En 1990, au château de Chambord, dans le Loir-et-Cher, André Valensi suspend deux filets de cordes teintées, l’un dans l’autre. Intitulée Pièges à regard, cette œuvre, où la couleur s’affranchit de la toile, résume l’une des préoccupations majeures de l’artiste : faire sortir la peinture du cadre. Comment en est-il arrivé à cette peinture sans toile ? C’est ce cheminement que retrace l’artiste française Sylvie Mir, laquelle suit son travail depuis leur rencontre en 1981.
« Peindre fut et reste pour moi l’apprentissage de la liberté et de la reconnaissance. »
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Membre fondateur de Supports/Surfaces, André Valensi (1947-1999) participe dès 1969 aux premières manifestations du groupe, engagé dans une remise en question des conventions picturales. La toile n’est plus un simple support : elle se découpe, se coud, se plie et se retourne. Dans ses Toiles doubles, le peintre révèle simultanément l’endroit et l’envers du tissu imprégné de couleur. Au début des années 1980, il froisse et peint des toiles dont il reproduit ensuite les motifs au pinceau, en miroir, sur de grands polyptyques. Entre hasard et maîtrise, l’acte de peindre devient le sujet même de l’œuvre.
Cette remise en question du tableau se pour-suit dans l’espace. Avec les filets de cordes trempées dans des bains de teinture, André Valensi fait de la couleur une matière flottante, que le regard traverse. Puis viennent, dans les années 1990, les photographies, les textes et les impressions numériques. Fasciné par le pixel, il rêve de produire, avec l’aide de scientifiques, une couleur sans pigment, à l’image des ailes de papillon. Installé au Togo à partir de 1997, il poursuit ses recherches autour des teintures, des textiles et des motifs jusqu’à son décès.
Abondamment illustré, l’ouvrage dévoile les étapes de fabrication des œuvres, grâce aux vues d’atelier et aux archives. Cahiers de recherche, extraits d’un entretien et d’une conférence viennent enrichir l’ensemble. « Peindre fut et reste pour moi l’apprentissage de la liberté et de la reconnaissance », affirmait André Valensi en 1993. Nourri par une longue proximité avec l’artiste, le texte de Sylvie Mir se fait l’écho d’une pensée où l’expérimentation plastique et la réflexion théorique sont intimement liées. Au fil des pages se dessine un parcours qui déborde largement les années Supports/Surfaces.
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Sylvie Mir, 1969-2001. Prégnance de la couleur. André Valensi, Paris/Berlin, Naima, 2026, 160 pages, 19 euros.




