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Une radiographie inédite des galeries parisiennes

Un galeriste et une chercheuse dévoilent une étude inédite sur la diversité au sein des galeries, leur place sur le marché mais aussi, sujet sensible, leurs revenus. Avec certains constats inattendus.

Alexandre Crochet
7 avril 2026
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Focus sur la diversité géographique des artistes au sein des galeries parisiennes. Courtesy Etude sur les galeries françaises: diversité et marché, 2026

Focus sur la diversité géographique des artistes au sein des galeries parisiennes. Courtesy Etude sur les galeries françaises: diversité et marché, 2026

C’est une étude inédite qui tombe à pic pendant la semaine de la Foire Art Paris, qui ouvre au Grand Palais ce 8 avril 2026, et qui vient nourrir tant les données que la réflexion sur le marché parisien des galeries. Son objectif : offrir un panorama axé sur la diversité des artistes représentés, depuis leur genre ou leur origine jusqu’à leur pratique, mais aussi des chiffres clés sur ce marché de l’art moderne et contemporain dans la capitale. Réalisée entre le 1er février et le 30 mars 2026, elle est le fruit d’un travail mené conjointement par Louise Thurin, auteure, commissaire d’exposition et consultante, spécialiste de l’Afrique, des Caraïbes et des espaces afro-descendants ; et César Lévy, fondateur de la 193 Gallery (Paris). « La diversité et l’intérêt pour le Sud Global font partie de l’ADN de notre galerie, c’est donc naturellement que ces thèmes se sont imposés pour cette étude », confie César Lévy. Leurs auteurs ont concentré leurs analyses sur le réseau du Paris Gallery Map, qui répertorie 108 galeries de référence à Paris, d’Art : Concept à White Cube. Toutefois, ce réseau, par définition, englobe moins de jeunes enseignes. Toutes les données « sont officielles et reprennent les chiffres publiés par les galeries ou les informations accessibles sur les sites Internet », précise César Lévy.

La progression de la part des artistes femmes est l’une des bonnes nouvelles de cette étude. Ainsi, 34,8 % des artistes représentés dans les galeries françaises sont des femmes contre souvent trois fois moins voici une dizaine d’années. La proportion d’enseignes se consacrant totalement (pour 4,7 %) ou en partie (22,2 %) à l’art moderne contribue à freiner la parité. Le chiffre est plus élevé chez les jeunes galeries de moins de dix ans, grimpant à 41,9 %. Plus surprenant : certaines galeries, telles Mennour, Almine Rech, Magnin-A ou encore Templon, semblent à la traîne, avec moins de 25 % d’artistes femmes, selon les listes d’artistes de leurs sites Web. « Il est surprenant que représenter un nombre notable de femmes artistes au sein de sa galerie ne semble pas être un critère de sélection pour être pris à Art Basel Paris », analyse César Lévy.

Pour Isabelle Alfonsi, cofondatrice de la galerie Marcelle Alix, ancienne vice-présidente du Comité professionnel des galeries d’art de 2020 à 2024, et membre du comité de sélection d’Art Basel Paris, « il n’y a pas à ma connaissance de critères spécifiques imposés sur la représentativité des artistes, en termes de genre ou de diversité géographique, pour le comité de sélection d’Art Basel Paris ». Et de poursuivre dans un témoignage versé à cette étude : « En revanche, la composition du comité, qui comprend plusieurs galeristes soutenant l’importance de la diversité dans leur propre programmation, est une façon détournée pour la foire d’intégrer cet élément. La réalité est que les galeries sont les clientes des foires comme Art Basel, il leur est donc délicat pour ne pas dire impossible d’exiger d’elles qu’elles respectent des critères de diversité ou de parité ».

