C’est sur son compte Instagram que Pierre-Emmanuel Martin-Vivier a annoncé son départ de Christie’s, dont il était le vice-président pour la France et l’un des deputy chairmen pour l’art du XXe siècle dans le monde pour le groupe. « J’ai décidé de partir après 16 ans dans cette maison, en très bons termes, à la suite d’une décision personnelle pour me lancer dans des projets en cours », nous confie l’intéressé.
Le spécialiste de 50 ans part « avec la conscience du devoir accompli ». Parmi ses faits d’armes figurent la vente de la collection de sculptures de Paul Haim, en 2020, exposée au préalable chez Kering ; « des records avec l’aide de [son collègue] Paul Nyzam, quand le concept des ventes Avant-Garde(s) est devenu un succès à Paris avec un pic de chiffre d’affaires à 100 millions d’euros par an, alors la plus grande vente dans l’Union européenne, portée par le Brexit, et l’arrivée d’Art Basel à Paris ». Il se souvient encore d’avoir décroché le fameux tableau du Parc des Princes, record mondial pour Nicolas de Staël à 20 millions d’euros obtenu en 2019 à Paris, mais aussi la Grande femme debout II d’Alberto Giacometti, qui s’était envolée à 25 millions d’euros en 2017. Sans compter un Pierre Soulages vendu au prix alors record de 10,6 millions de dollars à New York en 2018 ou, plus récemment, un Miró de la Colombe d’Or (Saint-Paul de Vence) parti à 18 millions d’euros, « projet mené avec Alix Peyronnet ». Autres temps forts : beaucoup d’expositions sur Jean Royère, sur lequel il a écrit plusieurs monographies de référence, mais aussi une sur Jean Fautrier en 2023… Sans parler des nombreuses ventes privées en art impressionniste et d’après-guerre qu’il ne peut pas divulguer… Parmi les ventes de gré à gré depuis officialisées, figure la correspondance amoureuse entre Claude Lanzmann (vendue par lui) et Simone de Beauvoir, « qui voulait un enfant de lui », un achat de l’université de Yale aux États-Unis.
Aujourd’hui, ce « pur produit de l’histoire de l’art », comme il se définit lui-même, auteur d’un doctorat sur Jean-Michel Frank, illustre décorateur Art déco auquel il a consacré en 2009-2010 une exposition à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent à Paris, entend « faire du courtage et une activité davantage tournée vers les artistes et leurs ayants droit, domaine dans lequel j’ai beaucoup travaillé, et en particulier la bonne gestion de leur patrimoine, y compris sur un plan muséal. Le milieu manque de spécialistes en la matière : en général, les ayants droit vont voir des avocats… », précise Pierre-Emmanuel Martin-Vivier. Sans négliger les éditions Norma, où il a publié de nombreux ouvrages, et dont il est devenu le coactionnaire, aux côtés des deux coprésidents, Virginie Hagelauer et Matthieu Flory.




