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La Tate va restituer des documents d'archives provenant de l'atelier de Francis Bacon

Un millier de documents et d’esquisses de la collection Barry Joule – voisin et ami de l’artiste à Londres, qui en a fait don à la Tate en 2004 – vont être déclassés et sortir des collections du musée en raison de doutes quant à leur attribution.

Francis Bacon dans son atelier, à Londres, en 1974. Photo : Michael Holtz ; Alamy Stock Photo

Un millier de documents et d’esquisses de la collection Barry Joule – voisin et ami de l’artiste à Londres, qui en a fait don à la Tate en 2004 – vont être déclassés et sortir des collections du musée en raison de doutes quant à leur attribution.

La Tate va se séparer d’un millier de documents et de croquis qui proviendraient de l’atelier de Francis Bacon. Selon notre édition internationale, ce fonds sera rendu à Barry Joule, un ami proche de l’artiste, qui en avait fait don en 2004.

Au moment de la donation, le matériel était apparemment estimé à environ 20 millions de livres sterling (23,5 millions d’euros) et avait été décrit à l’époque comme étant probablement l’acquisition la plus importante jamais faite par les archives de la Tate.

Une déclaration du musée, publiée le 8 juin, indique que la donation Joule a été « étudiée par des historiens de l’art, et que cette recherche a soulevé des doutes crédibles sur la nature et la qualité du matériel ».

« Le matériel ne se prête à aucune exposition significative et tout le potentiel qu’il avait pour améliorer la compréhension du public de l’œuvre de Bacon a été épuisé, explique le communiqué. Il a donc été considéré comme inadapté à la conservation dans les archives de la Tate. En premier lieu, il a été offert au donateur, conformément à ses souhaits ».

Barry Joule a constamment et vigoureusement défendu l’authenticité de ces documents. Né au Canada, voisin londonien de Francis Bacon, il s’est lié d’amitié avec lui en 1978. Il a aidé le peintre de diverses manières jusqu’à la mort de l’artiste en 1992. Barry Joule est entré en possession d’une quantité considérable de documents provenant de l’atelier londonien de Francis Bacon, situé au 7 Reece Mews, à South Kensington.

Le matériel provenant de l’atelier donné à la Tate comprend 800 coupures de magazines et de journaux, dont certaines portent des marques de crayon et de stylo et des traces de peinture. Figurent également dans cet ensemble 39 photographies de Francis Bacon et de ses amis, des livres et d’autres documents. Enfin, il y a l’« Album X », des croquis surpeints que la Tate décrit comme étant « d’auteur inconnu ».

Lorsque la Tate a accepté le don de 2004, cet ensemble avait été décrit en termes élogieux : « les administrateurs de la Tate ont acquis une collection d’archives provenant de l’atelier de Francis Bacon, l’un des peintres les plus importants du XXe siècle, grâce au don généreux de Barry Joule, un ami de l’artiste... La Tate espère que l’acquisition et l’étude plus approfondie de ce matériel permettront aux chercheurs de résoudre les questions en suspend sur le processus créatif de Bacon. »

Mais depuis lors, des spécialistes de la succession de Francis Bacon ont étudié cet ensemble, et ont abouti à une conclusion négative. Un essai sur la donation rédigé par l’archiviste de la succession, Sophie Pretorius, a été inclus dans leur publication Francis Bacon : Shadows, parue en juin 2021.

Sophie Pretorius cite Andrew Wilson, jusqu’à l’année dernière conservateur en chef à la Tate, qui pense que la ou les mains qui ont appliqué les marques « ne sont peut-être pas significativement celles de Bacon». Elle conclut elle-même que « pour les chercheurs, consacrer du temps à l’analyse d’une collection de pièces qui ne sont pas de Francis Bacon est un gaspillage de ressources».

Il est inhabituel pour la Tate de se séparer de ses œuvres. En vertu d’une loi, il est normalement interdit à l’institution de céder des œuvres d’art. Bien que cette interdiction ne s’applique pas aux documents d’archives, l’institution suit la même procédure de déclassement lorsque cela est envisagé, selon un porte-parole de la Tate.

Les administrateurs du musée ont estimé que le matériel de Barry Joule « peut être soustrait des collections sans nuire aux intérêts des étudiants ou d’autres membres du public » – et ont décidé de le rendre à son propriétaire.

Après avoir conservé les archives de Barry Joule pendant près de 20 ans, un porte-parole de la Tate a déclaré : « des doutes crédibles ont été émis sur la majorité du matériel. S’il n’est toujours pas prouvé à qui appartiennent les marques sur ce dernier, l’apport qu’il représente pour la compréhension et l’appréciation de l’œuvre de Bacon par le public a été épuisé et il ne peut plus être conservé dans la collection ».

"La Tate et la Grande-Bretagne vont passer à côté d'une partie de l'histoire de l'art de l'un de leurs peintres les plus importants" Barry Joule

Barry Joule avait exprimé sa déception face à l’incapacité pour la Tate à exposer sa donation, qui, selon lui, est parfaitement authentique. En avril, il a déclaré à The Observer qu’il avait annulé son projet de faire don à la Tate de centaines d’autres pièces provenant de l’atelier de Francis Bacon. À la place, il a l’intention de les offrir aux archives du Centre Pompidou, à Paris. « La Tate et la Grande-Bretagne vont passer à côté d’une partie de l’histoire de l’art de l’un de leurs peintres les plus importants. Je tourne le dos à la Tate pour toujours », a-t- il déclaré.

Appeared in The Art Newspaper France - Daily, #947