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Entretien

François Quintin : la Collection Lambert en position d'avenir

Après deux années passées à la tête de ce centre d’art d’Avignon, son directeur nous fait part de ses ambitions pour le lieu.

Propos recueillis par Anaël Pigeat
16 mars 2026
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François Quintin. © Collection Lambert

François Quintin. © Collection Lambert

Quel bilan tirez-vous du modèle singulier de la Collection Lambert ?

Cette institution a été fondée en 2000 par la volonté d’ Yvon Lambert et celle de la mairie d’Avignon, laquelle a mis un espace à sa disposition. C’est un modèle unique. De Jean-Michel Basquiat à Daniel Buren ou Douglas Gordon, tous les artistes ont été liés à Yvon Lambert. Dans les premières années, Cy Twombly a fait deux expositions, Nan Goldin passait son temps à Avignon, Lawrence Weiner a créé des œuvres permanentes, Sol LeWitt est venu également... L’espace a été agrandi en 2015 par Berger&Berger, et la labellisation en tant que centre d’art d’intérêt national a été obtenue en 2021. Ce bilan rétroprospectif place la Collection Lambert dans une véritable position d’avenir : c’est à la fois un musée, avec une collection inestimable, et un centre d’art.

La collection est-elle vouée à évoluer ?

Oui, bien sûr. La Collection Lambert n’a pas de budget d’acquisition, mais il nous arrive d’avoir des donations. Et nous avons des liens étroits avec le Centre national des arts plastiques, lequel peut faire des dépôts – ce qui est une autre façon d’enrichir la collection. Aujourd’hui, celle-ci rassemble environ 2 000 œuvres, dont un tiers qu’ Yvon Lambert et sa famille ont donné à l’État, un autre tiers a été mis en dépôt. Le dernier tiers, constitué par des dons depuis la création, appartient à la Collection Lambert elle-même.

Comment se définit votre programmation ?

Parmi mes prédécesseurs, Éric Mézil a organisé de grandes expositions qui ont fait date : « La Disparition des lucioles » [2014], « Les Papesses » [2013], « Terramare. Miquel Barceló » [2010]... Par la suite, Alain Lombard a structuré l’institution et fait confiance, pour la partie curatoriale, à Stéphane Ibars, lequel travaille toujours avec moi – à l’été 2025, nous avons conçu une exposition sur le vent, « Même les soleils sont ivres ». Depuis mon arrivée, nous nous sommes surtout concentrés sur des monographies avec un maximum de productions nouvelles. Faire avancer les artistes dans leurs recherches est, selon moi, l’une des missions essentielles d’un centre d’art. Par ailleurs, en lien avec la collection, nous ouvrirons bientôt un accrochage sur les années 1980 et les artistes qui, après l’époque du minimalisme, se sont réapproprié leur corps, et souvent leur corps souffrant en raison de l’épidémie de sida. On peut aussi citer les expositions récentes de Constantin Nitsche, de Gabriel Abrantes et d’Agata Ingarden.

Et pour les mois à venir ?

Dans un clin d’œil à l’exposition « Les Papesses », organisée en 2013, j’ai rassemblé, sous le titre « Le Murmure des Libres », trois monographies de Jumana Manna, Shilpa Gupta et Geumhyung Jeong. Ce sont des artistes femmes non occidentales qui portent des visions fortes sur les déséquilibres du monde, sur la place de la frontière, des corps.

Quel bilan faites-vous de la fréquentation ?

Nous avons de grands espaces et une forte fréquentation – nous recevons environ 40 000 visiteurs par an, et notre fréquentation par des scolaires est parmi les plus importantes en France. Notre budget est encore insuffisant, mais nous progressons depuis deux ou trois ans. Nous vivons une période difficile pour la culture. Nous devons nous rappeler que la culture est un acte de résistance avant tout.

Quels sont vos rapports avec la municipalité d’Avignon ?

Nous faisons partie des lieux principaux de la ville en matière d’arts visuels, mais nous sommes aussi soumis aux aléas politiques, comme toutes les institutions. Il s’agit de savoir comment nous nous ajustons avec les autres acteurs municipaux.

Vue de l’exposition « Gabriel Abrantes. Limbo », Collection Lambert, Avignon, 2025.

Photo jeanchristophe lett

Comment pensez-vous la question du champ social ?

