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Critique

Smells like teen spirit : art et adolescence

La commissaire d’exposition Julia Marchand dirige un ouvrage collectif consacré à l’adolescence dans l’art contemporain.

Camille Viéville
9 juin 2026
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Julia Marchand (dir.), I Am the F****** Subject. Art and Adolescence, Milan, Lenz Press, 2026, édition anglaise, 160 pages, 15 euros.

Julia Marchand (dir.), I Am the F****** Subject. Art and Adolescence, Milan, Lenz Press, 2026, édition anglaise, 160 pages, 15 euros.

Au milieu des années 2010, Julia Marchand, sensible aux contradictions dont l’adolescence est porteuse, fonde Extramentale, une plateforme destinée à leur exploration dans l’imaginaire artistique. Pour la commissaire, ce moment de la vie est un point de vue critique sur le monde, devenu toujours plus instable et anxiogène, davantage qu’un âge biologique ou une phase transitoire. Après dix ans d’activité et pour marquer la fermeture d’Extramentale, Julia Marchand édite, chez Lenz Press, le recueil I Am the F***** Subject. Art and Adolescence*, à la fois bilan de cette décennie et mise en perspective de la création actuelle. Des critiques d’art, des chercheurs, des commissaires et des artistes sont invités à examiner ensemble la fétichisation de l’adolescence – et de sa prolongation – dans l’art d’aujourd’hui.

Arnaud Dezoteux : « L’adolescence [...] un moment où le moi se construit en public. »

Une identité « poreuse »

Dès la préface, Morgan Labar, auteur de La Gloire de la bêtise. Régression et superficialité dans les arts depuis la fin des années 1980 (Les presses du réel, 2024), souligne l’évolution de la perception de cet âge que l’on dit ingrat, depuis la vision qu’il estime réductrice – car masculine, blanche et nord-américaine – de Mike Kelley ou Jim Shaw jusqu’à celle de jeunes artistes actuels, souvent moins spectaculaire, empreinte de nombreux doutes, mais porteuse de rêves et d’autodétermination.Giulia Mariachiara Galiano le confirme brillamment dans son texte intitulé Girls Messing Around In Cyberspace: Synthetic Femininity from Hypervisibility to Submersion. Elle rappelle que le motif de la « jeune fille », incarnation de l’adolescence par-delà l’âge et le genre, a été théorisé dès la fin des années 1990 par Tiqqun, collectif héritier de l’Internationale situationniste. Celui-ci en a fait l’image même du capitalisme contemporain et de son économie libidinale.

Plus encore, la chercheuse souligne la féminisation du Web, la technologie étant perçue comme « jeune, neuve, désirable ». Analysant notamment les œuvres de Molly Soda et du duo İKİ MORTS, elle conclut : « La jeune fille postdigitale semble entrer dans une nouvelle phase et dépasser la posture typiquement adolescente qui caractérise la jeune fille de Tiqqun, dont le rapport à la société est défini exclusivement par la consommation. Parallèlement, elle prend ses distances avec les représentations conventionnelles de l’âge adulte, imaginé comme stable, solide et circonscrit par des limites fixes. Elle habite plutôt un espace intermédiaire où les frontières catégorielles sont fluides et où l’identité prend une forme plus poreuse et expansive. »

La commissaire d’exposition Anya Harrison appelle pour sa part à « faire taire la police en nous » et à préserver notre capacité à décrypter des œuvres complexes – celles précisément portant sur l’enfance et l’adolescence – fondées sur des dilemmes moraux insolubles. Julie Ackermann, auteure du remarqué Hyperpop. La pop au temps du capitalisme numérique (Façonnage Éditions, 2024), s’intéresse, quant à elle, à la manière dont des musiciens tels que James Leyland Kirby et Oklou ou les cinéastes Virgil Vernier et Tohé Commaret redéfinissent dans leur œuvre l’âge adulte. Enfin, un entretien mené par Vittoria Morpurgo, Cecilia Larese et Julia Marchand avec de nombreux artistes (Velvet Aubry, Mohamed Bourouissa, Robin Plus, Gaia Vincensini, Linda Voorwinde…) offre de fructueuses pistes de réflexion. « J’envisage l’adolescence moins comme une étape de la vie que comme un régime de plasticité : un moment où le moi se construit en public » déclare ainsi avec justesse Arnaud Dezoteux.

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Julia Marchand (dir.), I Am the F****** Subject. Art and Adolescence, Milan, Lenz Press, 2026, édition anglaise, 160 pages, 15 euros.

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