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Culturespaces définitivement condamnée pour « recel de favoritisme » aux Baux-de-Provence

Début juin, la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation de Culturespaces pour recel de favoritisme dans le dossier des Carrières des Lumières. Alors que la cour d’appel doit encore se prononcer sur les réparations civiles, cette décision fragilise un peu plus la position du gestionnaire, appelé à quitter le site des Baux-de-Provence.

Julien Desneuf et Alexandre Crochet
7 juillet 2026
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Vue de l'exposition « Gauguin, Van Gogh, les peintres de la couleur » aux Carrières des lumières, aux Baux-de-Provence. D.R.

Vue de l'exposition « Gauguin, Van Gogh, les peintres de la couleur » aux Carrières des lumières, aux Baux-de-Provence. D.R.

Le mercredi 3 juin 2026, la Cour de cassation a rejeté les pourvois formés par Culturespaces et Bruno Monnier, fondateur de la société, rendant définitive leur condamnation pour recel de favoritisme dans le dossier de la délégation de service public des Carrières des Lumières, aux Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Les peines prononcées en 2023 en première instance, soit respectivement 100 000 euros d’amende pour Culturespaces, et six mois de prison avec sursis assortis de 60 000 euros d’amende pour Bruno Monnier, deviennent donc définitives. L’ancien maire de la commune, Michel Fenard, n’avait pas, quant à lui, formé de pourvoi en cassation contre sa condamnation en appel à 10 000 euros d’amende pour favoritisme.

Cette décision, rendue au début du mois de juin par la Cour de cassation dans un arrêt de 16 pages, constitue une nouvelle étape dans un long feuilleton judiciaire. Le conflit remonte à 2008, lorsque la société Cathédrale d’Images, fondée par le journaliste et cinéaste français Albert Plécy, s’estimait lésée par le non-renouvellement du bail qui lui permettait d’exploiter, aux Baux-de-Provence, son concept original d’« exposition immersive » sur le site des carrières des Bringasses et des Grands Fonts. Depuis 1977, l’entreprise y organisait des projections d’œuvres de peintres célèbres sur les parois de calcaire, dans ces carrières où Jean Cocteau tourna plusieurs séquences du Testament d’Orphée. Mais en 2009, l’ancien maire, Michel Fenard, avait choisi de confier l’exploitation du site à Culturespaces. Celle-ci se serait alors, selon Jean Montaldo, ancien dirigeant de Cathédrale d’Images, approprié son modèle avant de le décliner dans plusieurs sites à travers le monde.

Cette activité a accompagné l’essor de Culturespaces, ancienne filiale d’Engie fondée en 1990 par Bruno Monnier. Son modèle d’expositions immersives s’est progressivement imposé dans plusieurs grandes villes. À Paris, l’Atelier des Lumières est devenu l’un des sites culturels les plus fréquentés de la capitale, accueillant près d’un million de visiteurs en 2025. À Bordeaux, les Bassins des Lumières, aménagés dans l’ancienne base sous-marine, figurent parmi les principaux équipements culturels de la métropole, avec plus de 775 000 visiteurs sur la même période. Fort de ce succès, le groupe a également exporté son concept à l’international, avec des espaces ouverts notamment à New York, Amsterdam, Séoul, Dortmund, Hambourg ou encore Tokyo.

En première instance, les juges avaient estimé que Culturespaces avait bénéficié d’informations privilégiées lors de l’appel d’offres lancé en 2008 pour l’exploitation des Carrières des Lumières, en violation du principe d’égalité entre les candidats. S’appuyant notamment sur des courriels de Bruno Monnier, alors dirigeant de Culturespaces, ils avaient retenu le favoritisme à l’encontre de l’ancien maire Michel Fenard, et le recel de favoritisme à l’encontre de Culturespaces et de Bruno Monnier. Outre leurs amendes respectives, les trois prévenus avaient été condamnés solidairement à verser 551 203 euros à Cathédrale d’Images, ainsi que 15 000 euros au titre des frais de justice.

En appel, la peine de Michel Fenard avait été alourdie, tandis que celles de Culturespaces et de Bruno Monnier avaient été confirmées. La cour d’appel de Paris avait en revanche déclaré irrecevable la constitution de partie civile de Cathédrale d’Images, rejetant ainsi l’ensemble de ses demandes civiles.

Le mercredi 3 juin 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté les pourvois formés par Bruno Monnier et Culturespaces contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 6 mars 2025, rendant définitives leurs condamnations pénales respectives.

En parallèle, le 6 juin 2024, la cour d’appel de Lyon, statuant sur renvoi de la Cour de cassation, a fixé à près de 6,4 millions d’euros le montant dû par la Ville des Baux-de-Provence à Cathédrale d’Images, dont 4,4 millions d’euros au titre du préjudice commercial. Une somme particulièrement lourde pour les finances de la commune.

Culturespaces devrait donc quitter les Baux-de-Provence à l’expiration de la délégation de service public dont elle bénéficie, fixée au 29 mars 2027. Une condamnation définitive pour certaines infractions, dont le recel de favoritisme, entraîne en principe l’exclusion des procédures de la commande publique pour une durée de cinq ans, sauf décision judiciaire contraire. La société se trouverait ainsi empêchée de se porter candidate à sa propre succession. Dans ce contexte, le conseil municipal des Baux-de-Provence a voté à l’unanimité, jeudi 11 juin 2026, l’attribution de la délégation de service public des carrières des Bringasses et des Grands Fonts à Alfran, filiale du groupe Aurige. Un revers majeur pour Culturespaces : le site des Baux-de-Provence aurait attiré, à lui seul, quelque 740 000 visiteurs l’an dernier.

Contacté par The Art Newspaper, le comité d'entreprise de Culturespaces nous a déclaré « prendre acte de la décision de justice qui concerne des faits remontant à plusieurs années ».

Le dossier n’est pas clos pour autant : la Cour de cassation a récemment accueilli le pourvoi de Cathédrale d’Images contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui lui refusait la possibilité d’agir en réparation des « préjudices résultant d’actes de parasitisme, de dénigrement et de pratiques commerciales trompeuses imputés » contre Culturespaces. Estimant que les juges d’appel avaient méconnu l’article 31 du code de procédure civile, la haute juridiction a cassé l’arrêt sur ce point et renvoyé l’affaire devant la cour d’appel, où elle doit être réexaminée le 11 février 2027. Un énième volet de cette longue affaire judiciaire.

JusticeCulturespacesBaux-de-ProvenceCarrières des lumièresCathédrale d'images
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