Un squelette fossilisé de Tyrannosaurus rex a été vendu, le 14 juillet 2026, pour 50,1 millions de dollars (43,8 millions d’euros) chez Sotheby’s New York, lors d’une vente très attendue. Figurant parmi les fossiles les plus grands et les plus complets de son espèce, « Gus », âgé de 67 millions d’années, a été adjugé 43 millions de dollars (37,6 millions d’euros), bien au-delà de son estimation, à un enchérisseur anonyme au téléphone.
Les enchères ont rapidement atteint l’estimation haute, fixée à 30 millions de dollars (26,2 millions d’euros), avant de ralentir. Au cours de différentes pauses, le commissaire-priseur a rappelé aux acheteurs qu’ils avaient là une « occasion unique dans une vie » d’acquérir ce spécimen de 11,6 mètres de long, monté sur une armature en acier dans une posture de prédateur menaçant. La vente a duré une dizaine de minutes, le mystérieux acquéreur l’a emporté face à six autres enchérisseurs.
Le précédent record pour un fossile de dinosaure était détenu par un squelette de stégosaure surnommé « Apex ». Il avait été vendu en 2024 pour 44,6 millions de dollars (39 millions d’euros), également chez Sotheby’s, au milliardaire et gestionnaire de hedge fund Ken Griffin, qui l’a prêté pour quatre ans à l’American Museum of Natural History, à New York.
Les vestiges de Gus ont été découverts au terme de trois années de fouilles dans un ranch d’élevage bovin du Dakota du Sud. Nommé d’après le propriétaire du ranch, le squelette comprend 183 os fossilisés et est complet à 61 % en nombre d’os, et à 75 % ou 80 % en masse. Plusieurs années ont été nécessaires pour nettoyer et préparer le fossile, ainsi que pour fabriquer des éléments de restitution, dont certains au moyen de l’impression 3D.

L’impressionnante tête de Gus. Photo Matthew Sherman. Courtesy Sotheby’s
Haut de 3,8 mètres, Gus a été présenté au public dans le Breuer Building de Sotheby’s durant les deux premières semaines de juillet. L’imposante tête du dinosaure était exposée dans le hall, tandis que sa réplique avait été installée sur le squelette, à l’étage. Selon le cartel, le crâne, particulièrement fragile, ne pouvait être placé sur le corps sans risque. Les visiteurs ont ainsi pu observer de près cette tête massive et ses redoutables dents destinées à déchirer la chair.
Gus a vécu dans un monde brutal, où les dinosaures pouvaient s’entre-dévorer. Comme l’écrit Sotheby’s dans sa notice, « le squelette présente un certain nombre de pathologies, notamment des traces de morsures de tyrannosauridés sur les os du crâne et la mandibule droite, ainsi que sur plusieurs éléments postcrâniens, résultant soit de combats, soit d’un charognage post mortem. S’y ajoutent des blessures survenues du vivant de l’animal, avec des fractures et des os ressoudés visibles sur plusieurs côtes et gastralia. »
La vente de spécimens aussi exceptionnels à des particuliers suscite toutefois la controverse, car elle risque de priver les scientifiques d’un accès ultérieur à ces fossiles à des fins de recherche. Comme le déclarait récemment au Guardian le paléontologue des vertébrés Richard Butler : « Un fossile qui n’est pas conservé dans une collection muséale reconnue ne peut pas être étudié et se trouve donc perdu pour la recherche. Les fossiles s’achètent et se vendent depuis des centaines d’années, mais leurs prix sont de plus en plus hors de portée des musées, au grand détriment de la science. »




