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Le sculpteur italien Arnaldo Pomodoro est mort

L’alchimiste du bronze, célèbre pour ses sphères monumentales fracturées, est décédé à Milan le 22 juin, à la veille de ses 99 ans.

Stéphane Renault
25 juin 2025
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Arnaldo Pomodoro. D.R.

Arnaldo Pomodoro. D.R.

Né en 1926, architecte de formation, Arnaldo Pomodoro a étudié la scénographie et suivi un apprentissage d'orfèvre, avant de travailler sur des bijoux en partenariat avec son jeune frère Giò, également devenu sculpteur. Élevé en Ombrie, il s’installe à Milan en 1954 et se tourne vers la sculpture. En 1960, il découvre à New York les œuvres de Constantin Brancusi au Museum of Modern Art (MoMA). Révélation et changement d’échelle : cette influence sera majeure dans l’approche esthétique de l’artiste italien, au même titre que les toiles tailladées de son compatriote Lucio Fontana, dont il sera proche.

Dans ses sculptures abstraites, les surfaces polies, à l’épure, contrastent avec des bas-reliefs, des géométries lacérées, chaotiques, évoquant l’écriture cunéiforme. Cet aspect formel deviendra sa signature. Et plus particulièrement s’agissant des sphères monumentales, « monde et ventre maternel », selon ses propres termes, pour lesquelles il est le plus connu.

Avec sa production des années 1960, la réputation de Pomodoro s'est rapidement accrue. En 1963, il a reçu le premier prix de sculpture de la Biennale de São Paulo et, l'année suivante, le prix national de sculpture de la 30e Biennale de Venise. En 1967, il a réalisé le pavillon italien pour l’Exposition universelle de Montréal. La sphère de 3,5 mètres de diamètre sera installée devant la Farnesina à Rome.

À l’occasion d’une exposition de ses œuvres à la galerie Tornabuoni à Paris, il y a quelques années, nous l’avions rencontré dans son atelier de Milan. Au sujet de sa pièces Continuum (2010), il nous avait expliqué : « Dans cette pièce produite pour l'exposition, je reprends le style qui est le mien, une calligraphie illisible, dont l'idée m'est venue au musée d'Ankara, en Turquie, en découvrant les premières tablettes hittites. Une révélation. J'ai commencé vers 1956, en créant de petits bas-reliefs, avant de passer à des grands formats. Les commandes ont suivi. Ce qui m'intéressait, c'était d'inventer une nouvelle forme d'expression. Continuum est ainsi intitulé car il incarne la continuité, un retour aux principes de mes premières créations. Plus organisé, avec un rythme plus musical, horizontal. L'aboutissement de mon travail consiste à créer toute une pièce comme ceci : parois, sol, plafond, et pouvoir se retrouver au milieu, comme dans le labyrinthe que j'ai construit au sous-sol de ma fondation à Milan. On y entrerait pour ne plus en ressortir, avec l'impression que ce mouvement répété renvoie une certaine énergie. » Le réalisateur britannique Ridley Scott, impressionné par la porte de ce labyrinthe, avait souhaité la faire figurer dans son film Prometheus (2012).

Autre forme symbolique récurrente dans le corpus d’œuvres de Pomodoro : « Depuis l'Égypte ancienne, la pyramide représente le pouvoir. Mon idée est de suggérer qu'il faut chercher à conserver un équilibre, sans quoi la chute est possible, le risque de conflit, tangible, nous avait confié l’artiste. [...] Je recherche l'harmonie, la beauté d'une forme, même s'il s'en dégage une violence contenue. L'intérêt naît des contrastes : le brillant et les aspérités, la rupture. À l'instar de la musique de Stravinsky ou des films de Fellini. J'ai réalisé la tombe où il repose avec Giulietta Masina, à Rimini : une proue de navire, divisée en deux. En hommage à Et vogue le navire. »

Les œuvres d’Arnaldo Pomodoro, conservées dans de nombreuses collections publiques et privées, sont notamment exposées au musée du Vatican à Rome, aux Nations Unies à New York, et au siège de l’Unesco à Paris : « Une flèche, envoyée vers le monde entier », disait-il. Il a bénéficié d’une rétrospective itinérante dans plusieurs grands musées aux États-Unis en 1970, ainsi qu’au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1976. Entre autres distinctions, il a reçu le prestigieux prix japonais Praemium Imperiale pour la sculpture en 1990.

Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a rendu hommage à cet « artiste qui, grâce à son œuvre monumentale et réfléchie, a su traverser des décennies d’histoire tout en maintenant vivante la tension entre la matière et la pensée ». Créée il y a trente ans, la Fondation Arnaldo Pomodoro présentera une exposition rétrospective de son œuvre l’an prochain, pour ce qui devait être son centenaire.

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