Viviane Esders, collectionneuse et spécialiste émérite en photographie des XXe et XXIe siècles, vient d’annoncer la fin du prix portant son nom. Créé en 2022, il récompensait chaque année l’œuvre d’un photographe contemporain de plus de 60 ans. Il bénéficiait d’une très généreuse dotation de 50 000 euros. La dernière édition, décernée en novembre 2025, avait récompensé l’Allemande Dörte Eißfeldt. Oleksandr Suprun et Bohdan Holomíček, les deux autres finalistes, avaient quant à eux reçu une dotation de 5 000 euros.
C’est, confie-t-elle, une « très belle expérience, ayant permis de nombreuses rencontres et découvertes », qui s’arrête. Si elle prend cette décision, c’est avant tout parce que Viviane Esders souhaite se concentrer sur sa collection. Depuis 40 ans, en effet, elle a acquis pas moins de 2 500 photographies des XXe et XXIe siècles. L’organisation du prix, pour lequel elle recevait chaque année quelques 250 candidatures, prenait « trop de temps et d’énergie », au point de considérer ne pas pouvoir gérer ces deux projets de concert. Elle avait créé le Fonds de dotation Viviane Esders, qui finançait le prix.
Celle qui se décrit comme une « passionnée solitaire », sans enfants ni héritiers, entend donc aujourd’hui assurer l’avenir de sa collection. Avant de la léguer à une institution ou un musée, ne sachant pas encore lequel, elle explique vouloir la faire connaître, afin de s’assurer qu’elle « reste intègre » et la rendre accessible après sa donation.
Après avoir bâti une bibliothèque contenant quelque 5 500 livres de photographie, Viviane Esders s’est donc lancée dans l’écriture de « mémoires », des « livres de rencontres », afin de raconter l’histoire de sa collection et d’ainsi pouvoir la partager. Elle a commencé ce projet il y a deux ans et a déjà écrit deux volumes sur sa collection, l’un sur les portraits, l’autres sur les femmes photographes. Elle travaille actuellement sur un troisième volume qui devrait sortir cette année et se penchera sur les représentations de la jeunesse. Des livres qu’elle publie et distribue elle-même, en guise de « cartes de visite ». Des institutions allemandes et espagnoles se sont montrées intéressées pour des expositions, tandis que la spécialiste est invitée pour des conférences en France et en Espagne.
Cet important travail d’inventaire n’est donc pas compatible avec l’organisation du prix, et elle juge « essentiel » de garantir « avant de disparaître » l’avenir de cette collection qui lui ressemble, faite de « coups de cœur ». Et de se voir comme le « dernier témoin d’une époque ».




