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Affaire Aristophil : cinq ans de prison pour Gérard Lhéritier

Le fondateur de la société de placements de manuscrits anciens a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour « escroquerie » et « pratiques commerciales trompeuses ».

Stéphane Renault
12 décembre 2025
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Gérard Lhéritier, fondateur de la société Aristophil. D.R.

Gérard Lhéritier, fondateur de la société Aristophil. D.R.

C’était un verdict attendu depuis l’ouverture du procès, qui s’est déroulé du 8 septembre au 2 octobre 2025, du fondateur de la société de placements de manuscrits anciens Aristophil, accusé par près de 8 000 victimes, qui s’étaient constituées parties civiles, de les avoir flouées. Au total, les pertes sont estimées à près de 1 milliard d’euros. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, jeudi 11 décembre, Gérard Lhéritier, âgé de 77 ans, absent de l’audience pour raison de santé, à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé pour « escroquerie » et « pratiques commerciales trompeuses ». Son avocat a annoncé son intention d’interjeter appel.

Entre 2009 et 2014 – avant sa faillite retentissante en 2016 après que la mécanique s’est enrayée –, la société Aristophil a commercialisé, la plupart du temps par indivision, des manuscrits, livres précieux, autographes et lettres originales signés de grands auteurs et célébrités. Bernés par des courtiers et gestionnaires de patrimoine leur faisant miroiter l’assurance « d’une plus-value à 8 % », les épargnants ont témoigné lors du procès que ces contrats leur avaient été présentés comme des placements « sans risque ». En 2012, après avoir remporté 170 millions d’euros à l’EuroMillions, Gérard Lhéritier a injecté une partie de ses gains dans sa société : « Malgré ses difficultés, je voulais qu’Aristophil perdure, j’ai mis 40 millions de ma poche », a-t-il déclaré lors de son dernier interrogatoire.

Le tribunal a estimé que le principal prévenu a « mis en place un système de cavalerie » – également connu sous le nom de pyramide de Ponzi, un circuit fermé où l’argent des nouveaux investisseurs est utilisé pour rémunérer les anciens – et un « piège pour les consommateurs ». Les autres prévenus aux côtés du « Madoff du manuscrit », responsable « de l’une des plus grosses escroqueries en bande organisée jamais jugées », selon le parquet de Paris, ont été condamnés à des peines variées. Les faits d’escroquerie en bande organisée n’ont finalement pas été retenus. Denis Potier, l’expert-comptable d’Aristophil, a été condamné à deux ans de prison ferme, dont un an assorti d’un sursis probatoire. Cinq autres prévenus, parmi lesquels un notaire, un professeur de droit de la Sorbonne et des gestionnaires de patrimoine, ont été condamnés à des peines d’un à deux ans de prison avec sursis probatoire pour « pratiques commerciales trompeuses ».

Tous ont l’obligation d’indemniser les victimes, même si le recouvrement complet des sommes paraît illusoire. Nombre des clients ne reverront jamais leur mise, certains étant décédés avant même l’ouverture du procès. La vente aux enchères des manuscrits organisée sur plusieurs années n’a permis de récupérer qu’environ 7 % des investissements. La décision du tribunal correctionnel de Paris constitue néanmoins une reconnaissance judiciaire du préjudice subi et de l’ampleur de la fraude. Seul Jean-Claude Vrain, libraire antiquaire bien connu du quartier de Saint-Germain-des-Prés, a été relaxé, conformément aux réquisitions du parquet.

JusticeAristophilGérard LhéritierManuscritsBibliophilie
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