Hoda Kashiha : The Tale of a Pot’s Voyage That Longed to Become Human
Hoda Kashiha a suivi l’enseignement des Beaux-Arts de Téhéran avant d’étudier durant deux ans aux États-Unis. Il nous est dit que la découverte des miniatures indiennes de l’école de Kangra dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York a constitué une étape importante de son développement artistique. Plutôt qu’une source formelle, les miniatures Kangra sont pour elles un « socle poétique ». « The Tale of a Pot’s Voyage That Longed to Become Human » est un cycle de cinq tableaux dépeignant des moments de ce qui ressemble à un parcours initiatique. Les titres des œuvres écrits à la suite sur un coin de mur de la galerie décrivent ces scènes. Leur ordre suggère que l’initiation est menée à son terme quand la figure humaine féminine a cessé de se confondre avec celle du vase ou de la carafe. Mais, si chacune des œuvres porte son morceau d’histoire, avec son climat particulier, elle est aussi terrain d’expérimentation, que ce soit dans les superpositions, effets de transparence proche du pastel, mais aussi l’insertion de trames ou de bandes. Dans la façon dont elle démultiplie une silhouette ou enchaîne la rondeur d’un sein et la courbe d’une cuisse, Hoda Kashiha suggère le mouvement et la métamorphose à mi-chemin du futurisme et du cinéma d’animation. L’expérience intérieure consistant à cesser d’être un réceptacle pour trouver sa véritable personnalité est toujours teintée d’humour. Un verre de vin, celui de la vie et de la sagesse sans doute, apparaît comme le grand révélateur. Lorsque les gouttes de vin rouge montent vers une créature féminine au bec en carafe, sur fond de lever d’aube rougeoyante, le conte paraît offrir un miroir au peintre ivre de couleurs.
Du 30 janvier au 28 mars 2026, Galerie Nathalie Obadia, Espace II, 3, rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris

Vue de l’exposition « Yoan Mudry : Don’t feed the cat » à la galerie frank elbaz. Courtesy de l’artiste et de la galerie frank elbaz. Photo Claire Dorn
Yoan Mudry : Don’t feed the cat
Yoan Mudry réunit en sa personne un peintre à la technique photo-réaliste sûre et un critique de l’image que l’exemple de la picture generation a vraisemblablement marqué. « Don’t feed the cat » offre un bon aperçu de ses divers centres d’intérêt. Y figure un mignon portrait de chat, mais la dominante, ce sont des visions de catastrophes, commentées ironiquement par des phrases peintes en gros sur les tableaux. À ces proclamations tonnantes s’ajoutent des commentaires sur de petites feuilles blanches également peintes sur la toile. Earth sucks, ces mots se détachent sur un paysage de plateformes pétrolières au fond duquel apparaît une sorte de champignon nucléaire. Sur ce même tableau s’affiche sur la feuille blanche : « Don’t expect too much from the end of the world ». Ces deux phrases anglaises sont des citations, le recyclage et le mixage étant deux composantes essentielles du travail. Yoan Mudry peut aussi bien reprendre les mots d’un tableau d’Ed Ruscha (Sponge Puddle), et les déplacer d’une montagne à une banquise fondante, que copier une célèbre photo de Ken Lum (Melly Shum) en lui ôtant son texte grinçant.
En associant sur un même plan le naufrage d’un tanker à la verticale, une licorne de dessin animé et une bande d’étalonnage de couleurs (Colourful Shipwreck), l’artiste livre une double interrogation sur les pouvoirs de la peinture et sur un état de distraction qui est notre lot à tous. Le tableau le plus imposant, pour la contemplation duquel un banc a même été disposé, est la peinture d’une vague cadrée serrée sur un format horizontal. Cette pure jubilation de peinture est moquée par une autre de ces notes : « Me trying to live a normal productive life ». Dans cette exposition essentiellement de tableaux, on trouve aussi des palmiers noirs en bois et papier mâché nommé Mirage(s).
