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Kitsch de Noël, morceaux de kimonos et paysage maritime

Patrick Javault
6 novembre 2026
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Vue de l’exposition « Jakob Lena Knebl : Waiting for the Sound of Thunder » à la galerie Loevenbruck, Paris. Courtesy de l’artiste et de la galerie Loevenbruck. Photo Fabrice Gousset

Vue de l’exposition « Jakob Lena Knebl : Waiting for the Sound of Thunder » à la galerie Loevenbruck, Paris. Courtesy de l’artiste et de la galerie Loevenbruck. Photo Fabrice Gousset

Jakob Lena Knebl : Waiting for the Sound of Thunder

« Waiting for the Sound of Thunder » est une exposition en deux temps, deux espaces et deux atmosphères. Dans la pièce sur rue, Jakob Lena Knebl a réuni trois grandes sculptures blanches, lustrées et brillantes et deux reliefs en cuir et velours côtelé. La figure dominante, celle qui préside à la cérémonie, c’est Die Schwebende (celle qui lévite), une sorcière aux formes arrondies qui ressemble à l’artiste et qui, accroupie et lovée dans sa cape, s’inspire des sculptures d’Ernst Barlach, de sa Mutter Erde en particulier. En se revendiquant sorcière et en détournant cette œuvre faussement moderne à message, l’artiste fait coup double. Elle y ajoute même une touche de kitsch de Noël en faisant appliquer sur chacun des murs latéraux le papier peint d’une même image d’elle en figurine de sorcière, à côté d’une bougie, de noix et de mandragores. Little Fluffy Clouds est la transposition en trois dimensions d’une célèbre gravure anonyme du XVIIIe siècle anglais : une colossale perruque extrêmement élaborée portée par un fessier et deux jambes sur de hauts talons. Quant à OF3, c’est un large anneau que forment deux fois deux paires de jambes en miroir. Elles ont le galbe des créatures de Robert Crumb, mais leur assemblage évoque la poupée de Hans Bellmer. Il y a quelque chose de joyeux et gourmand dans la façon dont Jakob Lena Knebl s’approprie quelques-uns des stéréotypes de la féminité.

Le deuxième volet nous plonge dans une chambre obscure. Là sont suspendues à une structure métallique une dizaine de lanternes d’éclairage public qui s’allument et s’éteignent en cascade. La bande-son très élaborée fait entendre une pulsation rythmique et divers bruits métalliques. Chambre claire ou chambre noire, chacune offre une occasion d’attendre le son du tonnerre.

Du 23 octobre au 5 décembre 2026, Galerie Loevenbruck, 12 rue Jacques-Callot, 75006 Paris

Vue de l’exposition « Richard Aldrich : L’Orange » chez Modern Art, Paris. Courtesy de l’artiste et Modern Art. © Richard Aldrich. Photo : Modern Art

Richard Aldrich : L’Orange

La peinture est le médium privilégié de Richard Aldrich, mais à celle-ci il rattache objets, textes ou récits. Chacune de ses expositions est un acte de curating et une création en soi. Il peut s’agir de feutre orange (couleur qui donne son titre à l’exposition) posée sur le sol de la dernière pièce du parcours et dont la lumière rejaillit sur les deux tableaux qui s’y trouvent, ou bien de morceaux de kimonos dispersés sur une large toile tendue sur châssis. Au pied de celle-ci est placée une bande de miroir permettant de lire à l’envers une formule que l’artiste a écrite sur le bord : « As cliche as love ». On oublie le tableau et on s’accroupit pour en recueillir la vérité poétique. Autres éléments extra-picturaux : un bouquet de branches d’eucalyptus suspendu au plafond ou un flacon de colle fixé avec une lingette et une bande de tissu sur une petite toile de peintre, qui fait mentir le célèbre adage attribué à Max Ernst : « ce n’est pas la colle qui fait le collage. » Les tableaux faits de peinture, sur toile ou sur panneau, sont de genres divers. Living River évoque un paysage printanier où dominent le bleu et le jaune. Le mot « Paradise », qui s’y lit, en souligne la jubilation. Tout comme dans Air on the G String/Reverie ou Sea Moss, d’humeur et d’esprit voisins, les couleurs y sont posées par petites touches rectangulaires, à la manière du Signac divisionniste. Battle, peint dans des tons sourds, tire, lui, sa composition d’une image d’heroic fantasy trouvée sur Internet, tandis qu’un tableau sans titre, fait de losanges concentriques distordus, apporte une touche vaguement Op art. Il est accroché très bas, sous une composition en polaroïds monochromes blanc et noir, comme si l’artiste doutait de son effet. Il faut mentionner encore Parable, ce petit parallélépipède de bois posé sur L’Orange comme un moteur secret, une clé véritable ou un leurre. Aldrich aime à répéter qu’il n’a pas de style mais une sensibilité. La présente exposition témoigne de ses fulgurances comme de ses hésitations.

