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Critique

L’épopée Beaubourg au quotidien

Claude Mollard, secrétaire général du futur établissement culturel de 1971 à 1978, fut aux premières loges de la construction du Centre Pompidou. Son journal, publié 50 ans après, en dévoile les coulisses.

Stéphane Renault
11 février 2026
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Claude Mollard, L’Épopée Beaubourg. De la genèse à l’ouverture, 1971-1978, Éditions du Centre Pompidou, 456 pages, 24 euros.

Claude Mollard, L’Épopée Beaubourg. De la genèse à l’ouverture, 1971-1978, Éditions du Centre Pompidou, 456 pages, 24 euros.

Il est toujours passionnant de lire le récit d’un projet hors norme, a fortiori sous la forme d’un journal qui détaille ses avancées comme les difficultés rencontrées, les contraintes budgétaires, les pressions politiques, les compromis inévitables, l’audace artistique et architecturale confrontée à la critique, et maintes autres intrigues et controverses. En la matière, la promesse est amplement tenue dans cet ouvrage qui revient, un demi-siècle après, sur la genèse du bâtiment emblématique du Centre Pompidou, imaginé par les architectes Renzo Piano, Richard Rogers et Gianfranco Franchini.

Claude Mollard, secrétaire général du futur établissement culturel de 1971 à 1978, raconte L’épopée Beaubourg au quotidien. Ses carnets exhumés disent aussi l’époque. Dans son introduction, il rappelle que lorsqu’il arrive en octobre 1971 dans les bureaux de la Délégation pour la construction du Centre Beaubourg, ses pairs dans la haute administration tentent de le dissuader : « Ce sera un scandale, vous allez compromettre votre carrière ! »

« Sans Georges Pompidou, le projet n’aurait jamais connu le moindre début de réalisation », écrit-il aujourd’hui, avant de résumer : « La genèse du Centre est une épopée car elle a affronté de véritables batailles à huis clos ou devant l’opinion publique : bataille pour une architecture révolutionnaire dans le Paris historique, bataille de la maîtrise du budget, bataille contre les timidités du ministère de la Culture, bataille pour la préfiguration, bataille contre le complot des donateurs, bataille contre la tentative d’annulation du projet, bataille pour le statut du futur Centre, bataille pour la piétonnisation du quartier Beaubourg, bataille pour le renouveau de la conception du musée, bataille pour l’éducation artistique et culturelle des enfants, etc. […] Les batailles de cette épopée ont été un modèle, elles doivent rester une référence. »

Cet esprit pionnier est frappant au fil des notes qu’il consigne dans son journal. Inévitablement subjectif, pour autant soucieux de précision factuelle, Claude Mollard a alors entre 30 et 36 ans. Au cœur du réacteur, conscient d’être à la fois l’un des acteurs et le témoin d’une aventure exceptionnelle, il observe, commente, relate ses rencontres, ses échanges avec les principaux protagonistes, dans un style spontané et enlevé qui fait tout le sel de ces écrits sur le vif, regorgeant d’anecdotes et de révélations sur la face cachée d'un projet majeur, théâtre de multiples enjeux liés au pouvoir et à la culture. Ses chapitres s’intitulent « Beaubourg est mal parti ! » ; « Enfin prêt au lancement » ; « La mort de Pompidou » ; « Quatre mois pour achever et ouvrir » ; « L’inauguration et l’épreuve du feu » ; « Terminer en beauté ! »…

L’auteur, qui fut notamment conseiller spécial de Jack Lang au ministère de la Culture (1981-1986) et, depuis 2013, conseiller spécial du président de l’Institut du monde arabe, dévoile les petites histoires derrière la grande histoire, les guerres picrocholines, décochant ici et là quelques piques : « Michel Guy, l’anguille » ou, lorsqu’il évoque le premier directeur du Centre Pompidou de 1977 à 1981 : « Pontus Hultén dépasse tous ses budgets : on envisage un système dans lequel tout dépassement serait financé sur ses propres crédits d’œuvres d’art. Comme c’est la chose à laquelle il tient le plus, il risque de devenir plus discipliné. Et il ne cesse de faire le chantage à la fermeture du musée pour obtenir des travaux d’aménagement. C’est un trou sans fond. »

La publication de cette « épopée » par le petit bout de la lorgnette, aux accents balzaciens, tombe à point nommé alors que « Notre-Dame-des-Tuyaux », jadis tant décriée, inaugurée le 31 janvier 1977 et actuellement en plein chantier de rénovation, sera bientôt inscrite au titre des Monuments historiques. En architecture comme en art, les scandales d’hier sont souvent les classiques d’aujourd’hui.

À voir aussi : « Concours Beaubourg 1971, une mutation de l'architecture », jusqu'au 22 février 2026, Académie d'architecture, 9 Place des Vosges 75004 Paris.

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