Du 7 février au 7 mars 2026, galerie frank elbaz, 66 rue de Turenne, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Nina Mae Fowler : Celluloid Studio » à la Galerie Suzanne Tarasieve. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Suzanne Tarasieve
Nina Mae Fowler : Celluloid Studio
Nina Mae Fowler prend pour sujets de ses dessins les photos de stars de cinéma consenties ou volées et les photogrammes de films cadrés ou recadrés sur elles. Photos connues ou rares qu’elle reproduit au crayon avec une très grande précision, mais aussi une recherche de nuances dans les gris et les textures. Fowler dit qu’elle emploie autant la gomme que le crayon pour obtenir ces effets. « The Celluloid Studio » a été conçue comme une longue frise de 24 dessins (24 comme le nombre d’images qu’il fallait pour faire une seconde de films), chacun d’eux étant bordé de deux bandes verticales de peinture noire correspondant très exactement à la teinte de la pellicule de celluloïd. C’est autant l’équivalent d’une décoration de restaurant ou de club, que celui d’une séquence filmique qui ferait se rencontrer personnages de films et acteurs dans leurs propres rôles. Comme une invocation à Warhol, Marylin et Liz, chacune sortant de l’hôpital sur un fauteuil roulant, viennent en ouverture. La longue séquence est belle, qui fait défiler le regard possédé d’Oliver Reed, celui dévasté de Lee Remick, Judy Garland chantant en clown dans son show télévisé ou Lana Turner derrière ses lunettes noires au procès de sa fille. Le début des années 1970 semble la période butoir. Deux images de douches collectives non identifiées y trouvent aussi leur place, avec pour l’une un rappel en gros plan.
Nina Mae Fowler présente également deux dessins de très grand format, l’un montrant Susan Tyrrell dans une scène mémorable de Fat City, l’autre Jean Seberg dans Lilith. Deux actrices ayant connu, sur ou hors des plateaux, le drame ou la tragédie. Fowler les magnifie et par l’intensité des traits suggère le pouvoir que ces images exercent sur elle.
Du 7 février au 29 mars 2026, Galerie Suzanne Tarasieve, 7 rue Pastourelle, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Didier Demozay : Tableaux 2000-2010 » à la Galerie Bernard Jordan. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Bernard Jordan. Photo Aurélien Mole
Didier Demozay : Tableaux 2000-2010
La dernière fois que des grands tableaux de Didier Demozay (1950-2025) avaient été exposés à Paris, c’était en 2009 à la Galerie Jean Fournier. Cette première exposition posthume choisit de s’arrêter à 2010 pour, comme l’écrit Romain Mathieu, « renouer avec cette peinture au moment où le regard s’était en quelque sorte arrêté ». Demozay avait réduit son langage formel à des rectangles et des « L » ou équerres juxtaposés sans être jamais accolés. Ces formes étaient le minimum trouvé pour déclarer la couleur en liquidant les questions du geste et de la composition, le L écartant tout effet d’empilement. Elles sont peintes dans une matière fluide avec des bords irréguliers et quelques fines coulures. L’artiste considérait que ses tableaux devaient montrer la peinture en train de se faire et que c’était la couleur qui découpait le blanc de la toile dans un équilibre précaire. Cet esprit d’ouverture et de recherche, on le reconnaît par exemple dans ce tableau qui superpose à la verticale un rectangle rouge en haut, un L rouge en son milieu avec une légère variation de teinte, et un L noir en bas. Les deux L sont disposés de manière à suggérer l’éventualité d’une imbrication. En outre, le noir est peint sur un rouge qui le teinte et déborde même un peu. Les tableaux de petit format sont quant à eux toujours fondés sur deux rectangles verticaux surmontés par un rectangle horizontal. Avec eux, l’espace s’est raréfié et l’on peut se croire encore plus près de la seule couleur.
Du 29 janvier au 14 mars 2026, Galerie Bernard Jordan, 12 rue Guénégaud, 75006 Paris




