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Critique

Des lettres perdues, mais toujours là

L’artiste Adrianne Wallis et l’historienne Arlette Farge nous invitent à plonger dans cette matière ordinaire que représentent des milliers de lettres jamais acheminées.

Marcelline Delbecq
2 mai 2023
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Adrianna Wallis avec Arlette Farge, Les Lettres ordinaires, Paris, Manuella Éditions, 2023, 240 pages, 22 euros.

Adrianna Wallis avec Arlette Farge, Les Lettres ordinaires, Paris, Manuella Éditions, 2023, 240 pages, 22 euros.

À l’heure où les services postaux sont en voie de raréfaction, où le nombre de mails envoyés à la minute surpasse celui des lettres timbrées chaque semaine, où l’écriture manuscrite disparaît et la correspondance devient un mode d’échange enchanteur mais presque dépassé, l’artiste Adrianna Wallis a pris le temps de s’intéresser à un registre de texte aussi singulier que bouleversant. Les Lettres ordinaires, accompagnées du regard de l’immense historienne des vies oubliées Arlette Farge, revient sur cette expérience peu ordinaire, justement : une plongée au cœur d’existences inconnues, entreprise entre 2016 et 2021 avec l’aval des services postaux de Libourne, centre de tri dévolu à la réception du courrier impossible à acheminer.
En introduction, Adrianna Wallis revient sobrement sur ce qui l’a conduite à une telle démarche : une lettre de porcelaine envoyée pour conjurer le sort d’un ami malade, une autre en papier aperçue au bord d’une route, une question au guichet d’un bureau de poste – qu’advient-il des lettres perdues ? À partir de la réponse, « Libourne », l’artiste a remonté le fil de ce courrier voué à la disparition, et consacré plusieurs projets à ce matériau aussi pluriel que composite, expédié tous les trois mois (par la Poste) à son atelier, soit quelque 30 000 missives.

Ces lettres cheminent des mains au regard de l’artiste pour qu’intérieurement s’impriment leurs mots.


UN MATÉRIAU BOULEVERSANT
Ces lettres ou enveloppes reproduites en partie, tout au long du livre, ne sont pourtant pas exactement « perdues ». Elles existent matériellement, cheminent des mains au regard de l’artiste pour qu’intérieurement s’impriment leurs mots, écrits parfois à la hâte ou de manière illisible, empreints de douleurs ou de joies, jamais anodins. Et puisque leur mise en jeu (un film, une exposition, une série de lectures) les a fait échapper à un inéluctable recyclage, ces courriers sur papier coloré, à petits carreaux ou page de carnet déchirée, se trouvent plutôt en suspens entre expédition et destination, certes perdus à jamais pour celle ou celui qui aurait dû les recevoir, mais bien tangibles pour celle ou celui qui les a envoyés et nous qui les lisons.
Mais à quel titre s’emparer de ce qui ne nous est pas destiné ? Que faire de cette dificulté à « se mettre au rythme, brutal et multiforme, de ce courrier » ? Comment se sentir légitime devant ces « flots d’affect abandonnés » ? Questions posées sans relâche par Adrianna Wallis et Arlette Farge face à ces déclarations d’amour ou de haine, ces histoires de famille non résolues, ces solitudes et blessures, ces lettres d’enfants ou de prisonniers. Chaque page saisit devant ce matériau si fragile et puissant à la fois, si terriblement humain.
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Adrianna Wallis avec Arlette Farge, Les Lettres ordinaires, Paris, Manuella Éditions, 2023, 240 pages, 22 euros.

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