L’équipe de la Collection Lambert est très engagée et pionnière dans ce sujet que nous envisageons de façon holistique. Avec la compagnie Zirlib de Mohamed El Khatib, nous avons par exemple ouvert un centre d’art permanent dans un Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes]. Nous avons composé un collectif de projet artistique avec des personnes dans une très grande précarité ; après Mohamed El Khatib et Christian Rizzo, c’est Émilie Rousset qui anime cette création collective en 2026. Enfin, la microécole INSPIRE, projet pilote d’une école publique délocalisée instauré en 2019, accueille dix à douze élèves en décrochage scolaire, notamment issus de milieux défavorisés. Ils suivent les programmes de l’Éducation nationale d’une autre façon. Nous les aidons à reprendre confiance en eux à travers l’art. Ils ont un parcours et rencontrent des artistes : Maroussia Rebecq, Charlie Aubry en 2026. Nous travaillons à transformer ce projet en modèle afin de répondre à la douloureuse question de l’échec scolaire et de le faire essaimer en France, voire en Europe. Pierre-Olivier Costa au Mucem, à Marseille, et Chiara Parisi au Centre Pompidou-Metz se sont inspirés de notre exemple pour conduire cette réflexion dans leur musée respectif.

Quels sont vos projets de développement de la Collection Lambert ?

Mon enjeu principal est celui de la consolidation institutionnelle. Nous possédons aujourd’hui des réserves internalisées, un programme de recollement et de restauration des œuvres... Nous travaillons également sur quatre axes. Nous venons de parler de la production et de la question du champ social. En matière de rayonnement, nous avons établi des liens étroits avec d’autres structures de la région : en 2025, deux très belles expositions ont été organisées au Mucem, à Marseille, et à l’hôtel de Gallifet, à Aix-en-Provence. Nous avons à présent un projet de croisement des collections avec un grand musée de la région. Nous développons aussi la dimension européenne de la Collection à travers des échanges avec des centres d’art prescripteurs, exigeants et attentifs à leurs publics de proximité, comme le MACBA, à Barcelone, ou le WIELS, à Bruxelles. Enfin, nous travaillons à un espace d’interprétation et de consultation pour offrir un accès à une meilleure connaissance de l’histoire de la Collection Lambert.

Quels sont vos liens avec le Festival d’Avignon ?

Nous disposons d’un grand nombre de partenaires permanents, notamment l’Orchestre national Avignon-Provence, Les Hivernales [Centre de développement chorégraphique national d’Avignon], Le Totem, théâtre pour l’enfance et la jeunesse... Le Festival d’Avignon est bien sûr un partenaire prioritaire. Aujourd’hui, le théâtre a beaucoup évolué, ce qui nous conduit à réfléchir autrement sur les rapports entre théâtre et arts visuels : les acteurs du spectacle vivant s’inspirent de plus en plus de l’art contemporain. Durant l’été 2024, Lorraine de Sagazan a présenté à la Collection Lambert Monte di Pietà, une œuvre hybride d’une grande force, entre art et scène.

Accueillez-vous des résidents ?

Nous n’avons pas de résidence au sens propre, avec un suivi des artistes, des indemnités et un hébergement. En revanche, grâce au programme Rouvrir le Monde, porté par la direction régionale des affaires culturelles Provence-Alpes-Côte d’Azur, nous recevons une quinzaine d’artistes par an, pendant deux semaines, au cours desquelles ils s’investissent également dans le champ social. Et nous avons mis en place une résidence curatoriale européenne : Bruno Marchand, conservateur au centre d’art Culturgest à Lisbonne, vient travailler avec nous. Il séjournera à Avignon trois ou quatre fois en six mois et assurera une exposition à l’automne 2026. En 2027, nous accueillerons un commissaire lituanien.

Vous êtes l’auteur de nombreuses expositions qui ont fait date. Quelles sont vos obsessions en art ?

Je pourrais évoquer la musique, le son, la poésie, la production, mais j’exerce surtout ce métier pour rencontrer des gens qui me font changer d’avis et pour découvrir que le monde est plus grand que je le pensais, mais que j’y ai quand même ma place. Le philosophe Clément Rosset parle de cela comme de la définition de la joie. Dans dix ans, à l’heure de l’intelligence artificielle, l’or sera la pensée singulière, l’or sera l’art.

-

« Gabriel Abrantes. Limbo », du 26 octobre 2025 au 22 mars 2026.

« Agata Ingarden. Au grand jour/In broad Moonlight », du 1er février au 3 mai 2026.

« Le Murmure des Libres », du 24 mai au 29 septembre 2026.

Collection Lambert, 5, rue Violette, 84000 Avignon.



Musées et institutionsCollection LambertFrançois QuintinAvignonArt Contemporain
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