Du 19 octobre au 21 novembre 2026, Modern Art Paris, 3, place de l’Alma,75008 Paris

Vue de l’exposition « Nino Kapanadze : Inertia » à la galerie Michel Rein, Paris. Courtesy de l’artiste et de Michel Rein

Nino Kapanadze : Inertia

Inertia, l’inertie, se dit d’abord de l’eau, et c’est à cet élément que l’on associe le plus volontiers l’œuvre de Nino Kapanadze. Y font songer la fluidité d’aquarelle qu’elle donne à sa peinture, le mouvement même du pinceau et la récurrence de motifs de mer ou de rivière. L’accrochage qu’elle a conçu est doté d’un véritable rythme. Elle a par exemple fait suspendre à l’angle des deux murs les plus hauts un grand tableau abstrait, tourbillon en rouge et blanc teinté de noir. La toile assume ainsi un rôle architectural qui élargit sa portée. Sur l’un de ses côtés, ont été accrochés deux tableaux de petit format en blanc et gris vert : une vénus marmoréenne allongée de dos et un paysage maritime nuageux. On enchaîne avec le mur suivant, où s’alignent trois variations d’une série, construite sur le temps long : les Horseraces, évocation très stylisée de souvenirs de courses de chevaux rapportés d’une enfance géorgienne. Ces tableaux sont fondés sur une division horizontale en deux plans de couleur pour suggérer la terre et le ciel, avec, à cheval sur la ligne d’horizon, des boucles tracées d’un pinceau léger. Chacune de ces variations a sa lumière propre, évocatrice d’une saison ou d’une atmosphère.

Ailleurs, l’artiste a concentré des forces et procédé à un montage en réunissant, sur deux lignes, quatre tableaux d’un même format. On y voit une figure féminine et spectrale s’élever sur la mer derrière une voile, ou les contours d’un couple s’échappant d’un rideau de mousseline, avec quatre fers de lance au premier plan, ou bien encore une rosace carmin flottant au milieu de flots cascadant. Nino Kapanadze mobilise là tout un imaginaire symboliste sur un mode extrêmement allusif. Chez elle, les figures ont la couleur de réminiscences, de lueurs inspiratrices qui ne veulent pas se fixer en images définies. Les boucles tracées sur la ligne d’horizon, déjà évoquées, sont comme une indication du chemin.

Du 15 octobre au 28 novembre 2026, Michel Rein, 42, rue de Turenne, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Phung-Tien Phan : Stuck » à la galerie Édouard Montassut, Paris. Courtesy de l’artiste et de la galerie Édouard Montassut. Photo GRAYSC

Phung-Tien Phan : Stuck

« Stuck », c’est se retrouver coincé quelque part. Étrange titre pour cette exposition de Phung-Tien Phan qui, au contraire, semble ouvrir grand les portes sur différents espaces qui vont de l’atelier à la galerie, en passant par le bureau ou le bar, en multipliant les références au cinéma ou à la littérature. À l’entrée de la galerie, elle a dressé une sorte de paravent d’un mètre environ de hauteur en réunissant trois feuilles de carton attachées avec des pinces à dessin. Une petite vitrine dans le paravent, avec un reflex 24 × 36, une assiette, des couverts, une bouteille d’eau, etc. De l’autre côté de la paroi, on découvre une construction à base de carton qui tient tout à la fois du présentoir, du lit et de la commode. Un imperméable d’un côté et un pantalon de l’autre ont été rembourrés avec du papier pour suggérer les deux moitiés d’un personnage. L’imperméable porte un crayon sur sa manche et le pantalon contient des ampoules, dont une est allumée. Dans cette construction, on trouve aussi un autel consacré à une artiste de télévision, et une machine à expresso utilisée comme un vase. Cela s’appelle Bar (girl) et cela ressemble à une image de l’univers domestique parasitée par des visions, des fantaisies, des obsessions (celle par exemple du corps démembré). Sur un mur voisin sont accrochés des ardoises de restaurant avec, en guise de menu, un choix très personnel de films, dont Chungking Express.

Dans la deuxième moitié de la galerie, on a fait poser un parquet flottant et accrocher trois œuvres en relief : des fenêtres derrière lesquelles sont inscrits en caractères chinois rouges sur une feuille de plastique les mots Chung - King et Express. Le plancher et les fenêtres sont directement inspirés de l’espace de la galerie Reena Spaulings à New York. Jouant à la fois d’une influence assumée de Martin Kippenberger et des codes et clichés asiatiques, Phung-Tien Phan esquisse un déroutant scénario à la lisière de l’intime et du public.

Du 14 octobre au 14 novembre 2026, Édouard Montassut, 61, rue du Faubourg-Poissonnière, 75009 Paris

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