La vague de chaleur qui frappe une partie de l’Europe n’a pas empêché les visiteurs d’être nombreux hier, 28 mai 2026, au vernissage de d’ARCOlisboa. La foire d’art contemporain s’est installée jusqu’au dernier jour du mois à la Cordoaria Nacional, bâtiment historique tout en longueur qui donne à l’événement un plan inhabituel. « La partie commerciale se retrouve en sandwich entre les deux expositions accueillies aux extrémités », résume avec humour Maribel Lopez, directrice de la foire, également à la tête de la foire ARCOmadrid. Soit d’un côté, une « anthologie » de la carrière de Jorge Martins ; et de l’autre, une partie de la collection de la Fundação EDP, la compagnie privée d’électricité. Avec quelque 84 galeries issues de 18 pays, le sandwich est copieux – parmi elles, 30 sont portugaises. Les secteurs Solo Projects (solo shows) et Opening sont de retour. Ce dernier, curaté par Sofía Lanusse et Diogo Pinto, réservé aux jeunes enseignes, inclut une intéressante proposition de la galerie Espacio 218 du Chili avec une tapisserie autour des étoiles de Noël Saavedra, un clin d’œil à l’implication importante de ce pays dans le champ de l’observation astronomique.

Citra Sasmita exposée par la galerie Baró. Photo : A.C.
La grande nouveauté de cette édition 2026, qui marque les dix ans d’ARCOlisboa, fruit d’une association entre l’IFEMA Madrid, organisateur d’ARCOmadrid, et de la chambre de commerce municipale de Lisbonne : Archipelago of Art Histories. Une exposition commerciale qui réunit au milieu de la foire six artistes, conviés par le commissaire roumain Cosmin Costinas, et « explore les lignées et les formes héritées des connaissances définissant les pratiques contemporaines ». « Ils ont en commun d’aborder des thèmes comme l’exploitation des ressources ou des gens considérés comme des ressources, l’exil et le déplacement ou encore les droits de la femme. Sans oublier la spiritualité vue comme une résistance à la situation actuelle générale », confie le commissaire. Cet ensemble de qualité apporte indéniablement de l’air frais à la foire, à travers des galeries et des artistes sortant du (vaste) territoire habituel d’ARCOlisboa, le Portugal et ses anciens comptoirs et colonies d’Amérique latine ou d’Afrique, ainsi que l’Espagne venue en voisine. Dont, surprise, deux enseignes de Hong Kong, Rossi & Rossi avec l’artiste Tsherin Sherpa, ainsi que gdm (Galerie du Monde), avec les encres contemporaines d’Irene Chou, des années 1970 aux années 2000, proposées entre 2 300 et 24 000 euros. C’est la première participation à la foire pour la galeriste, ravie d’avoir « rencontré des curateurs d’Amsterdam, du Portugal, d’Espagne ».
Implantée à Palma de Majorque, Abou Dhabi et Paris, Baró montre quant à elle des pièces féministes de l’Indonésienne Citra Sasmita (le Portugal ayant longtemps disposé de comptoirs en Indonésie).
Parmi les stands remarquables de cette édition figure celui de la galerie Francisco Fino de Lisbonne, qui présente entre autres une installation du Chilien Alfredo Jaar, de 1989, sur les pages sombres de l’Histoire du Soudan. Mais également une autre installation signée João Penalva. Cet ensemble de panneaux rassemblant des collages de plantes séchées, de textes et de photos restitue un travail in situ mené autour de la résilience des plantes ayant poussé sur certains sites d’Hiroshima, au Japon. Cette œuvre muséale est affichée à 137 000 euros, un gros prix pour ARCOlisboa. L’artiste, dont les œuvres se trouvent dans des collections comme celles de la Tate à Londres ou du Macba à Barcelone, est actuellement à l’affiche de Culturgest, le centre d’art de la banque Caixa à Lisbonne.
Pour Miguel Angel Sanchez, le directeur d’adngaleria (Barcelone), « l’organisation d’ARCOlisboa est très satisfaisante, la taille de la foire permettant à l’équipe de mieux s’occuper de chaque exposant. Ce format, ainsi que le riche programme de visites culturelles prévu autour de la foire facilite l’approche des collectionneurs et autres visiteurs professionnels ». La galerie, qui va prochainement ouvrir un espace à Madrid, se félicitait d’avoir déjà cédé deux petites pièces à l’ouverture. Pour le directeur, il ne faut toutefois pas venir avec des œuvres trop onéreuses, la plus chère sur son stand étant signée de Carlos Aires. Pour le directeur d’origine française de la galerie Foco de Lisbonne, qui a cédé au moins une pièce de chacun de ses artistes (de Hugo Cantegrel à Francisco Trêpa), les visiteurs sont en grande partie portugais. Ce qui est aussi le signe d’une certaine activité locale bénéfique à la foire…

Tapisserie de Noël Saavedra, galerie Espacio 218. Photo : A.C.
Des Belges, des Français, des Allemands ou encore des Américains arpentaient aussi, hier, les allées de la foire, et les nombreuses expositions muséales de cette « art week » lisboète. En dix ans de présence d’ARCOlisboa, le paysage institutionnel s’est en effet en parallèle singulièrement étoffé. Le MAAT fête ses dix ans avec une grande exposition d’Anna Maria Maiolino. Tout récemment rénové et transformé, le Centro de Arte Moderna Gulbenkian (CAM) accueille une importante exposition de Rosa Barba. Ancienne banque, le musée du design (MUDE) expose les photos des années 1980 de Teresa Couto Pinto dans sa salle des coffres. La capitale portugaise peut aussi compter sur des collections privées hébergées dans des bâtiments publics, tels le Museu Nacional de Arte Contemporânea (MNAC), le Museu de Arte Contemporânea do Centro Cultural de Belém (MAC/CCB) – avec notamment les collections Ellipse et Berardo –, ou le Museu de Arte Contemporânea Armando Martins (MACAM)… Inauguré en juin 2025, le tout nouveau Pavilhão Julião Sarmento, lieu privé, accueille le travail de ce dernier artiste et un ensemble d’œuvres de sa propre collection, de Bruce Nauman à Jenny Holzer. L’un des derniers apports à un écosystème décidément très attractif.
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ARCOlisboa, jusqu’au 31 mai 2026, Cordoaria Nacional, Lisbonne, www.ifema.es




