Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
Conversation
Actualité

L’art de la conversation avec Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal

La Villa Bloc, à Meudon, lance des dialogues sur le thème de la « synthèse des arts » porté par André Bloc dans Architecture d’aujourd’hui et dans sa pratique artistique. Pour sa conversation inaugurale ont été conviés les architectes qui ont signé une nouvelle serre dans le jardin, un cycle de rencontre sur « art et architecture » en partenariat avec École nationale supérieure d’architecture Paris‑Malaquais.

Christian Simenc
10 juillet 2024
Partagez
De gauche à droite : Julien Seroussi, Anne Lacaton, Natalie Seroussi, Jean-Philippe Vassal, Sarah Bitter et Yves Bélorgey. Courtesy Villa Bloc

De gauche à droite : Julien Seroussi, Anne Lacaton, Natalie Seroussi, Jean-Philippe Vassal, Sarah Bitter et Yves Bélorgey. Courtesy Villa Bloc

Comment réactiver l’idée de cette synthèse des arts que défendait jadis l’architecte et sculpteur André Bloc (1896-1966) ? Afin d’esquisser des réponses à cette interrogation, la galeriste parisienne Natalie Seroussi, propriétaire de la Villa André-Bloc, à Meudon, invite déjà, depuis 2008, des artistes à venir réaliser in situ des œuvres « en dialogue » avec les deux « sculptures-habitacles » qu’André Bloc y a érigé dans les années 1960. Cette année, avec son fils, Julien Seroussi, elle a imaginé une nouvelle incarnation de ce questionnement : « J’habite cette maison depuis 36 ans et c’est le lieu en son entier – demeure, jardin, sculptures – qui est inspirant, explique Natalie Seroussi. André Bloc était un "passeur" et c’est ce que je voudrais être également. Nous avons pensé qu’une"Résidence de conversation" cadrait bien avec son esprit de transmission ». D’où ce programme en cours d’élaboration, dont la première salve a eu lieu le samedi 8 juin 2024.

L’espace de cette « Conversation inaugurale » était tout trouvé : la nouvelle serre construite l’an passé au point le plus haut du jardin, sous les frondaisons. Les invités itou, puisqu’il s’agit des auteurs du projet, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, récipiendaires du Pritzker Prize 2021. Galeristes et architectes étaient, pour l’occasion, entourés de deux enseignants de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, Yves Bélorgey et Sarah Bitter. Enfin, le public était constitué d’étudiants en 2e année de ladite institution.

Les propos, dont certains sont ici retranscrits, ont notamment (et évidemment) porté sur les relations entre « art et architecture ». « Le site est à la fois complexe et inspirant. Il était, pour André Bloc, un laboratoire grandeur nature dans lequel il se posait moult questions :"L’architecture devient-elle sculpture ou est-ce l’inverse ? Est-ce que la sculpture, c’est voir et l’architecture vivre/habiter ?" Ces interrogations nous intéressent, souligne Jean-Philippe Vassal. Par ailleurs, il existe, ici, une étonnante relation à l’intériorité. Dans ce paysage que l’on aperçoit depuis la maison, on vient fabriquer un certain nombre d’objets qui ont à voir avec la sculpture et, maintenant, notre projet. Ce ne sont aucunement des entités séparées, car le jardin les relie. Nous l’avons ressenti d’emblée : où que l’on soit, on est toujours "à l’intérieur"… de la maison, de la sculpture-habitacle, du jardin, de la serre. En réalité, c’est une maison qui fait 6 000 m2 ».

