Susanna Pfeffinger (1465-1538) devrait bientôt passer à la postérité. Beaussant Lefèvre & Associés mettra en effet en vente, en collaboration avec le cabinet d’expertise de Bayser, à l’Hôtel Drouot, lundi 23 mars, son portrait parHans Baldung Grien, l’un des plus grands maîtres de la Renaissance allemande. Exécuté à la pointe d’argent sur papier préparé à la poudre d’os, « technique privilégiée par les virtuoses de la Renaissance », il a été conservé depuis plus de 500 ans dans la famille du modèle, transmis de génération en génération. Il passera aux enchères la veille de l’ouverture du Salon du dessin, qui se tiendra au Palais Brongniart à Paris du 25 au 30 mars.
Susanna Pfeffinger, née à Sélestat (actuel Bas-Rhin), fut l’épouse de Friedrich Prechter (1450-1528), un marchand et banquier de Strasbourg qui prêta de l’argent à Charles Quint. Elle est ici représentée en pleine maturité, emmaillotée dans une coiffe, un foulard relevé jusqu’à au bas de la bouche, et une robe sévère, tenue que portaient les femmes dévotes à son époque.
Né dans le Saint-Empire romain germanique, Hans Baldung Grien (vers 1484-1584) a débuté sa carrière dans l’atelier de Dürer à Nuremberg, jusqu’à obtenir la pleine confiance du maître et prendre la tête de son atelier. Mais c’est à Strasbourg qu’il s’établit à partir de 1509. Il développe rapidement une œuvre hautement singulière, portant un intérêt prononcé pour les thèmes de la mort, de l’érotisme, de la sorcellerie et du passage du temps. Les surréalistes le remettront à l’honneur…
Cette œuvre « est l’unique dessin à la pointe d’argent de l’artiste encore disponible en mains privées, assure la maison de ventes. En effet, on compte sur les doigts d’une main les dessins de Baldung encore conservés dans des collections particulières, sur un total d’environ deux cent cinquante dessins répertoriés. De technique identique, il est à rapprocher de ceux réunis dans le célèbre recueil de Karlsruhe conservé à la Staatliche Kunsthalle Karlsruhe (dans le « Karlsruher Skizzenbuch »), en Allemagne. »
Il s’agit d’une découverte majeure, tant pour Paris que sur le plan international. « Ce dessin est à mon sens le plus important qu’il m’ait été donné de ramener au grand jour depuis la découverte du saint Sébastien de Léonard de Vinci en 2016. Les dessins de Baldung sont d’une extrême rareté. Le dernier à avoir affronté les enchères fut vendu en 2007 pour plus de 3,7 millions de dollars », a déclaré Patrick de Bayser.




