Critique
Marché de l'art

Le Paris Gallery Weekend, antidote à la crise

Cette édition hors normes du Paris Gallery Weekend, qui se tient jusqu’à dimanche dans une soixantaine de galeries de la capitale, marque le réveil du milieu de l’art français.

Pas de printemps pour Paris ? Certes, mais la capitale française se rattrape cet été. Alors que les foires post-confinement ne sont annoncées que pour septembre, elle est la première en Europe, voire dans le monde, à organiser un événement du marché de l’art de grande ampleur et « in real life » après de longs mois d’immobilisation et de mode numérique. Le Paris Gallery Weekend, qui se déroule à partir d’aujourd’hui et jusqu’au dimanche 5 juillet, envoie un signal positif non seulement au milieu de l’art français mais aussi international. Le signal du réveil.

Vue de l’exposition « Made in France » à la Galerie Max Hetzler à Paris, œuvres de Jeremy Demester et Tursic & Mille. Courtesy Galerie Max Hetzler Berlin I Paris I Londres D.R.

DE NOMBREUSES GALERIES DE PREMIER PLAN REJOIGNENT CETTE ANNÉE LE PARIS GALLERY WEEKEND

Signe du vif intérêt que suscite cette 7e édition placée sous des auspices exceptionnels, de nombreuses galeries de premier plan telles Continua (invité par la galerie Mitterrand, avec un focus sur la scène cubaine), Marian Goodman, David Zwirner, Max Hetzler, Gagosian ou kamel mennour – qui a voulu « être ensemble dans la collégialité » – la rejoignent cette année. Plus que jamais, la manifestation embrasse toute la diversité des enseignes d’art moderne et contemporain, avec l’arrivée également de Thierry Bigaignon, Binôme ou 8+4. Autre particularité de cette édition : sa soixantaine de galeries couvre quatre quartiers parisiens – Saint-Germain-des-Prés, le Marais, le 8e arrondissement et le territoire formé par Pantin (Thaddaeus Ropac) et Romainville, nouveauté avec la récente création du pôle de Komunuma formé par Air de Paris, Sator, In Situ-fabienne leclerc et Jocelyn Wolff.

Alors que l’événement doit d’habitude se frayer une place dans un calendrier encombré, l’horizon s’est brutalement dégagé avec la crise du coronavirus, d’où une visibilité inédite. Et les collectionneurs, privé de contact direct avec les œuvres, ont enfin l’occasion de renouer avec les galeries. Toutefois, au vu du contexte international, le public devrait être essentiellement français, même si la synergie mise en place par le nouveau réseau Art across Europe — d'autres Gallery Weekends européens ont envoyé à leur fichier les informations sur l'événement parisien — autorise quelques espoirs. « Nous allons enfin revoir le public, qui nous a manqué, confie Samia Saouma, associée de la galerie Max Hetzler (Paris, Berlin, Londres), qui avait participé au Paris Gallery Weekend au début. « Nous n’avons pas essayé de faire venir des collectionneurs étrangers », ajoute-t-elle. Pour mieux défendre la scène hexagonale, la galerie propose « Made in France », un accrochage éclectique allant d’un collage bleu de 1961 par Raymond Hains en hommage à Klein au jeune artiste Jeremy Demester avant son exposition monographique prévue en 2021 à la Fondation Zinsou au Bénin, en passant par Loris Gréaud.

Dans l’ensemble, les galeries ont joué le jeu et une large partie d’entre elles a organisé de nouvelles expositions en vue du Paris Gallery Weekend. « Vallois a attendu de connaître nos dates pour caler son exposition anniversaire sur les 30 ans de sa galerie. Chantal Crousel a changé d’exposition. Et beaucoup d’expositions se révèlent estivales, certaines se recentrant sur le local », explique Marie Delas, organisatrice de l’événement à la suite de sa fondatrice, Marion Papillon, qui a pris les rênes du Comité professionnel des galeries d’art.

Vue de l’exposition de Marcel Dzama à la galerie David Zwirner, à Paris. Courtesy de l’artiste et galerie David Zwirner. Photo : A.C.

Chez Chantal Crousel, Niklas Svennung a conçu une exposition de groupe au titre parfaitement dans l’actualité : « Demain est la question ». Une sentence que l’on retrouve sur la table de ping-pong trônant dans la galerie, signée Rirkrit Tiravanija, une œuvre de 2015 qui renvoie, explique le directeur, « au thème de l’échange mais aussi sur comment interagir avec l’environnement », l’un des fils rouges de l’accrochage centré sur le rapport à la nature, d’un Églantier barbelé de Jean-Luc Moulène fait dans le Perche, « son premier objet fabriqué », précise Niklas Svennung, aux Fleurs fantômes de Gabriel Orozco.

Niklas Svennung présentant l’exposition « Demain est la question » à la galerie Chantal Crousel. Au premier plan, Demain est la questionde Rirkrit Tiravanija, de 2015. Photo : A.C.

Dans un registre décalé, la galerie/multiples, elle aussi dans le Marais, propose l’Antidote de Joël Andrianomearisoa, un breuvage en 300 exemplaires censé remédier à la morosité actuelle. Toujours dans le Marais, David Zwirner a prolongé son exposition des photographies de Philip-Lorca diCorcia et ajouté une monographie des dessins marocains de Marcel Dzama pour voyager en pensée. Templon se consacre à Chiharu Shiota, Christophe Gaillard à Thibault Hazelzet, Perrotin accueille Gabriel Rico et Jean-Philippe Delhomme et Nathalie Obadia propose « Looking Forward » axé sur des pièces qu’elle aurait dû présenter sur les foires annulées ce printemps, ainsi qu’un solo show de Jérôme Zonder.

Outre ces 72 expositions – 47 solo shows et 25 accrochages de groupe –, ne manquez pas les conférences, performances et signatures prévues dans les galeries, dont « Comment collectionner la vidéo » samedi 4 juillet à 14 h 30 avec pour invités les collectionneurs Alain Servais et Renato Casciani et l’avocat Alexis Fournol (collaborateur de The Art Newspaper Édition française) à la galerie Ceysson & Bénétière ou une conversation autour du livre Cuba par ses auteurs, Jérôme Sans et Laura Salas Redondo chez Continua, 79 rue du Temple, vendredi à 18 h 30. De quoi retrouver le moral !

Paris Gallery Weekend, du 2 au 5 juillet 2020.