Serre P.A.R.D.E.S. d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Villa Bloc, Meudon. Au premier plan, maquette en plâtre de la tour d’André Bloc. Photo : Christian Simenc

La frontière intérieur/extérieur s’en trouve, de fait, brouillée. A fortiori, avec la serre en verre. Yves Bélorgey, qui y a séjourné et peint un tableau, a trouvé les mots justes : « On est entouré d’arbres. Ils sont les murs ». La serre prend place à l’emplacement exact d’un ancien pavillon de jardin dévasté par la tempête : « Nous sommes dans un endroit caché du jardin, précise Anne Lacaton. L’idée était de conserver le socle existant parce qu’il fait partie d’un ensemble, et d’y apporter une notion de légèreté ». D’où une serre : « Un objet standard que l’on place habituellement dans les champs pour cultiver les légumes et les fleurs. Nous l’utilisons depuis nos débuts, indique Jean-Philippe Vassal. Nous l’avons utilisé pour construire la Maison Latapie, à Floirac, en 1993. D’ailleurs, on allait jadis tous les ans au Salon interprofessionnel des fruits et légumes d’Agen pour comprendre comment les systèmes horticoles contrôlent le climat. Dans nos projets, la serre est un objet de complémentarité : parfois au-dessus, parfois accolé… Ici, à Meudon, c’est un objet-standard à 95 %. Il sert à repousser au maximum les limites de la maison et dialogue avec le jardin et le climat. »

Une serre néanmoins luxueuse, car, outre une cuisine ouverte, elle dissimule au sein d’une élégante « boîte » de bois oblongue deux chambres et une salle de bains, et arbore un toit ouvrant connecté à une station météorologique. « Cette serre répond aussi à un manque de la maison Bloc : celui d’un espace plus intime, avoue Julien Seroussi. Dans la maison, tous les espaces sont ouverts et obligent à avoir en permanence un rythme commun. Désormais, on peut se retirer dans la serre et vivre à son propre rythme. »

Anne Lacaton et Natalie Seroussi en conversation. Courtesy Villa Bloc

« Il est très difficile aujourd’hui, en architecture, de parler de "dimension sensible", regrette Anne Lacaton. Il faut être tellement "conforme" (à nombre de réglementations, NDLR), qu’il est difficile de la faire exister. Aujourd’hui, le premier mot qui vient à la bouche est "Process". Or, un projet pour nous, avant de passer à la technique, est d’abord une enquête sensible. Être sensible n’est aucunement un manque de consistance et agir ainsi est une résistance. D’ailleurs, il n’y a pas à séparer le concret et le sensible. L’architecture, c’est mélanger les deux ingrédients, travailler avec les contraires, comme économie et générosité. C’est inséparable ! »

Par-delà la toiture transparente de la serre, le regard plonge directement dans le ciel.« Aujourd’hui, le temps file si vite, estime Natalie Seroussi. Amorcer une conversation, c’est prendre le temps. La conversation devient alors œuvre d’art. »

--

La prochaine « Conversation » a pour thème le travail de Constantin Brancusi. Rens. : natalieseroussi.com

ConversationAnne Lacaton et Jean-Philippe VassalVilla BlocJulien SeroussiNatalie SeroussiGalerie Natalie SeroussiYves Bélorgey Sarah BitterAndré Bloc
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

ExpositionsActualité
30 mai 2024

Nouveau printemps de Toulouse : retour vers le futur

La deuxième édition du « Nouveau Printemps de Toulouse », concoctée cette année par le cinéaste Alain Guiraudie, réunit une vingtaine d’artistes et sera lancée en grande pompe ce soir, à 18 heures, au Capitole, la mairie principale de la « ville rose ».

Christian Simenc
LivresActualité
18 juillet 2025

La résidence californienne de Frank Gehry mise en boîtes

La maison personnelle de Frank Gehry à Santa Monica devient aujourd’hui l’objet d’une réinterprétation sculpturale inédite. Produite en édition limitée par les Cahiers d’Art en collaboration avec de Pury, The Gehry Houses célèbre ce manifeste architectural à travers une série de miniatures conçues par l’architecte lui-même.

Christian Simenc
Marché de l'artActualité
25 mars 2024

Les architectes à l’honneur sous le marteau

NEO Enchères fête un an d’activité avec un pavillon « Direction et dessin » construit par Jean Prouvé et Pierre Jeanneret. De son côté, la maison de ventes Pascal Blouet présente des œuvres importantes de Robert Tatin et André Bloc.

Nicolas Denis