Photo : Alice Sidoli - Musée de Picardie

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Le musée de Picardie retrouve sa splendeur

Le musée de Picardie a rouvert ses portes après de longues années de travaux. L’effet produit par les collections redéployées fait vite oublier des aménagements extérieurs peu adaptés à ce bâtiment du Second Empire.

Partiellement fermé depuis 2008, et après quatre ans de travaux indispensables, le musée de Picardie rouvre enfin ses portes. Miraculeusement épargné, comme la cathédrale voisine, par les ravages causés dans la ville par les deux guerres mondiales, le bâtiment aux allures de petit Louvre avait grand besoin de ce chantier pour être sécurisé, et raviver son faste du Second Empire.

Cour d’honneur, nouvelles plantations, bassins et griffons. Photo : Alice Sidoli - Musée de Picardie

Grâce aux 26 millions d’euros engagés, le musée a donc enfin retrouvé des couleurs, et au sens propre, puisqu’à cette occasion, de nombreux décors peints du XIXe siècle ont été redécouverts intacts sous les badigeons, et soigneusement dégagés. Au premier étage surtout, les coloris des plafonds ont réapparu, jusque dans la rotonde de l’impératrice où le décor complet a resurgi.

PREMIER EN FRANCE À AVOIR ÉTÉ CONSTRUIT SPÉCIFIQUEMENT POUR DEVENIR UN MUSÉE, L'ÉDIFICE A ÉTÉ CLASSÉ MONUMENT HISTORIQUE EN 2012

Cette salle, qui a recouvré son ornementation néogrecque originelle vert et or sur fond noir, abrite le somptueux portrait en pied de la duchesse de Berry par Dubois-Drahonnet, un chef-d’œuvre déposé depuis de longues années à Paris, au musée des Arts décoratifs. Gracieusement rendu par l’institution parisienne à Amiens, ce tableau introduit à merveille les salles consacrées au Romantisme, particulièrement riches. Les plus grands noms y côtoient les plus confidentiels ; Le dernier soupir du Christ (1840), une toile saisissante du très méconnu Julien-Michel Gué, entre ainsi en résonance avec la réplique colossale du Radeau de la Méduse, commandée en 1859 par l’État aux peintres Guillemet et Ronjat, à une époque où l’on craignait que l’assombrissement de la couche picturale ne finisse par détruire l’original de Géricault.

Longtemps oublié, cet autre Radeau – dans les collections du musée dès son inauguration en 1867 – retrouve enfin une place d’honneur au sein de la Galerie Nieuwerkerke, après une importante campagne de restauration qui inscrit Amiens dans un formidable mouvement de réhabilitation des grandes machines artistiques du XIXe siècle. Deux autres toiles spectaculaires ont pu être déroulées et restaurées en amont de la réouverture et sont désormais accrochées côte à côte sur les cimaises du grand salon : la provocante Lady Godiva de Jules Lefebvre, et les saisissantes Voix du Tocsin d’Albert Maignan. Révélée grâce au concours de la Fondation Taylor, cette dernière toile n’avait pas été exposée au musée depuis plus de cent ans, évacuée en urgence puis remisée après la chute d’une torpille sur le salon Déloye en 1918. Loin des clichés persistants sur cet art dit « pompier », les grands formats redécouverts manifestent d’éclatantes qualités.

Vue des salles du musée de Picardie. Photo : Alice Sidoli - Musée de Picardie

Cœur névralgique de la collection, les œuvres du XIXe siècle sont pourtant loin d’en être la seule richesse. Outre Fragonard, Chardin, Boucher…, les visiteurs peuvent admirer un ensemble tout à fait singulier de tableaux religieux de la Renaissance provenant de la cathédrale et appelés « Puys » d’Amiens, témoignages rares d’une production largement disparue aujourd’hui. Sept d’entre eux, offerts à Notre-Dame entre 1499 et 1548, ont été patiemment étudiés au Centre de recherche des musées de France (C2RMF) avant d’être eux aussi restaurés.

Vue des salles du musée de Picardie. Photo : Alice Sidoli - Musée de Picardie

Le choix de montrer le plus d’œuvres possible doit être salué ; il permet au musée de Picardie de regagner sa place parmi les plus belles collections publiques d’art ancien de nos régions. L’accrochage dense, « en tapisserie », contribue à rendre son âme à cet édifice qui fut le premier en France à avoir été construit spécifiquement pour devenir un musée. Véritable monument de l’histoire culturelle du XIXe siècle et de l’histoire de l’art français, ce temple élevé en l’honneur des Beaux-Arts a été classé monument historique dans son intégralité en 2012. Si cette protection explique sans doute la justesse et la discrétion des aménagements intérieurs, elle rend d’autant moins compréhensible le sort réservé à l’architecture extérieure… Sous prétexte d’ouverture sur la ville, les grilles latérales classées ont été détruites, afin de « mettre à hauteur d’homme ce palais des arts monumental », selon les mots de la directrice des musées d’Amiens Métropole, Laure Dalon. Étonnant donc de constater que d’autres grilles ont été réinstallées en lieu et place des anciennes, qui contredisent de manière particulièrement inélégante le projet défendu. Pour un musée qui prône l’accessibilité et l’immédiateté du contact avec le public, la décision de condamner l’entrée principale au profit d’un accès dérobé par l’arrière du bâtiment est encore plus surprenante. Bonne nouvelle, ce contournement permet d’éviter la cour d’honneur, sauvagement bétonnée par les paysagistes de l’Atelier Dots.

Musée de Picardie, 2 rue Puvis de Chavannes, 80000 Amiens.