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180 artistes en résidence à Clichy

Une résidence pour artistes temporaire a récemment ouvert à Clichy, juste derrière le périphérique. Portée par Manifesto, elle est en train de devenir l’un des pôles de la jeune création sur la scène parisienne.

C’est l’un des lieux les plus dynamiques du moment, une ancienne tour de bureaux des années 1970, haute de seize étages, transformée en un espace de travail pour des artistes. Elle s’élève derrière la porte Pouchet – d’où son nom Poush Manifesto. Depuis le 24 octobre, La Couleur du vent est installée dans le hall, une œuvre de Paul Créange, l’un des cent quatre-vingts résidents actuels, qui fait varier l’atmosphère lumineuse en fonction des variations de la météo. Elle a été réalisée avec les étudiants d’un lycée de Clichy, parce que des liens sont également créés entre la tour et la ville. L’endroit, inauguré en février 2020, devrait rester ouvert au moins jusqu’en juillet 2021.

Vue de Poush Manifesto - Porte Pouchet D.R.

UN MODÈLE NOUVEAU ET COMPLÉMENTAIRE

Le meneur de jeu est Manifesto, une entreprise « à impact » dirigée par Laure Confavreux-Colliex et Hervé Digne, qui mène de front plusieurs types de projets liés à la production d’œuvres d’art, à la direction artistique, à l’architecture et à l’urbanisme. Quelques exemples : l’accompagnement artistique par Gaël Charbau du Village des athlètes des Jeux olympiques Paris 2024; une commande à Carsten Höller, installée par Éric Mangion (le directeur de la Villa Arson) dans un groupe d’immeubles construit par un promoteur immobilier à Nice, dans le futur écoquartier Joia Meridia; l’aménagement culturel du quartier Lumières Pleyel à Saint-Denis; une commande pérenne à Iván Argote pour le nouveau campus de Sciences Po à Paris; des itinérances d’expositions dans des musées internationaux – un aspect actuellement en développement…

Vue des locaux de Poush Manifesto. D.R.

À Poush, l’atmosphère est sérieuse, studieuse et pleine d’énergie. Les couloirs sont austères, parfois encore tapissés d’une moquette d’un autre temps, mais lorsque l’on pousse les portes, chacun a remis à neuf son « atelier ». Les uns sont tournés vers le boulevard périphérique et le Sacré-Cœur vu du nord, les autres vers une banlieue lointaine dont on aperçoit quelques frondaisons toutes rohmériennes. Les cent quatre-vingts artistes ont été sélectionnés par le conseiller artistique Yvannoé Kruger. Chacun loue un espace pour une somme modique, comme un abonnement – la tour elle-même est louée par Manifesto au propriétaire, qui y fera bientôt aménager de nouveaux bureaux. Issus tant de la scène internationale que de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, les résidents semblent solidement accompagnés, à la fois sur le plan artistique et dans les domaines administratif et même juridique. Critiques, commissaires d’exposition ou encore galeristes sont régulièrement invités à rencontrer les uns et les autres. L’objectif ? Offrir un modèle nouveau qui soit complémentaire par rapport aux écoles, aux résidences et aux galeries.

Les résidents semblent solidement accompagnés, à la fois sur le plan artistique et dans les domaines administratif et même juridique

Vue de Pouch Manifesto. D.R.

ARTISTES CONFIRMÉS ET JEUNES CRÉATEURS

Lorsque nous avons été accueillis pour faire quelques pas dans la « maison », une belle exposition de Gaël Charbau et du collectif La Méditerranée (Edgar Sarin, Ulysse Geissler, Mateo Revillo) était présentée dans l’un des espaces. Les 4 et 5 décembre se tiendront des portes ouvertes, au cours desquelles chaque résident proposera une exposition dans son atelier. Une cuisine aménagée par des artistes et des architectes permet d’organiser des rendez-vous. Parmi les résidents, nombreux sont les artistes déjà confirmés, comme Julien Discrit ou la Sud-Africaine Bianca Bondi, dont le travail a été montré dans plusieurs biennales et grandes expositions. Mais il y a aussi beaucoup de jeunes créateurs : ainsi de Cecilia Granara, tout juste diplômée des Beaux-Arts; Desire Moheb-Zandi, d’origine turque et iranienne, qui revient d’un séjour de dix ans aux États-Unis, où elle a orienté sa pratique vers le tissage; ou du Franco-Tunisien Alex Ayed, qui a préparé sur place son exposition en cours à la galerie Balice Hertling, à Paris. Poush trouve en quelque sorte son origine dans L’Orfèvrerie, un autre lieu ouvert par Manifesto, à Saint-Denis, qui a accueilli, en2018-2019, des ateliers au sein d’un ancien village industriel ayant abrité les usines de Christofle. Parmi les projets pour les années à venir, Laure Confavreux-Colliex et Hervé Digne, cofondateurs de Manifesto, envisagent de créer dans une commune du Grand Paris un lieu pérenne qui fonctionnerait selon des principes semblables. Une perspective réjouissante.