproduction à l’échelle 1 de la statue de la Liberté – laquelle aurait dû accueillir la famille Vo si celle-ci avait pu rejoindre les États-Unis comme elle l’espérait. Formée de 150 morceaux de plaques de cuivre repoussé, cette allégorie de la Liberté donnée par la France au Nouveau Monde appartient donc aujourd’hui, artistiquement et symboliquement, à de multiples lieux publics ou privés à travers le monde autant qu’à New York ou Paris. Au château de Rochechouart – musée d’Art contemporain de la Haute-Vienne, dont il était directeur-conservateur de 2017 à 2024, Sébastien Faucon a intégré Photographs of Dr. Joseph M. Carrier 1962-1973 (2010), un ensemble constitué de vingt-quatre images de jeunes garçons prises durant la guerre du Vietnam par l’anthropologue américain Joseph M. Carrier, que ce dernier a offert à Danh Vo à l’occasion d’une de leurs rencontres.

Pour l’artiste, dont la famille a quitté son pays natal en abandonnant tout, ces photographies appartiennent presque à son propre passé. « C’est la première acquisition que j’ai suggérée en arrivant au château de Rochechouart, indique Sébastien Faucon. Dans cette génération d’artistes [qui est aussi celle du conservateur], Danh Vo est l’un des plus importants, tout comme Ceal Floyer, dont je viens d’apprendre la disparition, ou Tacita Dean. C’est autant de créateurs qui ont habité mon imaginaire et continuent à l’habiter. Et chaque fois, leurs propositions sont absolument incroyables par leur précision et leur justesse. L’œuvre de Danh Vo est en elle-même particulièrement empreinte à la fois de conceptualisme et d’un grand sens de la poésie, voire d’un profond raffinement. C’est un équilibre assez complexe à manier, et il y arrive avec beaucoup de délicatesse et d’élégance. » Et de conclure : « J’admire cela chez cet artiste. C’est pour cette raison qu’il me traverse et qu’il me touche au quotidien. »

« Embrasser le monde »

À la tête du LaM – Lille Métropole musée d’Art moderne, d’Art contemporain et d’Art brut, depuis mai 2024, Sébastien Faucon y élabore de nouveaux principes pour la présentation des œuvres : « Je suis très attaché à la notion de collections. C’est ce qui nous survit. C’est plus grand que nous. Nous travaillons toujours pour un futur proche et lointain. Pour autant, chaque lieu a son identité profonde. Au Cnap, la collection est panoramique, à 360 degrés. Elle capte la spécificité de chaque époque sur le plan national et international. Au LaM, le fonds, lequel compte près de 9 000 pièces, est fascinant dans ce qu’il rassemble : il brasse l’hier comme le demain ! Pour la réouverture, nous collaborons avec les équipes sur la notion d’“obsession” chez les artistes – et même chez les collectionneurs ! –, depuis la question de l’inconscient que l’on trouve parmi les surréalistes ou chez des plus contemporains, tel Mike Kelley [dépôt du Cnap], voire chez des artistes des marges ou des lisières comme Henri Ughetto, ou même Gérard Gasiorowski. » L’obsession y devient dès lors force motrice, élan de résistance ou geste de transgression, offrant une relecture vivante et renouvelée de l’art comme de la vie.

« Le LaM rouvrira en deux temps courant 2026 : en février, avec une exposition consacrée aux rapports aux images de Vassily Kandinsky, organisée en partenariat avec le Centre Pompidou, à Paris ; en mai, avec l’accrochage “Obsession” et un nouvel espace situé au cœur des collections et dédié à la jeune création. Ce programme de monographies est spécifiquement conçu en coopération avec d’autres collections, centres d’art ou musées, afin que les propositions naviguent entre la France et l’international. Il sera inauguré par l’artiste malgache Jessy Razafimandimby, lequel s’est plongé dans les réserves du LaM pour intégrer certaines des œuvres du musée à son projet. Les collections deviennent ainsi un puits de recherches, de réflexions et de créations. »

Le LaM dirigé par Sébastien Faucon s’affirmera donc comme un lieu décloisonné de découverte et d’émerveillement, un espace souple, vivant et polyphonique. « Il permet de donner à voir, à lire et à entendre ces imaginaires, ces histoires multiples et complémentaires qui nous font sortir de récit unique autrefois associé au musée. Il est nécessaire de retrouver cette capacité à embrasser le monde qu’avait un [Vassily] Kandinsky et que l’on trouve encore plus fortement aujourd’hui chez un Danh Vo. » Autrement dit : concevoir collectivement de nouvelles manières d’être et de faire musée. Comme le professait avec obsession Théophane Vénard : « Il faut prendre son cœur à deux mains et lui faire crier malgré lui : “Vive la joie quand même !” »

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« Kandinsky face aux images », du 20 février au 24 juin 2026, LaM – Lille Métropole musée d’Art moderne, d’Art contemporain et d’Art brut, 1, allée du Musée, 59650 Villeneuve- d’Ascq.

L'objet deMusées et institutionsSébastien FauconDanh VoLaM - Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut
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