Mais la plus grande surprise dans cette étude réside sans doute dans la faible diversité géographique des artistes exposés dans les galeries. C’est ce que met en lumière de façon criante une analyse de la répartition des créateurs par continent de naissance. Très peu ont vu le jour dans le Sud Global. Seulement 4,7 % sont nés en Afrique, 5,3 % en Asie, 3,6 % en Amérique centrale ou du sud, et 0,5 % d’Océanie. Ce qui veut dire que 85,9 % des artistes représentés dans ces galeries de référence sont nés en Europe (à presque 67 %) ou aux États-Unis ! Certes, le monde a changé depuis un siècle et l’époque de la Première École de Paris, quand les artistes du monde entier, Japon et Chine compris, venaient s’installer à Paris. Il n’empêche, la situation actuelle a de quoi surprendre dans cette capitale redevenue centrale, où les scènes africaines, asiatiques, moyen-orientales et latino-américaines font l’objet de foires qui leur sont dévolues… « L’augmentation significative des coûts de transport à l’international et l’impact écologique ont une conséquence sur la volonté de présenter des artistes d’autres continents pour de nombreux galeristes. Il faut aussi noter que la volonté de diversifier une programmation provient par ailleurs plus souvent d’opportunités de marché que de prise de conscience politique… », commente la galeriste Isabelle Alfonsi.

Autre surprise : parmi cette petite centaine d’enseignes considérées comme installées, la place des jeunes artistes reste minime. En effet, seulement 15,3 % des artistes montrés par elles ont moins de 40 ans !

Audience des galeries sur Instagram. Courtesy Etude sur les galeries françaises: diversité et marché, 2026

Par ailleurs, les auteurs de cette étude abordent le poids de ces galeries sur le marché. Certaines des conclusions corroborent d’autres analyses antérieures, comme la corrélation entre le chiffre d’affaires des méga-galeries, leur nombre d’espaces dans le monde, le nombre élevé d’artistes qu’elles représentent, et leur participation quasi-automatique à presque toutes les itérations de la plus importante foire d’art contemporain au monde, Art Basel. Il semble aussi qu’il existe un lien direct entre leur poids économique et leur audience sur les réseaux sociaux. Sachant que ces derniers permettent aussi à des enseignes de plus petites tailles de fidéliser une « communauté », voire des acheteurs potentiels, et donc de se développer.

Surtout, l’étude s’attaque à un tabou du marché de l’art. Combien pèsent financièrement les galeries ? Si, en principe, elles sont tenues de publier leurs chiffres d’affaires, bien peu le font en réalité, au contraire des maisons de ventes aux enchères publiques. Seules 25 % des galeries du Paris Gallery Map le font et, parmi elles, aucune méga-galerie, alors qu’il aurait été intéressant de connaître quelle part elles réalisent en France ! Pour les autres, l’étude a croisé les estimations. Une des raisons de cette frilosité pourrait être la part très variable du CA des galeries s’appuyant notamment sur le second marché, aux transactions fluctuantes d’une année sur l’autre…

Répartition du chiffre d'affaires en millions d'euros. Courtesy Etude sur les galeries françaises: diversité et marché, 2026

Pour 2023 ou 2024, 33 % des galeries ont un chiffre d’affaires estimé à moins de 1 million d’euros par an. Pour 17,6 % des enseignes de cette étude, ce chiffre dépasse les 20 millions d’euros. « Il existe évidemment une forte tension en ce moment pour beaucoup d’enseignes. Toutefois, la situation n’est pas aussi négative qu’on l’entend dire », estime César Lévy. Certaines grosses galeries françaises se situent ainsi dans une fourchette allant de 20 à 100 millions d’euros. Parmi ceux dont les chiffres sont disponibles sur pappers.fr, Mennour a déclaré 44,9 millions d’euros (d’octobre 2023 à fin septembre 2024). Pour 2024, Lelong & Co. a réalisé 30 millions d’euros ; Mitterrand, 26,7 millions d’euros ; Chantal Crousel, 15,6 millions d’euros ; la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 14,7 millions d’euros ; et enfin Jocelyn Wolff, 8,1 millions d’euros.

Le sujet reste sensible ! « Il existe une omerta en France sur le chiffre d’affaires, même en interne, au sein des galeries, une certaine culture du secret », souligne César Lévy qui, par souci de transparence et pour montrer l’exemple, a accepté de nous révéler son chiffre d’affaires de 2025, en forte hausse à 4,7 millions d’euros.

Ses initiateurs entendent poursuivre à l’avenir cet observatoire annuel des galeries parisiennes et ambitionnent de l’étendre à davantage d’enseignes du Comité professionnel des galeries d’art. Pourquoi pas avec la participation et le soutien de ce dernier ? César Lévy appelle aussi de ses vœux une plus grande diversité, non pas seulement dans les discours de l’art contemporain, mais aussi davantage chez les fondateurs et dirigeants des galeries…

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